Aslim Taslam

 

- N°33 Septembre 2003 -- N°85 Avril 2010 -

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Sociologie

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Accueillir l’enfant musulman

 

Dans le cadre de notre rubrique Sociologie, nous vous proposons une série d’articles sur l’enfant musulman. A la lumière des enseignements du Saint Coran et des pratiques des musulmans en matière d’éducation à l’époque de la révélation, nous allons approfondir plusieurs thématiques liées à l’accueil du nouveau né, à la compréhension et l’accompagnement des étapes de l’évolution de l’enfant, ainsi qu’aux règles générales régissant le rapport entre l’enfant et son environnement.

 

Accueillir l’enfant musulman

Vous voici à l’aube d’une nouvelle naissance… Que ce soit le premier né ou le cadet d’une fratrie déjà constituée, la venue de cette progéniture est une réjouissance pour toute la famille. Bientôt, par la permission de Dieu, ce fruit de l’union consommée sera porté dans les bras de ses géniteurs, et les membres de la grande famille se succéderont au chevet de ce cadeau offert par le Très Haut aux parents, afin qu’il soit une source de joie et de pérennité. Notre Seigneur nous rappelle d’ailleurs que cette propension à la procréation et la joie d’avoir des enfants ont été inscrites dans la nature même de l’homme :

« Il a été enjolivé aux gens l’amour des choses qu’ils désirent : femmes, enfants, trésors thésaurisés d’or et d’argent, chevaux marqués, bétail et champs ; tout cela est l’objet de jouissance pour la vie présente, mais c’est auprès de Dieu qu’il y a bon retour. »
Sourate 3, Al ’Imran, verset 14

« Les biens et les enfants sont l’ornement de la vie de ce monde. Cependant, les bonnes œuvres qui perdurent ont auprès de ton Seigneur une meilleure récompense et [suscitent] une belle espérance. »
Sourate 18, Al Kahf (La caverne), verset 46

Enfant à venir… Espoir de voir ce « petit bout de chou » devenir adulte et réjouir nos vieux jours en respectant les devoirs inhérents à la piété filiale et en menant une vie digne d’un musulman assidu dans son rapport à Dieu. Ce désir de pérennisation de la lignée familiale a été nourri de tout temps par le genre humain. Le Coran retrace à ce propos l’invocation très émouvante de Zaccharie, paix sur lui, demandant à Dieu de le combler en lui octroyant un héritier, requête que l’on peut interpréter ici au sens propre comme au figuré, à savoir un descendant qui hériterait de la prophétie. Dieu agréa sa sollicitation et lui donna un enfant, prénommé Jean :

« [Zaccharie] dit : Ô mon Seigneur, mes os se sont affaiblis et ma tête s’est enflammée de cheveux blancs. [Cependant], je n’ai jamais été déçu en t’invoquant, Ô mon Seigneur. Je crains [le comportement de] mes héritiers, après moi. Et ma propre femme est stérile. Accorde-moi, de Ta part, un descendant qui hérite de moi et hérite de la famille de Jacob. Et fais qu’il te soit agréable, Ô mon Seigneur. Ô Zaccharie, Nous t’annonçons la bonne nouvelle d’un fils. Son nom est Yahya [Jean]. Nous ne lui avons pas donné auparavant d’homonyme. »
Sourate 19, Maryam (Marie), versets 4-7

Enfant à venir… Double sensation qui envahit le for intérieur, espoir et crainte mêlés qui ouvrent la perspective d’un avenir incertain que l’on doit préparer mais qui, en définitive, aboutira là où le décret divin a prédestiné le devenir de cet être. Joie de participer à l’annonce faite à la communauté des croyants par notre noble prophète saws lorsqu’il dit :
« Epousez des femmes affectueuses et fécondes. J’espère par votre nombre dépasser l’ensemble des communautés [le jour de la résurrection] » [1]

Espoir d’avoir des enfants qui puissent régaler nos yeux ébahis tout au long de leur futur apprentissage, qui soient une fierté pour leurs parents par leur insertion sociale, mais surtout par l’assiduité de leur relation à Dieu et par la qualité de leur connaissance religieuse.

