Aslim Taslam

 

- N°1 Novembre 2000 -

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Sociologie

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L’enfant et le dur monde du langage

 

 

Partie I - Le premier problème : bébé parle mais grâce à qui ?

Vers l’âge de 10 à 12 mois, avant même de marcher, l’enfant prononce ses premiers mots, procurant ainsi aux parents une joie et une fierté telles qu’ils en oublient du même coup les souffrances des longues nuits sans sommeil parsemées de pleurs et de plaintes ‘fébrilo-dentaires’, ‘digestivo-pampers’ et autre famine à répétition.

La joie est justifiée, bébé vient d’entrer dans le monde des Hommes. Mais la fierté ? A qui attribuer la nouvelle faculté de bébé ? A lui-même ? C’est possible, mais cela voudrait dire que bébé avait l’intention d’apprendre à parler, et ça, c’est inconcevable ! A ses parents ? C’est également possible, mais cela voudrait dire que les parents ont mis au point une sacrée tactique, un plan de cours pour enseigner à parler. A supposer que cela soit vraiment le cas, il faudrait des parents qui non seulement connaissent bien les rouages de la langue et le développement de l’enfant, mais encore possedent de solides notions de pedagogies et surtout du temps. En gros, il faudrait qu’ils soient des éducateurs-psychologues-linguistes-didacticiens-rentiers. Soit ! Mais dans ce cas, seuls les enfants de parents éducateurs-psychologues-linguistes-didacticiens-rentiers pourraient avoir accès à la production du langage. Tous les enfants parlent. Pourtant tous les parents ne sont pas éducateurs-psychologues-linguistes-didacticiens-rentiers à l’horizon. Il y a même des parents non éducateurs-non psychologues-non linguistes-non didacticiens-non rentiers dont l’enfant parle très bien.

Il faut noter pour être honnête que bébé comprend un certain nombre de mots depuis belle lurette. Mais alors pourquoi ne les produit-il que maintenant ? Disons momentanément que c’est le résultat d’un processus de maturation, probablement des organes qui lui permettent de produire des sons. Nous ne féliciterons donc personne pour le moment.

Il faut déterminer comment bébé comprend et nous aurons notre héros. Bon, bébé comprend depuis longtemps. Quand on l’appelle par son prénom, il se retourne et quand on lui dit ’où est papa, il regarde papa’, il saisit ce qu’on lui dit. Donc c’est sur la base des mots qu’il entend dans son environnement qu’il va élaborer cette capacité à comprendre. C’est son environnement qu’il faut féliciter, ou plutôt son entourage. Voilà, les vrais héros sont ses parents car ce sont eux qui ont interagi le plus avec lui.

Résumons un petit peu. Les parents seraient responsables du fait que bébé comprend des mots et la maturation expliquerait la production des mots. Peut être mais on n’a rien expliqué. L’enfant prononce des choses bien avant de saisir leur sens. Eh ! Oui, bébé vocalise, gazouille, babille. Si on reprend globalement le développement, on dira qu’il y a production, puis compréhension, puis production. C’est à n’y rien comprendre. Pour s’en sortir, certains psychologues ont dit que les productions très précoces comme [bababababa] n’ont rien à voir avec les productions linguistiques qui caractérisent les premiers mots. Mais cette explication est de toute évidence fausse. Les premiers mots de bébé s’inscrivent dans la continuité du babillage. Dit autrement, le babillage prépare les premiers mots et donc tout le langage. La preuve ? Bébé ne babille pas n’importe quoi. Il va plutôt utiliser des sons qui se trouvent dans sa langue maternelle. Donc encore une fois, félicitons les heureux parents.

Un dernier résumé peut être ? Alors, bébé prononce ses premiers mots à 10 mois. Avant, on sait qu’il comprenait beaucoup de choses. Il a eu une longue période où il ne prononçait que des syllabes appartenant à sa propre langue. Avant cette étape, il prononçait des syllabes et des sons spécifiques au langage mais pas à une langue particulière. Comment ? Il prononçait des sons qu’on retrouve ci et là dans diverses langues, autres que sa langue maternelle ?! N’aurions-nous pas félicité les parents un peu tôt ? Il semble que si. Parce que bébé, peu de temps après la naissance est un être capable d’apprendre n’importe quelle langue ! C’est une capacité innée. Bébé ne naît pas arabophone, ou francophone. Il naît efficace pendant un certain temps seulement pour apprendre n’importe quelle langue. Félicitons donc... ses gènes !

Voilà, nous avons maintenant la solution. Tout est inné, préprogrammé. Vivent les gènes !

Oui, mais... il y a un mais. A 6 mois, ses vocalisations sont déjà typiques de sa langue maternelle, on l’a déjà dit. Et ça, ce n’est pas inné. Alors qu’est ce donc ? Disons que si la capacité à parler ‘une langue’ est innée, la confrontation avec un environnement linguistique est indispensable pour apprendre une langue particulière. Et exit les gènes ! La langue maternelle va ‘imprégner’ le babillage de bébé. Alors tout n’est que questions ? Qu’est ce qui donne à la langue de maman un caractère si particulier ? Comment bébé isole-t-il cette parole des autres sons de l’environnement comme la sonnerie de téléphone ? Pourquoi ladite sonnerie de téléphone ne se retrouve-t-elle pas dans les vocalisations de bébé ? Comment bébé fait-il pour segmenter les phrase de maman et papa ? D’abord, il entend une séquence continue, disons ‘laïlahaïllallah’. Comment fait-il pour décomposer plus tard en ‘la ilaha illa allah’ ? Et comment comprend-il qu’il peut utiliser Allah dans une autre phrase ou seul ? Même chose pour la, ilaha et illa ?

Voyez, mes chers frères et chères sœurs, comment ce qui nous paraissait si simple au début - j’ai nommé la production de mots vers 10-12 mois - procède d’un processus long, jalonné de difficultés insurmontables pour nous. Mettons-nous dans les conditions de bébé et apprenons, en un an, une langue que nous n’avons jamais entendue ! Voyons combien sont nombreuses les étapes pour arriver à la prononciation des mots, prononciation qui réjouit tout le monde.

Voilà cette introduction à l’acquisition du langage à présent terminée. J’essayais, mes frères et mes sœurs, d’attirer votre attention sur ce cheminement miraculeux que le bébé entreprend seul. L’unique solution est que ce cheminement lui est grandement facilité. Car Allah nous apprend dans la sourate 80, Abaça (Il s’est renfrogné), à travers les versets 18, 19 et 20 :

«  De quoi Allah l’a-t-Il créé ?
D’une goutte de sperme
Il le crée, puis Il le détermine ;
Puis le sentier, Il lui rend facile
 »

Comment sans cette intervention ‘facilitatrice’ de notre Créateur, bébé pourrait-il apprendre si vite à parler ?

Ce premier article visait à vous sensibiliser à tous les problèmes que bébé rencontre pour produire les mots isolément. Les autres articles me permettront, si Allah le désire, d’aborder plus en profondeur chacune des étapes présentées.

Ô, Allah, purifie nos intentions et nos actions
Et aide-nous à ne pas nier les signes de Ta Grandeur.
Et louange à Allah, le Maître des mondes.


 

Soulaimane C.
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