Aslim Taslam

 

- N°83 Février 2010 -

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Famille

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Comment garder les liens avec ses parents non musulmans

 

Pour ceux qui ont étudié, réfléchi et lutté avec l’idée de devenir musulman, il y a souvent un grand soulagement quand on réalise qu’il faut prononcer la Shahada. Avec le temps et l’augmentation des connaissances dans la religion, une autre réalité commence bientôt à faire surface, les défis et les questions n’ont pas fini mais commencent seulement. C’est particulièrement vrai lorsqu’il s’agit de faire face aux parents non musulmans, surtout ceux avec lesquels on a développé une relation étroite.
Ce thème est particulièrement pertinent pour les femmes en raison du fait que la plupart des nouveaux convertis sont des femmes (bien que la tendance puisse changer alors que plus d’hommes entrent dans l’Islam) et aussi parce qu’elles ont plus d’occasions de voir et passer du temps avec les autres membres de la famille. Si les enfants sont impliqués, ce sera sans aucun doute encore plus le cas. Nous comprenons, évidemment, que les parents et les autres proches doivent être traités avec gentillesse et respect et qu’il y a des conséquences graves pour celui qui rompt les liens de parenté.
Les défis et les questions qui se posent concernent les limites et les lignes directrices spécifiques qui ont besoin d’être établies pour faire face aux parents non musulmans, principalement en ce qui a trait aux aspects pratiques de la religion. Jetons un regard sur quelques scénarios de clarifier le sujet. Lisez les scénarios et les orientations qui suivent et déterminez quelles lignes directrices devraient être utilisées pour chaque scénario.

 

SCÉNARIO n°1

Sarah, une nouvelle musulmane, a toujours eu une relation étroite avec ses parents et ses frères et sœurs et ne veut pas que cela change maintenant qu’elle est devenue musulmane. Sa famille a été très compréhensive, faisant même des arrangements pour Sarah, pour qu’elle continue à se sentir à l’aise lors de ses visites avec eux. Quelques exemples : ils ne servent plus de porc aux repas, les boissons alcoolisées sont retirées de la vue, etc. Plusieurs membres de la famille ont même commencé à poser des questions sur l’islam et ses croyances et pratiques.

SCÉNARIO n°2

Sumayyah est musulmane depuis presque 5 ans maintenant et elle a été aux prises avec sa famille depuis le début. Quand elle va leur rendre visite, il y a souvent de la musique forte ou un programme inapproprié à la télévision. Sa famille ne prend pas sa religion au sérieux et plaisante souvent sur son hijab ou les « exigences strictes » telles que des interdictions de l’alcool, les paris, etc. Bien que Sumayyah ait essayé d’éduquer sa famille au sujet des choses qui la mettent mal à l’aise et qui sont offensants pour ses croyances, la famille refuse de changer son mode de vie juste parce qu’elle est en visite. Elle est un peu timide de discuter de ces questions avec sa famille et ne veut pas les offenser. Ces questions ont commencé à préoccuper Sumayyah d’autant plus que ses enfants grandissent et elle s’inquiète de l’influence négative que sa famille peut avoir sur eux. Les vacances sont des sujets particulièrement difficiles.

SCÉNARIO n°3

Zahra est dans une situation particulièrement difficile parce que, chaque fois qu’elle visite avec sa famille, ils la confrontent sur sa nouvelle religion. Cela s’est produit pendant plusieurs années depuis qu’elle est devenue musulmane et s’est aggravé de plus en plus. Sa famille est très bouleversée et malheureuse des changements qu’elle a faits dans sa vie et lui dit parfois elle qu’elle doit être « folle ». Il y a même eu des tentatives flagrantes de ridiculiser et embarrasser Zahra, son mari, et leurs enfants. À la suite de nuits passées chez eux, Zahra découvre souvent que ses enfants ont été délibérément exposés à des choses qu’elle a clairement expliquées comme interdites dans l’islam. À une occasion, la famille a servi du porc lors d’un repas et a plaisanté devant les enfants sur le ridicule de cette interdiction. Zahra se sent très éloignée de sa famille, mais s’inquiète de rompre complètement les liens. Certains membres de sa famille l’ont déjà fait de leur propre initiative.

LIGNES DIRECTRICES GÉNÉRALES

1. Les éduquer au sujet des croyances islamiques.

Un de nos principaux objectifs à chaque fois que nous allons visiter des membres de la famille doit être de leur parler de l’islam. J’ai entendu de nombreuses femmes dire que c’est l’une des choses les plus difficiles à faire et qu’elles préfèreraient plutôt faire la da’wah [invitation à l’islam] à des inconnus. Cela est peut-être dû au fait que, si un étranger n’accepte pas ce que nous disons, nous pouvons simplement continuer notre chemin. Mais lorsque les membres de la famille ne comprennent pas ou sont réticents à engager des discussions, cela peut mettre un frein à la relation. Quelle que soit la difficulté que nous rencontrons, la da’wah aux membres de la famille devrait être une priorité. Par amour pour eux, on devrait avoir un fort désir de partager le don particulier qu’Allah nous a donné et tenter de les sauver de l’enfer. Il est important de comprendre que cela doit être fait avec un soin particulier, progressivité et compréhension des qualités uniques, croyances et circonstances de chaque individu. Cela peut nécessiter beaucoup de persévérance et de patience, mais nous ne devons jamais renoncer ni désespérer de la miséricorde d’Allah. Bien sûr, si nos efforts portaient leurs fruits, cela résoudrait beaucoup de problèmes.