Espoir enfin de voir ces futurs adultes, futurs parents, comprendre l’ampleur de la tâche éducative qui a pesé sur le dos de leurs géniteurs, afin qu’ils les soutiennent à l’automne de leur existence et qu’ils continuent, après leur disparition, à alimenter la balance de leurs bonnes actions par des actes pieux en faveur de leurs parents. C’est dans ce sens que notre noble prophète saws dit :
« Lorsque l’être humain meurt, l’ensemble de ses œuvres sont interrompues, à l’exception de trois : une aumône continue [2] , une science bénéfique aux gens, et un enfant vertueux qui invoque Dieu en sa faveur. » [3] Crainte, également… Crainte d’un futur qui semble se dessiner sous des nuages toujours plus sombres, avenir indécis vers lequel se projette avec force l’écho de cette parole divine lancinante :

« Nous avons, certes, créé l’homme pour une vie de lutte. »
Sourate 90, Al balad (La cité), verset 4

Vie de lutte au cours de laquelle le nouveau né, échappé de l’enveloppe maternelle protectrice, va devoir tout apprendre, depuis les premières bouffées d’oxygène alimentant sa respiration jusqu’aux confins de son évolution dans un bas monde semé de multiples embûches.

Cet être tant atttendu, chéri et adulé, objet de toute l’affectation parentale, peut également nous quitter à tout moment, rappelé à son Seigneur. La volonté divine, procédant de Sa sagesse incommensurable, peut parfois être source d’une immense douleur si nous oublions que le dépôt de Dieu demeure Son entière propriété, l’homme n’en étant qu’un usufruitier temporaire. Cette crainte, naturelle car participant de notre amour mutuel et de notre désir de procréation, a été prise en compte par Dieu et par son Messager, paix sur lui. Le Coran nous rappelle ainsi le sens profond de l’épreuve sur terre, celle-ci touchant l’être humain justement dans ce qui lui tient à cœur, afin de renforcer sa conviction et sa fidélité au Maître du dépôt. Il évoque à ce sujet la rencontre initiatique entre Moïse, paix sur lui, et al Khidr, personnage mystérieux envoyé par Dieu pour parfaire la science du prophète. Ce dernier, prenant Moïse en sa compagnie, effectuera plusieurs actes incompréhensibles, délictueux, voire abominables du point de vue de l’entendement humain, notamment le meurtre d’un enfant. Devant l’insistance de Moïse pour comprendre le sens de cet acte, al Khidr lui expliquera que la volonté divine était de reprendre cet enfant en bas âge, car parvenu à l’âge adulte il aurait eu un comportement excécrable envers ses parents, de pieux croyants. Dieu lui substituera par la suite un autre enfant qui vivra longuement dans le respect de ses parents. Muhammad, paix sur lui, pour sa part, lui même père de plusieurs enfants qui mourront en bas âge, rappelle au musulman dans plusieurs propos que l’enfant décédé en bas âge sera source d’intercession en faveur de ses parents musulmans le jour de la résurrection [4]

N’oublions pas que la situation inverse est tout aussi probable. Crainte alors du devenir de cet enfant, de ces enfants, si nous venions à disparaître alors qu’ils viennent juste de s’ouvrir à la vie. Que deviendront-ils ? Qui prendra en charge leur éducation, pourvoira à leurs besoins ? Pourront-ils recevoir l’affection d’autres êtres que leurs géniteurs ? Autant de questions qu’ont du poser, bien avant nous, toutes les générations d’hommes qui ont eu à subir les affres de la séparation. Le Coran mentionne plusieurs situations de ce genre ; deux prophètes, Yoûssouf (Joseph) et Moûssâ (Moïse), paix sur eux, furent notamment séparés de leurs parents. Abraham, pour sa part, reçut l’ordre divin d’amener sa compagne Hâjar et son nouveau né Ismâ’îl (Ismaël) dans la vallée de Bakkah, où se dressera le futur temple sacré de la Ka’bah, et de s’en retourner laissant mère et enfant sans aucune provision. Cela n’empêchera pas ces différents enfants de grandir dans le chemin de la guidance et de devenir prophètes, selon la volonté de Dieu. Lors de son parcours initiatique avec al Khidr, Moïse verra également ce dernier relever une paroi délabrée à proximité d’un village. Devant son incompréhension, al Khidr lui révèlera que le père de deux enfants, pieux serviteur d’Allah, avait enfoui avant son décès un trésor sous ce mur. Dieu intima alors l’ordre à al Khidr de relever ce mur, pour qu’il soit détruit de nouveau au moment où les deux enfants parviendront à l’âge adulte, et pourront usufruir pleinement du trésor enfoui par leur père. Chacun de nos actes s’inscrit donc dans les plans de l’omniscience divine, et nous devons placer notre confiance dans Celui qui possède la puissance absolue dans l’univers.

