Aslim Taslam

 

- N°30 Juin 2003 -

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Histoire

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Sira des quatre califes : Ali ibn Abi Talib (3)

 

Cet article est le neuvième d’une longue série, incha Allah, de biographies de musulmans notoires. Nous poursuivrons la vie du quatrième Calife, Ali ibn Abi Talib (r.a.), par le Professeur Fazl Ahmad.

 

La bataille de Siffin

Ali tourna son attention vers Muawya. A part la Syrie, tout l’empire reconnaissait à présent Ali comme calife. Mais le quatrième calife ne retourna pas à Médine. Il fit de Kufa sa nouvelle capitale. Ce choix s’explique par deux raisons. Tout d’abord, il y jouissait d’un large soutien. Ensuite, le trésor public iraqien disposait de revenus extrêmement abondants qui pourraient lui être très utiles dans le cas d’une guerre menée contre une région aussi riche que la Syrie. Avant de prendre l’épée, Ali voulait essayer des méthodes de paix. Il envoya un messager à Muawya afin de demander au gouverneur syrien d’accepter le nouveau calife. Ce dernier répondit :
- Tuez d’abord les assassins d’Othman, puis laissez les musulmans choisir leur calife par vote libre.
Muawya a été gouverneur de Syrie et commandant de l’armée syrienne depuis le temps du calife Omar. Habile et soucieux, il s’est rendu populaire auprès du peuple. L’assassinat d’Othman lui a fourni l’opportunité de tourner cette popularité à son avantage. Il avait de grands moyens. Il était au courant du pouvoir d’Ali. Il voulait le retenir à tout prix. Muawya n’allait pas se rendre sans un dur combat.
Ali quitta Kufa à la tête d’une grande armée. A Nakhila, Abdullah bin Abbâs, gouverneur de Bassora se joignit à lui avec son armée. Ali réorganisa ses troupes et marcha vers le nord de la Syrie. Après la traversée de l’Euphrate, il campa à Siffin.
Les préparations de Muawya étaient très avancées. Les chefs des Omeyyades qui avaient quitté Médine se joignirent à lui. Ils s’ajoutèrent aux forces de Muawya. Amr bin Aas, le conquérant de l’Egypte, était bien connu pour son pouvoir. Muawya le gagna de son côté. En plus de cela, Muawya préparait les syriens dans une hystérie. La chemise ensanglantée d’Othman et les doigts tranchés de Naïla étaient souvent montrés dans la Jâmi, mosquée de Damas. Muawya parlait du tragique assassinat du calife. Le résultat fut une tempête de colère. Des milliers de syriens jurèrent de venger la mort d’Othman et de ne plus dormir dans leur lit, ni même d’avoir de boisson fraîche jusqu’à ce qu’ils aient achevé ce but.
Muawya vont à savoir l’avance d’ali. Il conduisit son armée de l’autre côté de Siffin afin de s’opposer à celle d’Ali. Les deux armées se préparaient pour une épreuve de force.

L’offre de paix

Rien ne se passa durant deux jours. Le troisième jour, Ali envoya une délégation de paix à Muawya. L’un d’entre eux, Bachir, dit à Muawya :

-  Ô Muawya ! Cette vie est courte. Vousdevez paraître devant Allah et répondre de vos actions. Je vous implore, au nom d’Allah, de ne pas semer des différents parmi les musulmans. Priez, ne répandez pas le sang des musulmans dans une guerre civile.

-  Pourquoi n’adressez-vous pas ce sermon à votre ami Ali ? rétorqua Muawya.

-  Le cas de Ali est différent du votre ! répondit Bachir. C’est un homme de grand savoir. Il tient une haute place dans la Foi. Il est l’un des premiers musulmans. Il a un degré de parenté très proche du Prophète Mohammed saws. Ces choses font de lui l’homme le plus apte pour le califat. Vous devriez lui prêter serment d’allégeance et lui donner un bon nom dans ce monde et dans l’Autre.

