Aslim Taslam

 

- N°17 Mai 2002 -

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La lutte des femmes palestiniennes

 

Les images de jeunes garçons morts, enveloppés dans le drapeau des martyres, restent un des symboles les plus frappants de l’Intifada. L’occupation israélienne, les sièges et les attaques répétées ont gravement touché les femmes palestiniennes.
Le contexte actuel pour les Palestiniens est celui du désespoir total. Il y a une fermeture aussi bien des esprits et de l’avenir que des routes. L’économie s’effondre complètement, sans aucun signe d’amélioration ou de changement. Face à cette situation, les femmes palestiniennes luttent de différentes manières : pacifiquement, sur le terrain, dans leur quotidien.

 

Leur engagement dans des actions non-violentes est aussi vieux que la lutte nationale palestinienne. La non-violence dans ce cas consiste à vivre malgré la peur, la dévastation, la pauvreté, l’humiliation et la tension constante pour essayer de garder une certaine dignité. Les femmes palestiniennes emploient des approches non-violentes depuis le commencement du conflit, au début du siècle dernier. Pendant le mandat britannique, elles organisaient des pétitions pour le parlement britannique. Elles ont également coordonné une manifestation contre les politiques britannique et sioniste en 1920. En 1929, elles ont tenu les premier congrès des femmes arabes palestiniennes à Jérusalem. La guerre de 1967 donna une nouvelle énergie aux femmes palestiniennes ; elles vinrent en force dans les manifestations, les sit-in et les marches pacifistes pour protester et éveiller les consciences sur l’injustice de l’occupation israélienne. Des comités ont été créés pour soutenir les prisonniers et leur famille et de nombreuses œuvres de bienfaisance ont été mises en places pour préparer et éduquer les femmes afin de résister à l’occupation. L’engagement des femmes palestiniennes dans des activités non-violentes atteignit son maximum lors de l’Intifada de 1987. Elles prirent un rôle essentiel dans l’organisation de manifestations, la mise en place de comités de secours populaires et d’alternatives non-violentes au système israélien envahissant, tout en s’occupant de leur famille et des institutions pendant que les hommes palestiniens étaient arrêtés en masse.

Mais le sentiment qu’il n’y a pas d’autre forme de résistance que de se sacrifier est de plus en plus fort chez les Palestiniens, à cause de la quotidienne et incessante oppression et de l’injustice exercées par Israël. De jeunes femmes palestiniennes sont aujourd’hui prêtes à commettre des attentats suicides comme Ayat et Wafa. Elles ne sont pas les premières. Plusieurs femmes ont sacrifié leur dans des opérations militaires contre Israël depuis une dizaine d’années. Cependant, il y a eut un changement dans le mode de résistance des femmes. Cette évolution est due à la militarisation de l’Intifada. Leur rôle sur le terrain diminue, les Israéliens employant rapidement les armes et les chars.

Les femmes palestiniennes luttent au quotidien et elles ne souhaitent qu’une chose : vivre normalement, avec leurs enfants et leur mari, en sécurité dans leur maison, dans la rue et au travail. Mais cela est-il possible dans le contexte actuel ? La moitié des Palestiniens vivent maintenant au dessous du seuil de pauvreté. Avec le nombre croissant d’hommes sans emploi, la responsabilité de nourrir la famille revient de plus en plus souvent à la femme. La majorité de veux qui ont été tués, blessés ou arrêtés lors de la seconde Intifada, commencée en septembre 2000, sont des hommes et de nouveau, les femmes doivent prendre en charge les plus faibles. Elles travaillent à la maison mais doivent aussi sortir pour subvenir aux besoins de la famille et les nouvelles régulations leur rendent l’accès à leur lieu de travail difficile. Les hommes privés d’emploi se sentent inutiles et frustrés ; cela pèse sur le climat familial. Les femmes ressentent la double responsabilité de subvenir à la famille financièrement et émotionnellement. La violence exercée par Israël sur les hommes palestiniens se répercute sur les femmes et les enfants. Dans le sud de Gaza, la situation devient particulièrement désespérée. Ne pouvant plus assumer les charges du foyer, les hommes divorcent de leurs femmes et les renvoient vivre chez leurs parents. La destruction des maisons a un grand impact sur les femmes. Le plus souvent, la maison constitue le principal univers de la femme palestinienne. Après sa démolition, elle doit alors vivre avec sa belle-famille. Elle perd ainsi son propre univers, physiquement mais aussi socialement car elle n’est plus responsable de son foyer et doit vivre dans la maison d’une autre personne. Les familles palestiniennes doivent faire face à une double pression en essayant de garder ses enfants saufs tout en soutenant la cause nationale. Cette pression est encore plus forte pour les femmes. Aucune mère ne risquerait la vie de son enfant en l’encourageant à lancer des pierres sur l’armée israélienne. La plupart des jeunes martyres viennent de familles pauvres où il est difficile pour les parents de garder leurs enfants en sécurité à la maison. Même parmi les milieux plus aisés, il est malaisé d’empêcher un enfant de prendre part aux conflits lorsqu’il s’agit de venger un ami ou un proche blessé. Dans tous les cas, la perte d’un enfant est toujours une grande épreuve pour une mère. Le sentiment de vide qui l’accompagne est le même que ce soit pour la cause nationale ou non.

Nous ne devons pas oublier que les femmes palestiniennes ont été victimes d’arrestations, tueries, blessures et déportations. Lors de la première Intifada, 115 femmes ont été tuées, 7000 blessées, 250 déportées et plus de 1000 arrêtées chaque année. Depuis le début de l’actuelle Intifada, plus de 40 femmes ont rejoint les rangs des martyres palestiniens.


 

Leila R.
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