2. Les éduquer au sujet des pratiques islamiques et des exigences spécifiques.

Pour que les membres de la famille comprennent les changements qu’une nouvelle musulmane a faits dans sa vie, ils ont besoin d’être éduqués sur les pratiques spécifiques, les prescriptions et interdictions. Cela devrait toujours venir avec une explication de la rationalité de chaque action afin d’avoir une compréhension complète et juste. Si les membres de la famille réalisent la logique impliquée dans la religion, il peut être plus facile pour eux d’accepter et même commencer à respecter ces aspects pratiques. Cela signifie évidemment que la musulmane doit elle-même être instruite, mais cela ne devrait être qu’une incitation de plus à rechercher en permanence la connaissance. Il est également utile de se familiariser avec les religions des autres membres de famille. Ainsi, un terrain d’entente peut être partagé. Par exemple, les discussions stimulantes peuvent être générées autour du fait que des références relatives aux exigences en matière de hijab et le jeûne, l’interdiction de la viande de porc, l’alcool, et l’usure (intérêt) sont présents à la fois dans les enseignements et livres chrétiens et juifs. Cela peut également être efficace pour provoquer d’autres questions telle que : pourquoi y a-t-il de telles similitudes entre ces trois religions, la seule réponse ne peut être qu’il n’y a qu’un seul Dieu qui a envoyé des messages depuis le début de l’humanité.

3. Envisager de mettre des conditions pour les visites, comme la fréquence et l’emplacement.

Il y aura évidemment des moments où il sera nécessaire de poser des limites au cours des visites avec les familles. Par exemple, il ne serait pas opportun de s’asseoir dans les zones où de l’alcool ou du porc est servi ou lorsque des programmes inappropriés sont suivis à la télévision. On peut se déplacer discrètement dans une autre pièce si cela est une option. Dans les familles où c’est particulièrement difficile et où les membres ont refusé de respecter la religion de chacun, alors il peut être essentiel de limiter les visites ou imposer des conditions sur l’endroit où les visites auront lieu. Cela peut, par exemple, devenir une règle dans votre famille que les visites ne se produisent que dans votre maison et que certaines boissons ne sont pas autorisées. Ce serait évidemment la meilleure façon de contrôler ce qui se passe lors de ces occasions et être un autre moyen efficace d’initier les parents à « la vie en tant que musulman ». Il est toujours important de se rappeler que les liens de parenté sont importants mais pas au point de nous conduire à la désobéissance à Allah. Allah dit :

« Et si tous deux te forcent à M’associer ce don’t tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas ; mais reste avec eux ici-bas de façon convenable. [...] »
Sourate 31, Luqman, verset 15

Utiliser des moyens créatifs pour faire participer les membres de la famille. La créativité peut faire un long chemin parfois et être particulièrement efficace dans les situations plus difficiles. Les discussions sur l’islam peuvent être provoquées en partageant un livre intéressant et attractif, en soulignant un article récent dans le journal ou en regardant une vidéo qui présente l’islam ou couvre un sujet particulier. Le musulman qui est vraiment compétent peut détourner l’attention des parents avec des un discours intéressant ou des activités utiles et des divertissements, comme les activités sportives, les jeux de société, les jeux informatiques, etc. Cela donnera aux autres une alternative aux choses défendues et de faire vivre une expérience beaucoup plus agréable pour tous. Ce sera particulièrement utile pour soulager l’inquiétude qui est souvent présente lorsque les enfants sont impliqués.

PROPOSITIONS POUR CHAQUE SCENARIO

Pour Sarah dans le scénario n°1, tout ce qui peut être exigé d’elle peut être une ou deux lignes directrices ci-dessus. Elle a un chemin assez facile devant elle, avec beaucoup d’occasions pour éduquer les membres de sa famille sur l’islam. En réalité, ces suggestions devraient être utilisées avec n’importe quelle famille, indépendamment des circonstances particulières.

Scénario n°2 : quant à Sumayyah, ce sera plus difficile et cela peut nécessiter d’intégrer la troisième étape dans son plan pour travailler avec ses parents. Il y a un certain potentiel ici et la distraction peut être des plus bénéfiques dans la réduction des activités illicites que les membres de la famille accomplissent durant les visites. Elle devra également faire preuve de créativité pour provoquer des discussions sur sa religion et peut vouloir déterminer les intérêts spéciaux et les "points faibles" de chaque personne.

Dans le scénario n°3, Zahra a une route difficile devant elle et elle peut au début envisager de limiter les visites avec sa famille, du moins à court terme. Elle devrait continuer à suivre les lignes directrices 1-3 et peut trouver utile de partager ses luttes avec d’autres femmes musulmanes qui seraient en mesure d’offrir soutien et conseils. La chose la plus importante à retenir est qu’Allah est au courant de nos combats et que ce sont des épreuves pour nous pour voir qui de nous sont les plus pieux. Allah dit :

« Certes vous serez éprouvés dans vos biens et vos personnes ; et certes vous entendrez de la part de ceux à qui le Livre a été donné avant vous, et de la part des Associateurs, beaucoup de propos désagréables. Mais si vous êtes endurants et pieux... voilà bien la meilleure résolution à prendre. »
Sourate 3, Al ‘Imran (La famille d’Imran), verset 186

Nous demandons à Allah de nous faire réussir dans cette vie et dans l’au-delà.

 

Dr Aisha Hamdan, Professeur Assistant à l’Université de Sharjah (UAE)


Cet article a apparu à l’origine dans le magazine Al Jumu’ah.

 

Leila R.
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