-  Mais, dois-je renoncer à la demande de vengeance de l’assassinat d’Othman ?

-  Par Allah, je ne le ferai jamais ! déclara Muawya.

Bachir voulut répondre mais son compagnon Shis parla :

-  Ô Muawya ! Nous savons bien ce que vous voulez. Vous avez tardé à aider Othman et l’avez fait tuer. Maintenant son assassinat est une excuse pour viser le califat. Souvenez-vous ! Ce genre d’action ne vous amènera pas de bien. Si vous échouez, alors votre sort sera clairement le plus malheureux. Mais même si vous êtes vainqueur, vous ne pouvez vous échapper au feu de l’Enfer.

Ces mots rendirent Muawya très furieux.

-  Ô fier paysan ! s’écria-t-il, vous avez dit un gros mensonge. Hors d’ici ! L’épée doit décider.

Un mois de trêve

La mission de paix semblait ne pas aboutir. La guerre paraissait maintenant inévitable. Cependant, des deux côtés, il semblait y avoir une répugnance pour se battre. Les musulmans contre les musulmans ! Des deux côtés, on se rappelait les paroles inoubliables du Prophète Mohammed saws. « La vie, l’honneur, et la richesse de votre frère musulman sont plus sacrés que le mois du Hajj et l’aire sacrée de La Mecque. » Ils espérèrent qu’une solution serait trouvée afin d’éviter une guerre civile. C’était le mois de Dhoul Hijjah en l’an 36 après l’hégire. La guerre débuta par de simples combats qui furent suivis quelques jours plus tard par des rencontres de simples bataillons. Le mois de Dhoul Hijjah se passa ainsi. La nouvelle lune de la nouvelle année apparut dans le ciel. La bataille cessa avec son apparition. Ali et Muawya firent une trêve.
La trêve d’un mois fournit une bonne occasion pour le renouvellement des pourparlers de paix. La guerre civile était répugnée des deux côtés. Ali fut le premier à envoyer une mission de paix conduite par Adi Bin Hatam Taï. Il s’adressa ainsi à Muawya :
« Ô Muawya, nous venons à vous avec une offre d’amour et de paix. Si vous l’acceptez, les éternelles disputes des musulmans cesseront. Il n’y aura plus d’effusion de sang. Ali est votre frère. Il est maintenant le plus élevé parmi les hommes. Tous, exceptés vous et vos hommes, l’ont accepté comme calife. Vous aussi, prêtez-lui serment d’allégeance et finissez avec cette affaire. Si vous ne le faites pas, j’ai peur que vous aurez à souffrir comme d’autres ont souffert au cours de la bataille du chameau. »
« Je suis désolé Ali, répondit Muawya. Venez-vous faire la paix ou me menacer ? Par Allah, je suis le fils de Herb et je n’ai pas peur de la guerre. Je sais que vous avez aussi participé à l’assassinat d’Othman. Vous aurez aussi à souffrir de cela. »
Les autres membres de la mission changèrent le cours de la conversation :
« Laissez ces choses, ô Muawya ! Dirent-ils. Dites quelque chose qui puisse terminer la dispute. La paix est le réel besoin. Vous n’ignorez pas le savoir d’Ali et sa piété. Aucun homme pieux et instruit ne se défiera de sa direction. Craignez Allah, ô Muawya, et renoncez à vous opposer à Ali ! Par Allah, nous ne connaissons aucun autre homme plus pieux et plus humain qu’Ali. »
A cela, Muawya répondit :
« Vous m’invitez à me soumettre à l’autorité d’Ali ! Je ne suis pas d’accord car il a fait tuer notre calife. Il n’y a qu’une solution pour avoir la paix : Laisser Ali nous remettre les assassins d’Othman. Ils sont dans son camp et sont ses amis et ses partisans. Nous les tuerons d’abord et ensuite obéirons à Ali. »
« Vous voulez tuer un homme comme Ammar bin Yassir ? » demanda un homme de la mission.
« Qu’y a-t-il de si extraordinaire ? répliqua Muawya. Je le tuerai même s’il avait tué un esclave d’Othman. »
