Aslim Taslam

 

- N°34 Octobre 2003 -- N°86 Juillet 2010 -

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Sociologie

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Accueillir l’enfant musulman (2)

 

 

Préparer l’intérieur... et le for intérieur

Sa venue est imminente... et vous avez, en parents désireux d’offrir le meilleur pour leur enfant, déjà préparé le cadre qui l’accueillera. Il y a quelques mois déjà, vous vous étiez empressés de poser la question fatidique à votre gynécologue : un garçon ? Une fille ? Ou bien, à l’instar de certains parents musulmans, vous avez laissé le suspens planer jusqu’à l’instant où pointera la mine du petit bout de chou, considérant que la connaissance du décret divin n’a pas à être accélérée. L’intuition féminine arrive alors à son paroxysme : grand maman donne l’ensemble des recettes ancestrales pour préparer la future maman au jour tant attendu, on surveille les petits mouvements du corps de l’enfant et les discussions vont bon train tout de même sur le sexe de celui qui sera bientôt bercé dans les bras de ses géniteurs.

Dans la plupart des cas, les parents s’activent durant toute la période de la grossesse à préparer le cadre matériel et l’agencement de la maison pour cet événement sublime. A l’aube de ce troisième millénaire, grandes surfaces et magasins spécialisés rivalisent en produits dédiés à la jeune maman, et bientôt la chambre du futur nouveau-né sera envahie de jouets en tous genres censés concourir à son épanouissement psychomoteur et affectif. Par la grâce de Dieu, nous vivons dans une société qui place l’épanouissement individuel parmi ses premières préoccupations et, de ce point de vue, nombreux sont les lieux d’écoute et d’aide aux futurs parents qui peuvent répondre aux différentes questions que ceux-ci peuvent se poser. Au plan matériel, nous bénéficions également de divers aides et primes qui sont destinées à préparer la venue et accompagner les premiers pas du nourrisson.

D’un point de vue islamique, il ne faut pas prendre à la légère la responsabilité qui nous incombe dans l’utilisation de ces aides. En effet, si notre religion enjoint aux parents d’être bons envers leurs enfants, une mention spéciale est faite au sujet de la gestion, par le tuteur, des biens de l’orphelin et, plus généralement, tout parent doit utiliser l’aide de la société destinée à son enfant dans l’intérêt total de cet enfant. J’invite ici chaque papa et chaque maman musulmans à se poser la question de la façon dont ils administrent une aide financière ou matérielle dont ils devront répondre devant leur Seigneur au jour de la résurrection. Il ne suffit pas d’être ébahi devant les hauts faits historiques de Califes comme Omar ibn al Khattab ou son arrière petit-fils, Omar ibn abdal Aziz, qui avaient octroyés nombre d’aides aux catégories les plus sensibles et les plus défavorisées, notamment les personnes sans ressources et les mères de famille, encore faut-il comprendre le sens profond de ces aides. Une société où les individus ont un minimum de confort matériel rendra ces derniers plus fiers que d’aller quémander leur subsistance sur les chemins, si en plus on leur octroie une aide minimale pour l’éducation de leurs enfants, cela ne peut que renforcer la stabilité de toute la société, c’est ce qu’avaient très bien compris nos pieux prédécesseurs.

En ce qui nous concerne, que faisons réellement de l’allocation pour jeune enfant lorsqu’elle tombe dans notre escarcelle ? Comment réinvestissons-nous toutes les aides et diminutions d’impôts, proportionnelles à la taille de la famille, au bénéfice de tous les membres et plus particulièrement de nos enfants ? Pensons-nous à leur préparer, dans la mesure de nos moyens, un capital minimal qui pourra faciliter leur entrée dans la vie active ou leurs études une fois qu’ils arriveront à la majorité ? Dans le cas où nos revenus sont très faibles, sommes-nous tout de même mesurés dans l’utilisation des sommes allouées au bénéfice premier de nos enfants ? Sans aller dans la culpabilisation à outrance, il serait tout de même dommageable de ne pas se responsabiliser un tant soit peu concernant la préparation du cadre matériel et du bien être de nos enfants.

Ceci étant dit, l’aspect matériel n’est pas l’essentiel de la réussite au plan éducatif. Combien de parents, en effet, ont très bien réussi l’éducation de leurs enfants sans posséder un confort très important, et à l’inverse combien parents se plaignent de l’égarement de leur enfant alors qu’ils avaient tout investi dans la beauté du cadre de vie !

Le secret de la réussite ? Vous le voulez vraiment ? Mais il est déjà là, présent... en vous-mêmes chers lecteurs et chers lectrices. Oui... Faites un petit effort de réflexion, et vous constaterez tout simplement que les ingrédients d’une éducation réussie se trouvent dans deux choses essentielles : transmettre amour et affection totalement et sans limites, et fixer les grands repères moraux et les éléments fondamentaux qui construiront le rapport de l’enfant à son Créateur. Si nous sommes croyants, nos enfants doivent en percevoir toute la profondeur au quotidien, dans la façon dont nous les saluons, dont leur parlons, dont nous nous comportons avec les gens et dans notre hygiène de vie, tirée des nobles enseignements de l’islam. Méditez quelques instants sur ce verset du Coran :

« Et [les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux] qui disent : Seigneur, donne-nous, en nos épouses et nos descendants, la joie des yeux, et fais de nous un guide pour les pieux. »
Sourate 25, al Forqâne (Le discernement), verset 74

Une sollicitation très noble... Le croyant désire avoir une épouse qui emplit de joie son quotidien, et vice versa. Les parents désirent le meilleur pour leur progéniture. Mais pour obtenir cette grâce divine, il faux payer la facture chers croyants. Le serviteur du Tout Puissant demande avant tout de pouvoir servir d’exemple pour les siens et pour l’ensemble des croyants... Un guide pour les pieux... Le bon exemple à suivre.