Le devenir de ce futur enfant est donc bel et bien tracé, et chaque parent musulman lui souhaite un avenir qui lui assurera abondance ici-bas et félicité dans l’au-delà. Prêts à déployer leurs efforts pour ouvrir son cœur à l’appel divin, père et mère n’en redoutent pas moins la douleur de l’égarement… Voir son enfant errer dans les méandres du péché, agîté par les insufflations du lapidé qui n’a de cesse de détourner l’homme de la noble place qui lui a été assignée par son Seigneur… Noé, voyant son fils s’éloigner de l’arche pour se réfugier vers le sommet d’une montagne, pensant que celle-ci pourrait le protéger du décret divin, ne put résister à l’idée de perdre cet enfant. Il implora Dieu afin de le sauver, mais le Seigneur de l’univers interpella l’esprit du prophète saws afin qu’il sache que le lien de parenté ne peut supplanter, lorsque vient le décret divin, le choix individuel qui mènera l’homme vers la jouissance éternelle ou vers sa perdition.

Préparer l’avenir de ce futur enfant, quelle lourde tâche ! Nous avons tous lu ou entendu ce fameux hadith relatant la création de l’être humain en quarante jours, puis la venue de l’Ange qui lui insuffle quatre choses : son sexe, son délai de vie, l’ensemble de ce qu’il possèdera en ce bas-monde, et sa situation dans l’au-delà. Et nous savons désormais, conformément à ce que dit notre prophète saws que l’individu peut accomplir les œuvres des gens du paradis durant toute sa vie puis, alors qu’une coudée le sépare de la mort, sa destinée se révèlera pleinement et il accomplira une œuvre des gens de l’enfer afin qu’il soit plongé dans la géhenne pour y être châtié, et vice versa pour une personne qui accomplissait les actes des gens de l’enfer, et qui sera sauvée par un acte pieu accompli à la fin de son existence. Les exégètes musulmans ont donné différentes interprétations de ce hadith, qui rejoint la situation vécue il y a bien des siècles par notre ancêtre Noé, paix sur lui. Comment l’enfant d’un croyant, ayant bercé dans le terreau de la foi, pourrait-il ensuite se comporter à l’instar du fils de Noé, reniant l’évidence du déluge prêt à s’abattre sur ses concitoyens ? Si l’on ne peut écarter la possibilité d’un fourvoiement du diable ou d’un doute survenu subitement, il faut ici prendre en considération un élément sur lequel nous reviendrons plus en détails prochainement : le cas de l’enfant qui cache ses doutes, ses sentiments et ses manquements par crainte de décevoir ses parents mais qui, à l’extérieur de l’enceinte familiale, déroge progressivement à l’éthique de comportement qui sied au musulman. C’est l’explication la plus plausible dans le cas du fils de Noé. Cela nous conduira, ultérieurement, à développer le rôle crucial que joue la communication au sein de la famille, notamment lorsque l’enfant se situe dans un parcours de déviance par rapport à l’éthique musulmane, afin de lui laisser la porte du repentir et du retour à Dieu ouverte en permanence, peut-être reviendra-t-il vers son Seigneur avant l’inéluctable.

Mais il convient également de signaler que, parfois, les musulmans fixent la barre bien haut dans l’éducation de leur progénniture, en faisant fi du monde extérieur et de la pression qu’il exerce sur cet être encore frêle. Combien de fois n’avons-nous pas observé ces enfants dont les parents avaient complètement étouffé la personnalité, l’éducation de se résumant à poser l’environnement comme fondamentalement mauvais, sans aucune proposition d’activités compensatoires ? De même, il ne suffit pas d’apprendre à l’enfant que Dieu est le Créateur de l’univers ou de l’envoyer à la mosquée apprendre du Coran, si à côté de cela on ne prépare pas un cadre familial propice à la communication, dans une relation affective qui permet à l’enfant de poser l’ensemble des interrogations surgissant dans son esprit alerte.