« Par Allah, cela ne peut pas se passer ainsi ! répondit l’homme, aussi longtemps que les têtes ne seront pas tranchées et la terre et le ciel ne deviendront pas trop étroits pou vous. »
« Si les choses doivent en arriver là, vous en aurez un avant-goût. » répondit Muawya.
La mission de paix échoua une fois de plus.
Une autre mission de paix arriva ensuite de Muawya. Elle était conduite par Habib bin Maslama Fahri. S’adressant à Ali, il dit :
« Othman était un calife juste. Il suivait le Livre d’Allah et l’exemple du Saint Prophète saws. Il obéissait aux commandements d’Allah. Vous ne l’aimiez pas. Vous l’avez tué injustement. Si vous dites que vous n’avez pas participé à son assassinat, remettez-nous ses assassins. Nous vengerons la mort d’Othman en les tuant. Après cela, les musulmans désigneront leur calife par un vote libre. »
Ali se fâcha :
« Eh bien, dit-il, qui êtes-vous pour me retirer de me fonctions ? De tels propos vous vont mal. Gardez votre paix. Vous êtes mal placés pour continuer à parler de ce sujet. »
« Vous me placez dans une situation qui vous embêtera », répondit Habib.
« Quel mal pouvez-vous me faire ? dit Ali. Allez vous-en et faites ce que vous pouvez. »
« Si je dis quelque chose, j’aurai la même réponse, plaça un autre membre de la mission. Avez-vous quelque chose d’autre à nous dire ? »
« Oui, répondit Ali. Allah, dans Sa bonté, nous a envoyé Son Prophète saws. Il nous a montré le chemin de la vérité. Après lui, vinrent les califes Abu Bakr et Omar. Ils régnèrent avec justice. J’avais une plainte contre eux. Etant un proche parent du Prophète saws, j’ai pensé que c’était mon droit d’être calife. Mais ces deux-là étaient de bons hommes. Alors je leur ai pardonné. Vient ensuite Othman. Il fit des choses qui offensèrent le peuple. Aussi l’ont-ils tué. Les gens vinrent à moi. Je n’avais rien à voir avec ce qu’ils ont fait. Ils m’ont forcé à accepter le califat. J’ai d’abord refusé. Mais, voyant qu’aucun autre homme ne serait accepté de tous, j’ai décidé de prendre cette responsabilité. Talha et Zoubayr m’ont prêté serment et se sont ensuite retournés contre moi. Maintenant, c’est Muawya qui s’oppose à moi. Il n’est ni l’un des premiers convertis à l’islam, ni quelqu’un qui a rendu un réel service à la foi. Lui, son père et toute sa famille ont toujours été opposés à Allah, à Son Prophète saws et aux musulmans. Ils ont embrassé l’islam parce qu’ils n’avaient pas le choix. Il est vraiment étrange que vous soyez de son côté et contre les parents du Prophète saws. Je vous appelle au Livre d’Allah et à l’exemple de Son Prophète saws. Je vous invite à aider la cause de la vérité et à combattre le mensonge. »
« Mais que pouvez-vous dire des assassins d’Othman ? demanda un membre de la mission. Ne l’a-t-on pas tué injustement ? »
« Je ne peux rien en dire, répondit Ali. Je ne dis pas qu’il fut justement, ni injustement. »
Cette réponse du calife offensa tellement les membres de la mission qu’ils se levèrent pour partir.
« Nous n’avons rien à faire avec un homme qui ne pense pas que Othman ait été tué injustement. », déclarèrent-ils.
A ceci, Ali récita le verset suivant :

« Non, tu ne peux faire entendre aux morts cet appel, tu ne peux faire entendre aux sourds qui tournent le dos. Tu ne peux guider les aveugles, tu ne peux les tirer d’erreur. Tu ne peux faire entendre qu’à ceux qui croient en nos signes, et ils deviennent soumis. »
Sourate 30, Ar-Roum (Les romains), versets 52-53

Avec l’échec de la mission prirent fin les pourparlers de paix. Aucun des deux partis n’entreprit un nouvel essai de compromis.

La bataille

Le soir du dernier jour de Muharram de l’an 37 de l’hégire, Ali donna à son armée l’ordre d’attaquer l’armée syrienne le lendemain.
« Ils ont eu suffisamment de temps pour réfléchir. », expliqua-t-il.
Mardi premier Safar, la bataille commença. Pendant une semaine, aucun des deux partis ne l’emportait vraiment. Au huitième jour, Ali conduisit lui-même une attaque générale. De l’autre côté, Muawya prit le commandement. Une rude bataille eut lieu toute la journée. Aucun camp ne prit l’avantage. L’obscurité de la nuit mit fin à la lutte.
La bataille reprit très tôt le lendemain, plus cruelle que jamais. L’armée d’Ali montrait des signes de faiblesse. Mais Ali lui-même fonçait en avant. Son exemple encouragea ses hommes. Ils tombèrent sur l’ennemi avec une nouvelle furie. Aussitôt, quelques troupes forcèrent le chemin jusqu’à la tente de Muawya. La nuit tomba, mais la bataille continua.
Elle fit rage pendant toute la nuit. Au matin, le cliquetis des armes ne s’arrêtait pas. Des hommes et des animaux étaient épuisés, mais personne ne voulait se retirer sans résultat décisif. L’armée d’Ali avait maintenant un net avantage. Lui et ses généraux entreprirent une attaque puissante. L’armée de Muawya trébucha sous le poids de l’attaque. La victoire lui échappait. Il consulta rapidement Amr bin Aas. Il fit ensuite signe à ses hommes. En quelques minutes, le message circula et aussitôt des corans furent soulevés, pendus au bout des lances des syriens.
« Voici le livre d’Allah, le Tout-Puissant, criaient-ils. Il décidera entre nous. Si nous partons, qui défendra les frontières à l’Ouest ? Si vous partez, qui défendra les frontières de l’Est ? »
« C’est un piège ! Cria Ali. Ne vous y laissez pas prendre. Continuons la lutte. La victoire est déjà en vue. Je connais Muawya, Amr bin Aas, Habib bin Maslama, Ibn Abi Sarah et Ibn Abi Said depuis l’enfance. C’est un coup pour vous tromper. »
Mais une bonne partie des hommes de son armée refusa de l’écouter.
« Comment est-ce possible ? Dirent-ils. Nous sommes appelés vers le Livre d’Allah. Comment osons-nous refuser ? »
Quand Ali insista pour que la bataille continue, ses hommes dirent :
« Ou vous donnez l’ordre d’arrêter le combat, ou nous en finirons avec vous comme nous l’avons fait avec Othman. » Ali était désespéré. Sa propre armée aidait la cause de l’ennemi. Ils le forçaient à prendre une décision qu’il savait mauvaise. Mais il n’avait pas le choix. Aussi, à contre cœur, il donna l’ordre à ses troupes de cesser le combat et de revenir.

Le jugement

Ali se battait maintenant pour un combat perdu. Il envoya des hommes à Muawya pour savoir ce qu’il voulait dire en faisant du coran un juge entre eux. Sa réponse fut :
« Je veux dire que chaque partie devrait nommer un juge. Les deux juges déclareraient sous serment qu’ils seront guidés par le Livre d’Allah. La décision qu’ils prendraient serait obligatoire pour les deux partis antagonistes. »
Muawya nomma Amr bin Aas. Aucun de ses hommes ne discuta le choix. Mais les choses étaient différentes dans le camp d’Ali. Celui-ci proposa Abdullah bin Abbâs.
« C’est un parent à vous, crièrent ses hommes. Le juge doit être impartial.
Pensez-vous que Amr bin Aas soit impartial ? demanda Ali.
Le blâme en revient aux syriens, pas à nous, répondirent-ils.
Très bien, dit Ali. Nommons donc Ashtâr. Il n’est pas un parent à moi.
Quelle proposition ! S’exclamèrent-ils. Ashtâr est la cause profonde de tout ce trouble. »
Les hommes d’Ali proposèrent Abou Moussa Ashari.
« Je ne peux me fier à son jugement. Il est trop naïf. » Mais ses hommes ne voulaient pas quelqu’un d’autre. Ali dut, à contre cœur, donner son consentement.
« Faites comme vous voulez. »
Le 13 Safar de l’année 37 de l’hégire, un accord fut signé par les chefs des deux camps. Il disait que les deux juges devraient donner leur décision dans le mois de Ramadan, qui devrait être annoncée en public en un lieu entre la Syrie et l’Iraq.

