Aslim Taslam

 

- N°84 Mars 2010 -

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Histoire

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L’année de l’éléphant

 

 

En l’an 570 de l’ère chrétienne, le Yémen était sous la domination de l’Abyssinie, dirigée par l’empereur chrétien Négus. L’Abyssin Abraha, vice-régent du Yémen, jaloux de l’affluence des pèlerins à La Mecque, décida de faire construire une gigantesque cathédrale dans la capitale Sana’a, espérant ainsi attirer plus de pèlerins. Elle fut achevée en quatre ans et nommée Al Qullays. Rapidement, la cathédrale fut connue par tous les chrétiens des environs qui apportaient sacrifices, cadeaux et donations. Sa popularité alla même jusqu’à l’empereur byzantin. Le Négus le félicita et le couvrit d’honneurs. Fier de sa réalisation, Abraha voulut que tous les habitants du Yémen, chrétiens et juifs, accomplissent le pèlerinage et tous leurs rites dans cette cathédrale.

Cela suscita une grande colère parmi les tribus du Hijaz et du Najd. Un homme de la tribu Kinanah fut alors envoyé dans le but de souiller la cathédrale. Cela mit Abraha dans une colère énorme et il jura de ne pas revenir au Yémen avant d’avoir détruit la Kaaba. Il prépara une grande armée et emmena avec lui l’éléphant du Négus, appelé Mahmoud, en direction de La Mecque. En entrant dans la région du Hijaz, Abraha affronta Dhu Nafr, un ami proche d’Abdel-Muttalib (le grand-père du Prophète saws), qui dirigeait une armée de douze milles hommes. Abraha gagne la bataille et fit Dhu Nafr prisonnier. En approchant de La Mecque, il arriva à un campement de Nufayl ibn Habib des Bani Khath’am. Nufayl lança une armée de mille hommes contre lui. Abraha gagna et le fit prisonnier. En échange de la vie sauve, ce dernier s’offrit de servir de guide à l’expédition. Les autres tribus des environs ayant appris la défaite de Dhu Nafr et Nufayl n’osèrent pas s’opposer à la progression d’Abraha. Arrivé à Ta’if, les gens de la tribu Thaqif eurent peur pour leur temple de leur divinité al-Lat et prirent les devants en offrant à Abraha des cadeaux et lui proposant de le guider jusqu’à La Mecque. Leur guide, Abu Righal, mourut peu avant d’arriver, à Mughammis. Depuis, les Arabes ont l’habitude de jeter des pierres sur sa tombe lorsqu’ils passent devant.

La sagesse d’Abdel-Muttalib

Lorsque les gens de La Mecque virent l’armée d’Abraha si proche, ils se regroupèrent autour d’Abdel-Muttalib et lui demandèrent que faire. Abdel-Muttalib leur conseilla de prendre leur famille et de se cacher dans les montagnes environnantes. Selon lui, la Kaaba était la maison d’Allah et il était mieux de la laisser aux soins d’Allah Qui est le meilleur garant. Elle est entre Ses Mains et Il fait ce qu’Il lui plait.

Pendant ce temps, Abraha envoya une troupe de cinq mille hommes à la périphérie de La Mecque avec l’ordre de piller tout ce qu’ils trouvent sur leur passage, animaux et hommes. Ils prirent ce qu’ils trouvèrent de chevaux, moutons, chameaux et autre bétail et également les bergers. Parmi les animaux figuraient deux cents chameaux appartenant à Abdel-Muttalib. Ils amenèrent les bergers auprès d’Abraha qui leur demanda ce que les gens de La Mecque avaient préparé, avaient-ils l’intention de se battre ou de se rendre ? Ils répondirent qu’ils n’avaient pas l’intention de combattre et qu’ils lui laissaient la ville, comme leur avait recommandé Abdel-Muttalib. Abraha envoya Hunata, un noble du Yémen présent dans son armée, dire aux Quraysh qu’il n’était pas venu pour combattre mais détruire la Kaaba. Il lui demanda aussi de lui ramener leur chef. En fait, il n’y avait pas de chef officiel depuis longtemps et les privilèges et responsabilités étaient répartis entre la famille ‘Abd ad-Dar et celle de ‘Abdu Manaf. Mais tout le monde s’accordait à dire que c’était Abdel-Muttalib. Celui-ci fut donc conduit devant Abraha qui fut très impressionné par l’homme au point de descendre de son trône pour le saluer et s’asseoir près de lui. Abraha lui demanda quelle faveur il souhaitait. Il réclama ses deux cents chameaux qui lui avaient été pris. Abraha fut déçu de sa requête, Abdel-Muttalib se souciait plus de ses chameaux que de l’édifice sacré. Abdel-Muttalib lui répondit : « Moi, je suis le maître des chameaux ; quant à la maison sacrée, elle ne m’appartient pas, elle a un maître qui la défendra. Il n’a pas besoin de ma protection, si Il veut Il la sauvera, si Il veut Il la laissera détruire. Ce n’est pas mon souci. Tout ce que je veux, ce sont mes chameaux, ils sont ma propriété. » Les chameaux furent rendus à leur propriétaire.