Comment faire ? Quels sont les ingrédients d’une éducation réussie ? Est-il possible d’écarter mon enfant du péché ? Comment l’aider à trouver l’équilibre entre une pratique religieuse assidue et les exigences futures liées à son insertion sociale ? Autant de questions, et bien d’autres encore, que les musulmans ne cessent de poser aux conférenciers lors des manifestations organisées par les associations musulmanes… où le public masculin brille souvent par son absence… Mais nous y reviendront le moment opportun. A mon humble avis, il n’y a pas d’autre réponse que de signaler, avant tout, qu’il n’existe pas UN modèle d’éducation spécifique aux musulmans, tout simplement parce que avons tous reçu une éducation différente, parce que nous nourrissons des ambitions différentes, pour nous, pour nos enfants, parce que nous avons des niveaux d’instruction, de compréhension de la religion et de pratique qui ne sont pas uniformes, parce que nous ne vivons pas tous dans les mêmes conditions matérielles, parce que la pression du monde environnant n’est pas la même selon que l’on vit dans un grand ensemble à la périphérie d’une grande ville ou dans un quartier d’une petite bourgade. Mais dire cela ne signifie pas l’impossibilité de poser un certains nombre de jalons en matière d’éducation. Bien au contraire, le Coran regorge de situations très précieuses en terme d’éducation. Prenez donc quelques instants… Installés confortablement à votre bureau ou assis sur votre canapé, attardez-vous sur les passages coraniques évoquant les histoires des peuples passés, ainsi que les paraboles impliquant des personnages dont, la plupart du temps, les noms ne sont pas mentionnés, ou encore les situations relatives à l’au delà… Vous constaterez alors que le Livre Saint décrit avec abondance les états de joie, de peine, de questionnement, et toutes les sensations que nous pouvons ressentir au quotidien. De même, nous y voyons des situations familiales très diverses : Les remords d’Adam qui comprend le sens et la portée de son manquement vis à vis de Dieu, Caïn qui attente à la vie de son frère Abel –tous deux sont les fils d’Adam- par jalousie, cette situation se réitérera au moins une fois avec les frères de Yoûssouf qui, vouant un amour exclusif pour leur père, décideront d’écarter définitivement leur frère. Nous avons également différents types de relation entre parents et enfants : Noé, prophète, voit son fils et son épouse suivre le chemin de l’égarement ; Abraham tente une ultime communication avec son père qui fabrique des idoles, mais ce dernier l’expulse du foyer ; Loqmâne inculque à son enfant les nobles préceptes de la foi, avec une méthodologie très subtile ; Zaccharie prends à sa charge l’éducation de Marie, vouée au temple ; David, le père et Salomon, son fils, tous deux prophètes, ont reçu une éducation très spécifique, etc.. Et les exemples sont encore nombreux à citer, indiquant tous la richesse extraordinaire du Coran dans le domaine de l’éducation.

Nous aurons bien entendu l’occasion de revenir plus en détails sur quelques unes de ces situations coraniques. Mais avant cela, clôturons cette première contribution en posant deux jalons incontournables pour l’éducation de l’enfant à naître. Premièrement, il faut savoir que dans la conception musulmane, l’homme n’est fondamentalement ni bon, ni mauvais. Pour le croyant, la question de la nature humaine ne se pose abolument pas en ces termes. Nous sommes plutôt convaincu que, à se création, l’être humain a été doté d’un certain nombre de penchants, tout à fait naturels, qui l’incitent à se nourrir, à se vêtir, à se reproduire. C’est dans ce sens que le Coran indique qu’« Il a été enjolivé aux gens l’amour des choses qu’ils désirent » Sourate 3, Al ’Imran, verset 14. Par embellissement, il faut entendre ici le fait qu’il a été suscité à cet être humain l’envie d’assouvir ses penchants, seul moyen d’assurer sa survie et sa pérennité. Il lui revient par la suite de s’enquérir des moyens les plus nobles dans la recherche du bien-être matériel et spirituel. Et c’est là où Dieu lui laisse le libre choix de son mode de vie, après lui avoir exposé la guidée. Le Coran rappelle, à ce propos, de façon claire et concise, que l’homme rencontrera dans l’au-delà le résultat de ses choix sur terre :

« Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée ; et lui alors inspiré son immoralité, de même que sa piété ! A réussi, certes, celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt. »
Sourate 91, Ach-chams (Le soleil), versets 7-10

Il lui a inspiré son immoralié de même que sa piété… Cela signifie que Dieu donne à chaque individu la capacité à cerner le sens et les conséquences de ses actes. Chaque être doué de raison – et c’est pour cela que les déficients mentaux et les enfants non pubères ne sont pas considérés comme responsables devant Dieu – a donc la possibilité de comprendre la toute puissance divine et la nécessité de suivre la guidée. Encore faut-il qu’il ouvre son cœur à la réception des signes se trouvant dans l’univers et en lui-même… Sur ce plan, il est crucial que les parents musulmans jouent ce rôle d’ouvrir l’esprit de l’enfant aux signes divins, afin qu’il ne baigne pas dans une ambiance vide du rappel. Ainsi, lorsqu’il grandira, il pourra gérer sa vie et comprendre, à la lumière de la clairvoyance (baçîrah) acquise, les conséquences des actes non conformes à l’éthique musulmane. C’est ainsi que le Tout Puissant dit, dans Son Livre béni :

« En effet, Nous avons créé l’homme d’une goutte de sperme mélangé [aux composantes diverses] pour le mettre à l’épreuve. [C’est pourquoi] Nous l’avons fait entendant et voyant. Nous l’avons guidé dans le chemin, - qu’il soit reconnaissant ou ingrat- »
Sourate 76, Al Insân (L’homme), versets 2-3

« Ne lui avons Nous pas assigné deux yeux, et une langue et deux lèvres ? Ne l’avons-Nous pas guidé aux deux voies [du bien et du mal] ? »
Sourate 90, Al balad (La cité), versets 8-10

« Il a réfléchi. Et il a décidé. Qu’il périsse ! Comme il a décidé ! Encore une fois qu’il périsse ; comme il a décidé »
Sourate 74, al Mouddaththir (Le revêtu d’un manteau), versets 18-19

Aussi, pour le musulman, le but n’est pas de combattre les penchants naturels que Dieu a inscrits dans sa nature, mais de les canaliser à la lumière de la guidée. L’environnement dans lequel va évoluer l’enfant se révèle être alors une donnée essentielle. En vous creusant les méninges sur l’éducation de votre bambin, n’oubliez donc jamais cet adage arabe « Mane chabba ‘alâ chay-ine châba ‘alayh » (Education reçue en bas âge influencera le restant de la vie). Cette parole très juste va d’ailleurs dans le sens du hadith bien connu, dans lequel notre noble prophète saws insiste sur l’environnement culturel de l’enfant, lorsqu’il dit :
« Tout nouveau né naît selon la fitrah (c’est à dire qu’il possède en son for intérieur la croyance musulmane). Ce sont ses parents qui en font un juif, un chrétien ou un mazdéen. [5]

Bien entendu, cela ne signifie en aucun cas qu’une personne est définitivement conditionnée par l’éducation reçue en bas-âge, ou qu’elle ne pourra jamais effectuer des choix de vie différents de ceux de ses parents. Mais quand même... La pertinence du propos prophétique se constate au quotidien lorsque nous voyons le comportement des adultes autour de nous, prenez le temps de discuter avec eux et vous verrez que, bien souvent, l’amplitude des règles fixées par les parents ont joué un rôle majeur dans l’évolution des gens durant l’enfance et, surtout, dans la période adolescente. Mais pourquoi aller si loin ? faîtes un petit travail d’introspection, osez revenir quelques instants sur votre passé et analysez les rapports que vous avez entretenus avec vos parents ou vos tuteurs… et tirez-en les conclusions qui s’imposent. La conclusion est donc simple : soyons des modèles pour nos enfants, et offrons leurs un maximum de références et de valeurs afin qu’ils puissent décoder les signes de leur Créateur et développer avec Lui un rapport profond et assidu.

Le second jalon, qui s’inscrit dans la suite logique du précédent, réside dans la compréhension des étapes naturelles de l’évolution de l’être humain, de l’enfance à l’âge adulte. On insiste souvent sur le développement psychomoteur, ce qui est tout à fait logique, mais ce n’est pas ce qui nous intéressera au premier chef ici. Lorsque vous lisez le Coran, un passage, entre autres, ne semble pas tellement évocateur de prime abord au plan de l’évolution spirituelle de l’enfant, cette donnée essentielle qui va conditionner l’ensemble de son rapport au monde. Et pourtant ce passage renferme des éléments essentiels que tout parent devra sans cesse avoir à l’esprit. Mais lisons plutôt ensemble ce verset :

« Sachez que la vie présente n’est autre que jeu, amusement, embellissement, une course à l’orgueil entre vous et une rivalité dans l’acquisition des richesses et des enfants. Elle est en cela pareille à une pluie : la végétation qui en vient émerveille les cultivateurs, puis elle se fane et tu la vois donc jaunie ; ensuite elle devient des débris. Et dans l’au delà, il y a un dur châtiment, et aussi pardon et agrément de Dieu. Et la vie présente n’est que jouissance trompeuse. »
Sourate 57,AL hadîd (Le fer), verset 20

