Aslim Taslam

 

- N°1 Novembre 2000 -

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Itinéraire

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Le Pèlerinage : témoignage

 

Une française convertie à l’Islam nous raconte le merveilleux voyage du pèlerinage, le cinquième pilier de l’Islam. A travers son récit, elle nous livre ses impressions et ce que cette expérience lui a apporté.

 

 

« Et c’est un devoir envers Allah pour les gens qui ont les moyens, d’aller faire le pèlerinage de la Maison. »
Sourate 3, Al ’Imran, verset 97

Ce fut comme un appel que je ne pouvais ignorer ou refuser : il s’agissait d’une invitation venant d’Allah, celle m’enjoignant d’accomplir le cinquième pilier de l’islam. Dès lors, j’économisais, surveillant toutes mes dépenses pour pouvoir rassembler la somme nécessaire. Je me préparais pour le plus grand voyage de ma vie par des lectures sur les rites du pèlerinage et des discussions avec des sœurs ayant déjà vécu cette expérience. Je cherchais à connaître le plus de détails possibles, ce qui est permis, ce qui ne l’est pas, ce qui est déconseillé, ce qui est recommandé. Je mettais également tous mes espoirs dans ce projet car j’avais le sentiment que cet évènement allait par la suite changer toute ma vie. Diverses difficultés sont apparues lors de la préparation de ce voyage mais lorsqu’il est écrit que vous partirez faire le pèlerinage, vous partirez, peu importe les obstacles qui se présentent, la volonté d’Allah est plus forte que tout. Lorsque Allah nous appelle, rien ni personne ne peut nous empêcher de venir à Lui.

Il est très difficile de décrire tout ce qu’on peut ressentir pendant le pèlerinage. Il s’agit d’un ensemble d’émotions très intenses, à la fois très personnelles et partagées avec tous les autres pèlerins.

Les premières émotions survinrent dans l’avion lors de l’entrée en état de sacralisation (ihram) au moment où tout le monde se met à réciter la talbiya. Avant cet instant, je ne l’avais entendu qu’une seule fois et n’étant pas arabophone, je craignais de pas parvenir à la dire comme tout le monde. Mais al hamdoulillah, il n’en fut rien et j’oubliai nos différences de langue, éprouvant le sentiment de faire partie d’un corps, celui des musulmans se dirigeant vers la mosquée sacrée.

Les émotions allèrent crescendo lorsque je vis la Kaaba pour la première fois. Ce fut juste après la prière du Fajr, les oiseaux chantaient et venaient de partout pour voler autour. J’eus l’impression de flotter, de ne plus être sur terre mais au paradis, une sensation très forte. Tout en étant au milieu d’une foule immense, on éprouve le sentiment d’être seul face à la Kaaba. On oublie tout ce qui nous entoure et en même temps on est en communion avec les autres pèlerins, effectuant les mêmes gestes et partageant les mêmes émotions, leur point culminant étant le jour de la station à Arafat.

Que dire sur ce jour qui nous rappelle le Jour du Jugement où nous serons tous rassemblés ? Ah ! Les mots ne suffisent à le décrire ! En quelque sorte, il s’agit d’une ligne directe avec notre Créateur... Des prières, des invocations, des invocations et encore des invocations, beaucoup d’émotions et beaucoup de larmes. Cette journée semble si longue et courte à la fois et au coucher du soleil, on souhaiterait qu’elle ne se termine jamais, que la lumière ne disparaisse de l’horizon.

La tension diminua alors progressivement avec la fin des rites du pèlerinage. Après quelques jours de repos, nous nous sommes rendus à la ville sainte où repose le tombeau du Prophète, paix et bénédiction d’Allah sur lui. Sur la route entre La Mecque et Médine, la nature est très hostile, constituée de champs de pierres, sans végétation ni point d’eau. Immédiatement, j’ai pensé au Prophète, paix et bénédiction d’Allah sur lui, et aux compagnons qui n’avaient pas tout le confort d’aujourd’hui (autoroute, car climatisé, hôtels confortables), sans compter les ennemis qui tentaient de leur barrer la route et je n’ai cessé de remercier Allah des bienfaits qu’Il nous accorde. Il nous couvre de Ses bienfaits et nous ne les voyons pas ou ne leur accordons pas suffisamment d’importance.

Parfois les personnes les plus simples sont les plus reconnaissantes, un peu comme le groupe de personnes originaires d’une région isolée du Maroc qui s’était joint au nôtre lors du retour. Pour la plupart, il s’agissait du premier et probablement dernier voyage de leur vie. On sentait chez certains de ces gens tous les sacrifices, les efforts qu’ils avaient du faire pour pouvoir partir, un contraste énorme à côté d’une classe privilégiée qui part chaque année - ou presque - faire le petit pèlerinage (omra) pendant le Ramadan. Ces sacrifices pour partir imposent un respect envers ces personnes. Pour elles, le luxe présent dans les hôtels en Arabie Saoudite leur passait complètement au-dessus de la tête, tout ce qu’ils souhaitaient c’était manger et dormir. Cette simplicité est à méditer pour certains d’entre nous, confortablement installés devant notre écran.