Abdel-Muttalib revint auprès des Quraysh et leur dit de quitter la ville et d’aller se cacher dans les collines avoisinantes. Le lendemain matin, Abraha approcha la ville pour détruire la Kaaba. L’éléphant Mahmoud avait été placé en tête de l’armée. Après s’être assurés que les habitants étaient partis, Abraha donna l’ordre de détruire la Kaaba ainsi que toutes les maisons de la cité puis de quitter les lieux.

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Le soutien divin sauve La Mecque

L’armée se dirigea donc vers La Mecque toujours guidée par Nufayl, à contrecoeur. Celui-ci avait appris auprès du cornac [1] Unays quelques-uns des ordres auxquels l’éléphant obéissait. Arrivés à l’entrée de la ville, dès que Unays eut tourné la tête, Nufayl en profita pour donner discrètement l’ordre de s’agenouiller à l’éléphant. Unays tenta de le faire se relever mais sans succès. L’éléphant restait assis. Ils essayèrent par tous les moyens de le faire se lever, lui frappant la tête avec des barres de fer ou lui enfonçant des crochets dans le ventre. Ils rusèrent en faisant faire demi-tour à l’armée, l’éléphant les suivit mais dès qu’ils retournèrent en direction de La Mecque, l’éléphant s’agenouilla de nouveau. Abraha, aveuglé par sa haine envers la Kaaba et son ambition pour sa cathédrale, ne voulut pas voir en ce refus d’avancer un signe qu’il valait mieux faire demi-tour.

Tout à coup, le ciel s’obscurcit à l’ouest, accompagné d’un bruit étrange qui se rapprochait. Le ciel fut rapidement remplit d’oiseaux qui tenaient chacun trois pierres : un dans le bec et une dans chaque patte. Les pierres étaient comme chauffées par un vent venant de l’enfer. Les oiseaux jetèrent leurs pierres sur l’armée, sans jamais manquer leur cible. Dès qu’une pierre atteignait un corps, la chair se putréfiait plus ou moins rapidement. Certains soldats moururent sur le champ, d’autres agonisèrent sur le chemin du retour ou peu après leur arrivée à Sana’a, comme ce fut le cas d’Abraha qui mourut d’atroces souffrances. Certains furent épargnés comme Unays et l’éléphant. Nufayl avait pu fuir avant l’arrivée des oiseaux et se réfugier dans les montagnes.

Abdel-Muttalib retourna à La Mecque et fit savoir aux habitants que le danger était éloigné et qu’ils pouvaient rentrer chez eux. Après cet évènement, la réputation d’Abdel-Muttalib grandit encore. L’ensemble des Arabes témoignèrent encore plus de respect aux Quraysh car ils savaient maintenant avec certitude que la Kaaba était la maison d’Allah et qu’Allah avait exaucé leurs prières et protégé la maison sacrée. Cet évènement est mentionné dans le Coran dans la sourate de l’éléphant :

«  N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi envers les gens de l’Elephant ?
N’a-t-Il pas rendu leur ruse complètement vaine ?
Et envoyé sur eux des oiseaux par volées
Qui leur lançaient des pierres d’argiles ?
Et Il les a rendus semblables à une paille mâchée.
 »
Sourate 105, Al Fil (L’éléphant)

Lors de cet évènement, AbdAllah, le fils d’Abdel-Muttalib, était en voyage en Syrie et en Palestine pour le commerce. Il tomba malade sur le chemin du retour, à Yathrib (future Médine) et y mourut. Sa femme, Aminah, eut pour seule consolation l’enfant qu’elle portait en elle. Il vint au monde quelques semaines plus tard. Selon la tradition, c’était le douzième jour du mois de Rabi al Awwal, soit le 20 août. Il s’appelait Mohammad saws.


Références :
-  Le Prophète Muhammad, Martin Lings
-  Abu Ishaq


[1] cornac : Celui qui soigne et conduit un éléphant.

 

Leila R.
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