Dans ce verset, Dieu le Très Haut nous fait prendre conscience du caractère éphémère de toutes les réjouissances et de tous les biens de la vie terrestre, en comparant celle-ci à la végétation issue de la culture, qui se transforme en débris après avoir réjouis les yeux et les babines des cultivateurs. Ce verset vient à la suite de tout un passage où Dieu incite les musulmans à dépenser de leurs biens dans la lutte qui les opposait aux polythéistes mecquois. Puis, après avoir établit cette comparaison, Dieu revient au verset 21 de la même sourate sur le sens profond de notre existence : préparer le stock de bonnes actions qui pèsera dans la balance le jour du Jugement :

« Hâtez-vous vers un pardon de votre Seigneur ainsi qu’un paradis aussi large que le ciel et la terre, préparé pour ceux qui ont cru en Dieu et en Ses Messagers. Telle est la grâce de Dieu qu’Il donne à qui Il veut. Et Dieu est détenteur de l’énorme grâce. »

Aussi, les exégètes interprètent traditionnellement le passage relatif à la vie terrestre en inistant sur la caractère péjoratif des jouissances matérielles qui ne sont pas canalisées par l’énérgie de la foi et de le guidée. Et cela est tout à fait vrai. Mais en s’attardant de plus près sur les qualificatifs employés, on constate que les mots choisis par notre Créateur s’inscrivent dans une suite logique :

  • le jeu et l’amusement font allusion à l’enfance, période caractérisée le plus souvent par l’insouciance et l’apprentissage progressif des limites à ne pas transgresser ;

  • l’embellissement correspond à l’adolescence. Le jeune prend alors pleinement conscience de son corps, et entre dans une dialectique du voilement-dévoilement où l’habit joue un rôle essentiel ;

  • la course à l’orgueil, signifie déjà l’entrée dans le monde des adultes. Pour le lycéen, l’étudiant, le jeune travailleur, l’acquisition d’un diplôme ou d’un premier salaire devient alors signe extérieur de richesse ou de statut, ouvrant la voie à un certain nombre de prérogatives ;

  • la rivalité dans l’acquisition des richesses et de l’argent devient par la suite la raison d’être de l’individu, qui va centrer sa vie sur le bien-être matériel.

Quatre étapes essentielles sont présentées ici, dont trois concernent la période s’étalant de l’enfance à la jeunesse. Si l’on suit cette logique, on comprend alors l’importance de deux choses : premièrement, quel que soit le degré de protection que l’on offrira à l’enfant, il entrera tôt ou tard dans cette lutte de place et cette concurrence dans l’acquisition des richesses. Deuxièmement, le seul moyen de ne pas le laisser tomber dans ce piège du « paraître » et de la jouissance éphémère est de lui transmettre des valeurs fortes, et de lui apprendre à décoder le monde environnant avec des lunettes de croyant. Cela demande des efforts, bien sûr, car c’est un apprentissage au quotidien, un suivi, une communication, une confiance à installer, des connaissances à avoir dès le départ et à développer pour pouvoir être à même de suivre son enfant.

Sommes-nous prêts à prendre le temps, à faire ce sacrifice, à remplir ce devoir parental ? Oui, nous le sommes certainement, car nous sommes croyants et désiront le meilleur pour nos progénitures, ici-bas et dans l’au-delà. Préparons-nous donc à accueillir ce cadeau de notre Seigneur le Très-Haut…

 



[1] C’est la réponse faîte par le Messager de Dieu saws à un individu venu le questionner au sujet de son mariage avec une femme issue d’une famille noble et riche, mais qui était stérile. Rapporté par Abou Dâoud, An-Nasäî et al Hâkim.

[2] L’aumône continue (sadaqah jâriyah), consiste à donner tout bien ou somme d’argent pour tout projet ayant vocation à perdurer sur le long terme.

[3] Hadîth rapporté par al Boukhârî et Mouslim. Les propos prophétiques sur le sujet sont nombreux, pour plus de détails, les lecteurs pourront consulter, entre autres, l’ouvrage at-taghrîb wa at-tarhîb (La crainte et l’espoir) de l’imam al Moundhirî, ainsi que Riâdh aç-çâlihîne (Le jardin des vertueux) de l’imam an-Nawawî.

[4] On trouve plusieurs hadiths illustrant cette intercession de l’enfant en faveur de ses parents musulmans dans les deux sahihs ainsi que dans les principaux sounan.

[5] Hadith rapporté par l’imam al Boukhârî, d’après Abou Houraïra.

 

Omero M.
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