Petit Glossaire

- Talbiya : littéralement, la réponse favorable à l’appel d’autrui. Dans le contexte du pèlerinage, il s’agit de la réponse favorable à l’appel d’Allah, traduite par la formule : « labbek Allahouma labbek, labbek la charika laka labbek, inna l-hamda wa l-ni’mata, laka l-moulk, la charika lak » (Me voici, Seigneur ! Me voici ! Me voici ! Tu n’as point d’associé. A Toi la louange, la Grâce et la Souveraineté. Tu n’as point d’associé)

-  Ihram : entrée en état de consécration lors du pèlerinage. Définition canonique : intention d’accomplir le grand pèlerinage (hajj), le petit (omra) ou les deux ensemble

-  Al hamdoulillah : louanges à Allah

-   Fajr : aube, prière de l’aube, la première des cinq prières quotidiennes

-  Hajj : le grand pèlerinage

-   Omra : le petit pèlerinage

-   Youm al Qiyyama : le Jour de la Résurrection

-  Soubhana Allah : Gloire à Allah

-   Hassanate : récompenses, degré de bonnes actions

-   Sunnah : tradition du Prophète d’Allah saws.

Ce que cette expérience m’a apporté ? Beaucoup de changements dans mon comportement et ma vision de la vie, à un tel point que quelques personnes de mon entourage ne me reconnaissent plus. Par exemple, je n’arrive plus à faire certaines concessions comme avant, pour « faire plaisir » car je recherche en premier l’agrément d’Allah. Aucune de ces personnes n’interviendra en ma faveur le Jour de la Résurrection (youm al qiyyama), seuls mes actes et mes intentions seront pris en compte.

J’ai beaucoup appris et en particulier la PATIENCE. En effet, nous devons vivre quotidiennement avec des gens n’ayant pas la même culture, les mêmes habitudes, chacun avec ses petites manies, ces défauts et à cela s’ajoutent les fortes émotions, la fatigue, le manque de sommeil et de confort.

J’ai été également très marquée par l’unité dont les musulmans sont capables dans ces moments, malgré les différences de culture et de civilisation. Plus de deux millions et demi de personnes venant des quatre coins du monde font les mêmes rites en même temps, sans répétition, ni entraînement, ni contrainte, volontairement et uniquement par amour pour Allah. Malgré les différends qui existent entre les musulmans, au moment de la prière, tout le monde est épaule contre épaule, pied contre pied, dirigé vers un même point, est debout, s’incline, se prosterne, s’assoit en même temps, dans un mouvement d’ensemble et d’harmonie unique au monde. Tout cela, uniquement par amour d’Allah, pour adorer Allah.

Quelle armée, quelle organisation, quel groupe de personnes est capable de cela, même avec toutes les répétitions du monde, pour une autre raison ? Soubhana Allah ! Jeunes et vieillards, riches et pauvres se retrouvent réunis côte à côte, sans autre distinction que leur foi. Celle-ci grandit considérablement lorsqu’on effectue le pèlerinage en prenant pleinement conscience de chaque acte réalisé, et on en retire également beaucoup d’enseignements. Cette foi fortifiée nous donne ensuite la force, le courage d’affronter cette vie et d’agir positivement pour celle de l’au-delà, de « marquer des points » (les fameuses hassanates).

Al hamdoulillah, j’ai pu apprécier les bienfaits d’accomplir le cinquième pilier de l’Islam à 26 ans. Plus on le fait jeune, plus il est aisé de changer notre vie pour qu’elle soit en accord autant que possible avec le Coran et la Sunnah. Il est en effet plus facile de changer l’orientation de sa vie lorsqu’on a peu de contraintes et de responsabilités ; par la suite cela devient plus difficile. Il ne faut pas non plus attendre d’avoir un certain niveau de perfection dans la pratique de la religion car il se peut qu’on n’atteigne jamais le degré souhaité. Par contre, accomplir le pèlerinage est un moyen de renforcer sa foi et d’améliorer son culte. Il ne s’agit pas d’une récompense pour avoir pratiqué correctement sa religion mais d’un cadeau d’Allah nous permettant de la compléter et de progresser.

Qu’Allah accorde à tous Ses bienfaits et permette à chacun d’accomplir ce pilier de l’Islam dans les meilleures conditions.


 

Leila R.
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