Nous ne le répéterons jamais assez : ne tombons plus dans le piège qui consiste à dire « Quand je me marierai je serai un bon musulman, quand j’aurai des enfants je serai un bon musulman, quand je serai plus âgé je pratiquerai plus sérieusement, quand... » En fait, dire cela revient à renverser l’adage bien connu : pourquoi remettre à demain ce qui peut être fait aujourd’hui ? Pourtant, ce lendemain vient plus vite qu’on ne le croit, et bien des musulmans se trouvent au seuil du Grand départ et, à ce moment là, revenant sur leur passé, ils disent « Si j’avais su, je me serais préparé et je n’aurais pas commis telle erreur avec mes enfants, je les aurais plutôt éduqués de telle manière, j’aurais été plus assidu dans ma pratique, j’aurais mieux communiqué avec eux... » De ce point de vue, le proverbe arabe mérite toute notre attention « Celui qui ne possède pas, ne peut pas donner à autrui ». Comment donc vais-je pouvoir dispenser une éducation correcte à mes enfants si moi-même je ne constitue pas un modèle cohérent pour eux ? Allons même plus loin dans la réflexion. Notre noble prophète saws nous dit, dans le hadith rapporté dans les deux recueils authentiques :

« Ô, jeunes gens ! Celui d’entre vous qui a la capacité à fonder un foyer, qu’il se marie, car le mariage est plus à même de protéger la vue et l’organe génital. Quant à celui qui ne le peut, qu’il jeûne, cela lui sera une protection. »

J’entends souvent des jeunes gens musulmans dire « Il faut que je me marie, sinon je risque de tomber dans le péché », ils craignent par là d’entretenir une relation charnelle en dehors des liens du mariage. Pour le croyant cela fait partie du respect des injonctions divines. Mais combien nous serait-il profitable d’entendre ces mêmes jeunes gens dire « Il faut que je travaille ma patience, sinon je serai injuste envers mon (ma) conjoint(e) », « Il faut que je développe ma connaissance religieuse, sinon je ne pourrai pas accompagner l’évolution spirituelle de mon enfant comme il se doit », etc. Car se préparer à vivre avec une personne pour le restant de ses jours, in cha Allah, dans l’espoir de fonder un foyer, nécessite une dose conséquente d’abnégation. Qu’est-ce donc que cette abnégation ? Cela signifie qu’à partir du moment où nous entamons la vie conjugale, il ne nous sera plus possible de penser uniquement pour nous, tous nos calculs devront tenir compte des répercussions de nos choix sur tous les membres du foyer. Dieu ne dit-il pas :

« Ô vous qui avez cru ! Préservez vos personnes et vos familles d’un Feu dont le combustible sera les gens et les pierres... »
Sourate 66, At-tahrîm (L’interdiction), verset 6

Qui d’entre nous ne voudrait pas préserver les siens ? Eh bien, en toute logique qu’il commence par se préserver lui-même ! Et cela ne se fera, pour chaque parent musulman, que s’il sacrifie une partie de ses envies, de ses penchants, de ses caprices et de ses ambitions personnelles pour mettre chacune de ses journées au profit de sa progéniture. La diminution du nombre d’enfants par couple n’est, à ce propos, pas si anodine que cela. Si le fait de fonder une famille nombreuse en laissant par la suite des enfants en pleine errance est tout à fait condamnable, l’inverse pose également question. Que l’on discute avec autrui ou que l’on analyse le fond de nos angoisses, le résultat est le même : la plupart des gens ne veulent plus sacrifier leur mode de vie et leur confort quotidien, voire leurs ambitions de carrière sur l’autel de la famille. C’est un choix personnel, qui n’a pas à être critiqué, mais qui doit interpeller le musulman. D’aucuns argueront du fait que les conditions de vie sont telles aujourd’hui que si nous voulons offrir à nos enfants un bien être matériel relatif et répondre ensuite à leurs sollicitations, les deux parents doivent s’investir professionnellement. La semaine du nourrisson est alors finement calculée, entre la nourrisse, éventuellement les grands-parents, puis les parents en postes alternés, tout est fait pour tenter de donner une pleine affection durant les moments privilégiés où l’un des parents, ou les deux, peuvent se retrouver en intimité avec leur enfant. Dur quand même... Et bien souvent stressant ! Mais dans le fond, quelle que soit l’organisation familiale que vous choisirez, placez toujours l’intérêt de votre poupin en première ligne, et ne trahissez pas la responsabilité parentale qui vous incombe.

Voici quelques exemples de bonnes pratiques en matière d’accueil de l’enfant qui nous inciterons, si Dieu le veut, à développer notre proximité avec cet être à venir. