Aslim Taslam

 

- N°32 Août 2003 -

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Femina

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Tradition ou religion ? - Le hammam

 

Voici le second volet d’une série sur les traditions liées à la femme, il s’agit du hammam. Pour mieux comprendre cette pratique et savoir si elle vient de la religion ou si elle n’est qu’une simple coutume, il est nécessaire de connaître son histoire, sa pratique et les références islamiques qui s’y rapportent.

 

Ses origines et sa pratique

Le bain remonte à l’Antiquité, les Grecs et les Romains le pratiquaient sous différentes formes. Les thermes romains sont bien connus, certains étaient luxueux. Ils se composaient de plusieurs salles, chacune d’elles ayant une fonction particulière (bains froids, bains chauds, bains de vapeur). Le bain eut selon les époques un rôle religieux, purificateur ou simplement d’hygiène. Par exemple, le baptême de Jésus dans le Jourdain ou le bain dans le Gange pour les Hindous.
Quant au hammam, il est issu des thermes romains. On l’appelle également bain maure ou bain turc. En arabe, hammam signifie « source de chaleur ». Cette tradition est donc très ancienne et son autre dénomination, bain turc, indique son origine. Lorsque les Turcs sont arrivés en Anatolie, ils ont rencontrés des pratiques romaines et byzantines telles que le bain qu’ils ont adapté ; de là est né le bain turc. Il devient petit à petit plus qu’un lieu pour se laver mais un endroit incontournable de la vie sociale. Avec l’avènement de l’islam, le hammam prend une plus grande place dans la société. En effet, l’islam accorde beaucoup d’importante à la propreté, que ce soit celle des vêtements ou celle du corps. Le musulman est tenu d’être en état de pureté rituelle pour ses cinq prières quotidiennes. Cet état est obtenu par les petites ablutions [1] ou les grandes ablutions [2] selon les cas. L’expansion du hammam fut la plus forte sous les Omeyyades (XIIe et XIIIe siècles), du Proche Orient à l’Andalousie. Bagdad en comptait jusqu’à 30 000 à son âge d’or. Lorsqu’il arriva en Occident vers le XIIIe siècle, il fut interdit par l’église chrétienne de peur que ce « cadre de volupté » diminue les principaux moraux ou propage des maladies.

image 136 x 104 (JPEG) Le hammam vient donc essentiellement des pays chauds et secs où le climat dessèche la peau. Il permet de débarrasser le corps des impuretés et des toxines, il a également un effet relaxant. On lui attribue parfois des vertus pour la guérison des rhumatismes. Son architecture varie selon les pays, les quartiers et la clientèle. En général, il est constitué de plusieurs salles de plus en plus chaudes, la première salle de transition permet de s’habituer à la chaleur. Les hommes et femmes y sont séparés mais son rôle social est incontestable car il est généralement collectif. C’est un lieu d’échanges et de détente où chacun prend soin de son corps. Les femmes y vont parfois en petits groupes, avec tout le matériel nécessaire : serviettes, brosses, gant de crin, savon noir, henné, huiles, etc... Elles s’y retrouvent lors des grandes étapes de leur vie : le mariage ou après la naissance d’un enfant.
Autrefois, chaque quartier possédait un ou plusieurs hammams. Aujourd’hui, le hammam est petit à petit remplacé par la salle de bain pour la propreté quotidienne mais il a encore un rôle social. Cependant pour ceux et celles qui n’ont pas de salles de bain chez eux, fait encore fréquent dans certains quartiers des villes ou régions de certains pays majoritairement musulmans, il est encore pratiqué pour des raisons d’hygiène. Cette substitution varie en fonction des pays.

La ‘awrah et la pudeur

Au hammam, même entre-elles, les femmes ne sont normalement pas complètement dévêtues, elles doivent couvrir une partie de leur corps. Cependant, ce n’est pas toujours le cas et elles sont parfois totalement nues sans aucune pudeur. Si l’islam recommande la propreté, il recommande aussi la pudeur.
Il est obligatoire pour la musulmane et le musulman de cacher sa ‘awrah. Le mot ‘awrah désigne ce que l’être humain doit cacher par pudeur. Elle est définie selon le sexe et le lien entre les personnes. Pour l’homme, par rapport aux hommes, la ‘awrah va du nombril jusqu’au dessous du genou. Pour la femme, par rapport aux femmes, elle englobe tout le corps excepté le visage, la tête, le cou, les épaules, les bras, les pieds et les mollets (d’après certains savants) [3]. Une femme musulmane ne doit donc pas complètement se dévêtir devant d’autres femmes. Ce caractère obligatoire de cacher une ou plusieurs parties de son corps, d’être pudique vient du Coran et de la sunna du Prophète saws.

« Ô ! Vous qui croyez ! Que vos serviteurs et les enfants qui sont encore impubères prennent soin, avant de pénétrer dans votre chambre, d’en demander la permission à trois moments de la journée : avant la prière de l’aube, à l’heure où vous quittez vos vêtements pour la sieste, et après la prière du soir. Ce sont là, pour vous, trois occasions où vous vous dévêtez (‘awrah), en dehors desquelles il n ‘y a nul grief, ni pour vous ni pour eux, si vous entrez les uns chez les autres. C’est ainsi que Dieu vous expose Ses enseignements : Dieu est Omniscient et Sage ! »
Sourate 24, An-Nour (La lumière), verset 58/

Ce verset du Coran montre la notion d’intimité et le suivant de pudeur :

« Ne vous exhibez pas sans pudeur, telles des païennes du temps passé ! »
Sourate 33, Al Ahzâb (Les coalisés), verset 33

Les hadiths suivants expriment la même idée :

Abou Saïd Al-Khoudri (Que Dieu soit satisfait de lui) a rapporté que le Messager de Dieu saws a dit : « Qu’un homme ne regarde pas les parties intimes d’un autre homme, ou une femme les parties intimes d’une autre femme ! Et qu’un homme ne se couche pas avec un autre homme sous le même drap, et que, de même, une femme ne se couche pas avec une autre femme sous le même drap ! » (Rapporté par Mouslim)

Bouhz Ibn Hakim a raconté d’après son père, que le père de ce dernier (Que Dieu soit satisfait de lui) avait demandé au Prophète saws : « Ô ! Prophète de Dieu, nos parties intimes (’awrah), que peut-on en montrer ou en cacher ? » Il avait répondu : « Garde tes parties intimes de tous, excepté de ton épouse (...) ! » L’autre avait continué : « Et si les gens sont en groupe, les uns avec les autres ? » Il avait répondu : « Si tu le peux, fais en sorte que personne ne les voient ! » Il avait encore demandé : « Et si l’un de nous se trouve seul ? » Le Prophète saws avait répondu : « Dieu - qu’il soit béni et exalté - mérite plus qu ‘on soit pudique envers Lui ! » (Hadith relaté par Boukhari, Mouslim, et d’autres).

Ainsi, le hammam est une tradition qui, à un moment donné de l’histoire, a répondu à une nécessité imposée par l’islam. Il n’est pas interdit mais il faut veiller à respecter la notion de pudeur imposée en gardant sa ‘awrah cachée.




[1] Petites ablutions (wudu’) : Lavage des mains, du nez, de la bouche, du visage, des avant-bras et des pieds par trois fois.

[2] Grandes ablutions (al ightissal) : Elles consistent à l’accomplissement des petites ablutions suivies du lavage complet du corps. Elles sont obligatoires pour l’homme et la femme après un rapport entre époux ou la fin des menstruations et des lochies pour la femme.

[3] Source : Al-fiqh al-islâmî wa adillatuh

 

Leila R.
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