Aslim Taslam

 

- N°1 Novembre 2000 -- N°65 Mai 2008 -

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Métier

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Infirmière

 

1- Les études
2- Conditions d’admission
3- Déroulement des études
4- Expériences à acquérir
5- Avantages
6- Contraintes et nature du travail
7- Evolutions possibles
8- Problèmes qui se posent pour les musulmans et solutions possibles

 

1- Les études

Pour pouvoir entrer dans les écoles d’infirmière, il faut d’abord passer par un concours d’entrée organisé par l’institut de Formation en Soins Infirmiers agréé pour la préparation du diplôme d’État d’infirmier par la DRASS chaque année. Trois épreuves d’admissibilité :

* Une épreuve de tests psychotechniques d’une durée d’1h30 notée sur 20 points qui a pour objet d’évaluer les aptitudes intellectuelles, l’attention et la concentration.

* Une épreuve de culture générale d’une durée d’1h30 notée sur 20 points comportant 10 questions. Cette épreuve a pour objet d’évaluer les capacités d’analyse et de jugement du candidat par rapport aux grands problèmes sanitaires et sociaux contemporains.

* Une épreuve d’admission : Elle consiste en un entretien de 20 minutes avec un jury composé de trois personnes autour d’un thème relevant du domaine sanitaire et social. Cette épreuve est notée sur 20 points, elle permet d’évaluer les aptitudes du candidat à suivre la formation.

Une note inférieure à 5/20 à l’une des épreuves d’admissibilité est éliminatoire. En outre, aucun candidat ne pourra être admis dans un institut s’il a obtenu une note inférieure à 10/20 à l’épreuve d’admission.

Les conditions d’admission

Diplômes requis : Il faut avoir 17 ans au 31 décembre de l’année des épreuves de sélection et avoir l’un des titres suivants :

-  baccalauréat, ou examen spécial d’entrée en université,

-  titre admis en équivalence du baccalauréat certifié conforme,

-  examen du niveau baccalauréat,

-  attestation des acquis professionnels délivrée par la DRASS du lieu de résidence,

-  certificat de scolarité pour les candidats de classe terminale : admission définitive aux épreuves soumise à la réussite au baccalauréat.

Déroulement des études

Les études durent 37 mois et demi (soit un peu plus de trois ans) au sein d’un institut de formation en soins infirmiers (IFSI), dont plus de 2000 heures de stages réparties dans les différentes spécialités (médecine, maternité, gériatrie, pédiatrie, chirurgie...).

Cours théoriques : 2240 heures
Stages en milieu professionnel : 2275 heures

Expériences à acquérir

-  Ce métier est à la source du contact humain ; on est amené à parler avec les gens, à les toucher, à donner des réponses adéquates à leur interrogation, à les rassurer, à les consoler, à les motiver. Ainsi, il est de mise que la personne qui désire s’engager à exercer ce métier ait un goût pour les contacts humains. Une capacité d’écoute, de compréhension et une aptitude à répondre aux besoin de l’individu (le patient et/ou sa famille) sont les ingrédients nécessaires pour assurer correctement son rôle de soignant face au soigné.

-  Il permet de maîtriser ses émotions (ne pas pleurer avec une personne en complet désarroi, qui se confie à vous en vous dévoilant des faits terribles... , ou ne pas s’emporter quand des patients vous accaparent avec des questions sans fin, critiquent, se croient tout permis et que tout leur ai dû..). Cela permet également de développer certains traits comme la patience, une capacité à prendre une décision dans des situations urgentes (malaise, réanimation : c’est très impressionnant de voir des personnes mourir devant soi alors qu’on a discuté quelques minutes avant ; ou alors des personnes revenir à la vie après une réanimation... soubhannAllah !)