Division de l’armée d’Ali

Ali quitta Siffin avec un sentiment de perte. 90 000 hommes furent tués dans cette bataille. Jamais auparavant dans l’histoire de l’islam, les pertes de vie ne furent aussi lourdes. Mais même ce grand sacrifice n’apporta rien. Les choses s’aggravèrent plus que jamais. Ali chargea Ibn Qais d’aller inspecter les troupes et d’expliquer aux différentes tribus les termes de l’accord. La tribu d’Anza avait envoyé 4 000 hommes pour combattre pour Ali. Quand l’accord lui fut lu, deux frères se levèrent et s’exclamèrent :
« Nous n’allons pas accepter la décision d’un autre qu’Allah. Pourquoi prenez-vous des juges humains quand les commandements d’Allah existent ? Si vous le faites, que deviendront ceux qui ont donné leurs vies pour votre cause ? »
D’autres tribus dirent la même chose. Un bon nombre de gens étaient contre le jugement. Ils pensaient qu’Ali avait accepté un arrangement contraire à l’esprit de l’islam. Quelques-uns vinrent à lui et dirent :
« Nous vous demandons de rejeter cet accord. Nous craignons qu’il vous fasse du tort. »
« C’est vous qui m’y avez forcé, dit Ali. Maintenant que j’ai donné ma parole, vous me demandez de revenir. Je ne peux faire cela. »
Les hommes d’Ali se divisèrent alors en deux groupes. Le premier voulait l’accord, l’autre le considérait comme un acte irréligieux. Dans tous les territoires soumis à Ali, on se prononçait pour ou contre l’accord. Des mots, on en venait parfois aux coups et de sérieuses rixes se produisaient.
Pendant qu’Ali revenait de Koufa, sa capitale, une grande partie s’était levée contre lui à la suite de l’accord. 12 000 hommes le quittèrent et formèrent un nouveau groupe qui choisit comme chef, Shith bin Rabi. Abdullah bin Kawai fut nommé pour conduire la prière. Leur politique était que :
Allah seul doit être obéi. C’est notre devoir d’ordonner le bien et d’empêcher le mal. Ali et Muawya sont tous deux dans l’erreur. La faute de Muawya est qu’il n’ait pas accepté Ali, le calife juste. Celle d’Ali est qu’il n’ait pas ouvert les pourparlers de paix avec Muawya qui aurait du être tué. Il a négligé un clair commandement du coran et fait des êtres humains, ses juges. Après que nous aurons gagné le pouvoir, nous fixerons un ordre social en accord avec le Livre d’Allah.
Ali renvoya Abdullah bin Abbâs dissiper la mésentente de ses dissidents. Ils commencèrent une longue discussion avec lui. Pendant ce temps, Ali lui-même se rendit à leur camp. Il leur assura que la décision des juges ne serait pas acceptée que si elle est en strict accord avec le Livre d’Allah. Cette assurance laissa les dissidents sans arguments. Ali réussit, avec une grande difficulté, à ramener ces hommes à Koufa.
La capitale avait un aspect pathétique. Rares étaient les familles qui n’avaient pas perdu un père, un frère ou un fils à Siffin. Des lamentations amères pour ces pertes s’élevèrent de partout. Le fait que le calife revient les mains vides ajouta beaucoup à la tristesse générale. Au-dessus de tout cela, il y avait la malheureuse division dans son camp. Tous ces facteurs furent la cause d’un sentiment d’affection duquel ses hommes ne devaient jamais se remettre.