-  Ce métier permet un épanouissement personnel ; on sent qu’on est utile (mais pas indispensable), que les gens peuvent nous faire confiance et ceci nous permet d’être sûr de nous, sûr de nos capacités et de nos compétences. Les gens nous apprennent énormément, par leur façon de se comporter face à la maladie, par leurs histoires personnelles qu’ils nous content, par la sagesse des personnes âgées, par le soutien que peut offrir une femme à son mari (ou vice versa) lors d’une grande maladie.

En fait, la principale richesse que l’on peut en retirer, c’est l’expérience de la VIE. Un imam disait que les conseils sont un raccourci dans la vie, et bien ce métier permet de saisir d’importants mécanismes qui régulent la vie, d’observer les comportements humains et de se rendre compte des ressources incroyables qu’Allah nous a dotés et dont nous devons rendre grâce.

Avantages

-  C’est un des métiers qui ne souffre pas de chômage, bien au contraire, il est en pénurie de personnel infirmier (actuellement, il y a 4300 postes non pourvus). Il n’est pas rare d’avoir des propositions d’emploi dans les lieux de stages, alors que le diplôme n’est pas encore obtenu.

-  La diversité des journées (quand on travaille dans le milieu hospitalier), des horaires, des patients ne rend pas le travail monotone : chaque jour se suit mais ne se ressemble pas.

-  C’est aussi un bon moyen d’augmenter nos connaissances sur les divers maladies et traitements que l’on est amené à rencontrer, du fait de l’accessibilité des médecins, des chirurgiens, et des spécialistes.
Soubhannallah, étudier l’anatomie est une preuve de la grandeur d’Allah car tout dans le corps est calculé, rien ne fait défaut ; j’étais stupéfiée par la merveille du corps humain et de ses richesses incalculables.

-  Le contact permanent avec la souffrance, la maladie, la mort est un rappel de notre passage éphémère sur cette terre, un rappel de la faiblesse humaine, une leçon d’humilité car M. X a beau être milliardaire, il n’échappe pas au cancer. Tous les médicaments, les remèdes, les réanimations ne peuvent rien faire si Allah a décidé de reprendre Son esclave. C’est à Lui que Nous appartenons et c’est à Lui que se fera notre retour. La douha suivante, à dire à la vue de personnes atteintes de maladies morales, physique ou psychiques : "Alhamdoulillah ladi hafani mima btalaka bihi oua fadalani ala kathirine mimane halaqa tafdalane", "Louange à Allah qui m’a sauvegardé de ce qu’Il t’a éprouvé et qu’Il m’ait préféré sur beaucoup de ceux qu’Il a créés", est précieuse en milieu comme ceux-ci !

-  On se rend compte du bien, de la sagesse derrière ce que nous a interdit Allah. Si vous saviez les dégâts énormes causés par l’alcool, le tabac, les drogues, la nourriture par excès (charcuterie...), les tentatives de suicides "ratés"... cela donne à réfléchir. Mais aussi, on retrouve les recommandations qu’exige notre religion et le bien extraordinaire qu’il en résulte : du comportement exemplaire que l’on doit avoir pour nos parents, pour les personnes âgées, pour la visite des malades... Notre religion ne nous veut que du bien et si nous ne savons pas pourquoi telle chose est interdite, abstenons nous de nous en approcher. C’est notre Seigneur qui nous met en garde contre le mal, ce ne peut être que pour notre bien.

Contraintes et nature des conditions de travail

- Ce métier est fort exigeant quant à la disponibilité de la personne et amène inévitablement à des sacrifices dans sa vie personnelle, au niveau du temps consacré à sa famille, ses proches, ses loisirs. Il y a les horaires chargés, le rappel de la personne en repos, la fatigue engendrée par le travail considérable...

-  C’est un métier ingrat (demande beaucoup d’investissement personnel) car il y a très peu de reconnaissance vis à vis des supérieurs hiérarchiques, parfois de médecins. Les nombreuses manifestations des blouses blanches le démontrent avec les multiples revendications qu’on ne prend pas en compte.

-  La pénurie d’infirmière provoque une surcharge de travail, une baisse de la disponibilité face aux patients et leur famille ainsi qu’une concentration moindre dans les actes techniques ce qui peut amener à faire des erreurs irréversibles.

-  Pour ceux et celles qui n’aiment pas se lever avec le chant du coq (hum...), le réveil est assez cruel car les postes commencent relativement tôt.

-  Il y a les 3 "huit" ; c’est-à-dire travailler le matin, l’après midi et/ou faire la nuit. Ainsi, cela demande une adaptation constante de son "mode de vie", en particulier pour celui ou celle qui a des enfants, concernant la garde...

-  Le planning des horaires est établi en général dix jours avant le début du mois donc, pour planifier quelque chose, un rendez-vous par exemple, c’est assez difficile. Pire, suite au manque de personnel, certains hôpitaux planifient de semaine en semaine les journées de travail. Sans compter lorsqu’un membre de l’équipe est absent brutalement (exemple : congé de maladie) et qu’il le faut remplacer "au pied levé".

-  Il est difficile de concilier vie de famille et vie professionnelle à cause des horaires et de la fatigue engendrée.

-  Une étude démontre que la durée de l’exercice du métier d’infirmière est de 9 ans. Ainsi, soit elle arrête d’exercer cette profession, soit elle se recycle dans un autre métier.

Évolutions possibles

TYPES D’EXERCICE

-  Salarié : dans tous les milieux hospitaliers publics ou privés (services de médecine, de chirurgie, de personnes âgées, de psychiatrie...) ou en secteur extra-hospitalier (maisons de retraite, centres de soins de santé, de rééducation et de réadaptation, services de soins à domicile, santé scolaire, médecine du travail...).

-  En libéral : en France ; après 2 ou 3 ans d’exercice professionnel, on peut se lancer dans les soins à domicile (à nous le travail avec le voile, mes soeurs !). En Belgique, on peut de suite exercer dans les soins à domicile en tant que salariée avec par exemple la croix jaune et blanche.

-  Il y a possibilité d’évolution vers une spécialisation : infirmière de bloc opératoire, anesthésiste, psychiatrie, hygiéniste, pédiatrique...

-  Après 4 ans d’expérience professionnelle, évolution possible vers des fonctions de cadres (chef de service) ou enseigner dans les écoles d’infirmières (qui recrutent aussi).

-  Possibilité d’être infirmière humanitaire (une évaluation des capacités et une petite formation doit être effectuée).

Problèmes qui se posent pour un musulman et solutions possibles

-  Pour un homme, il faut savoir que la profession est principalement féminine et être entouré de femmes toute la journée, ce n’est pas super car elles ont en pratique peu de gêne envers les infirmiers. Il est difficile de préserver son nafs. Mais bon, il faut des infirmiers hommes pour soigner nos pères dans les hôpitaux.

-  Il est vrai que l’on voit souvent des corps dénudés mais il faut savoir faire la part des choses. L’objectif est de soigner les gens, et al hamdoullah, quand on a cette intention, il ne nous vient pas à l’esprit d’autres jugements.

-  Pour les soeurs, il y a possibilité de travailler au bloc opératoire car la tenue exigée est : bonnet, masque, blouse, et on ne voit que les yeux (environnement stérile oblige).

Voilà un aperçu de ce métier selon ma vision des choses et mon expérience.
Il me semble qu’il est très important de se pencher sur les métiers du social pour aider notre communauté car chacun peut, un jour se retrouver à l’hôpital et aimerait trouver des soignants musulmans à l’écoute de leurs préoccupations, de leur gêne, et sans que la différence de régime alimentaire, de désir d’être soigné par un homme plutôt que par une femme ne soit une source de problème diplomatique. Faire sa prière sur le lit d’hôpital sans que cela amène toute source de curiosité, une grand-mère rassurée par une infirmière parlant le même langage qu’elle après le charabia du médecin, ce n’est pas trop demander.


 

Yamina H.
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