La décision

Les deux juges réfléchirent au problème pendant six mois. Puis, ils se rencontrèrent à la ville frontière de Doumat al Jandal. Chacun d’eux avait quatre cents hommes avec lui. A la demande de Muawya, des hommes neutres de haut rang les accompagnèrent. Parmi eux, il y avait Abdullah bin Omar, Saad bin Abi Waqqâs, Abdullah bin Zoubayr et d’autres.
« Ô Amr, dit Abou Moussa, nous en avons assez de la guerre civile. Faisons quelque chose pour guérir les blessés.
Je suis entièrement d’accord avec vous, répondit Amr. Nous ferions mieux d’être précis sur ce que nous allons être d’accord. Prenons un scribe pour rédiger les clauses de l’accord. »
Le scribe vint et commença à inscrire les points sur lesquels ils étaient d’accord.
« D’abord, ils étaient d’accord sur l’authenticité du Prophète d’Allah saws et de son message. Ensuite, ils reconnaissaient que Abu Bakr et Omar étaient des califes par le consentement commun des musulmans. Othman fut un vrai musulman. », dit-il.
Abou Moussa : Ce point n’entre plus dans la discussion maintenant !
Amr : Mais si vous ne le considérez pas comme un croyant, fut-il un incroyant ?
Abou Moussa : Bon, laissons le scribe inscrire cela aussi !
Amr : Alors il y a deux choses. Il fut tué soit justement, soit injustement.
Abou Moussa : Il le fut injustement.
Amr : Celui qui est tué injustement, Allah donne aux siens le droit de venger sa mort.
Abou Moussa : Oui, Allah leur donne ce droit.
Amr : Vous savez que Muawya est le plus proche parent d’Othman !
Abou Moussa : Oui, cela est vrai aussi.
Amr : Muawya a le droit de mettre la main sur les assassins d’Othman, qui que ce soit et n’importe où.
Abou Moussa : Cela aussi est vrai, mais ô Amr, cette discussion est un tel fléau pour le peuple. Débarrassons-en le. Trouvons un moyen de rendre les gens heureux !
Amr : Avez-vous une proposition à faire ?
Abou Moussa : Oui, je suis sûr que les Syriens n’aimeront jamais Ali et les Iraqiens n’accepteront jamais Muawya. Laissons donc tomber ces deux noms et faisons de Abdullah bin Omar le calife.
Amr : Voudra-t-il être calife ?
Abou Moussa : Je l’espère, si nous allons à lui et faisons la requête.
Amr : Mais pourquoi pas Saad bin Abi Waqqâs ?
Abou Moussa n’approuva pas ce choix. Amr en suggéra d’autres. Mais Abou Moussa ne donna pas son consentement. Les deux juges ne purent se mettre d’accord sur ce point.
« Alors, quelle doit être la solution ? demanda Amr.
Je pense que nous allons disqualifier Ali et Muawya et permettre au peuple d’élire un calife, répondit Abou Moussa.
Je suis parfaitement d’accord, dit Amr. »
Le jugement allait maintenant être annoncé. Amr demanda à Abou Moussa de parler en premier. Ce dernier se leva et dit :
« Ô peuple ! Nous avons convenu de ne pas accorder à Ali et à Muawya le califat. Vous pouvez choisir un autre homme que vous croyez capable. »
Amr se leva ensuite :
« Ô peuple, commença-t-il, je considère Ali comme une personne incapable d’être calife, mais Muawya à mon avis est apte pour cette fonction. »
Il y eut un grand désordre. Le jugement se trouve être une grande mystification. Les espoirs de paix et d’ordre s’envolèrent à nouveau. Tous les honnêtes gens quittèrent la place avec dégoût.


 


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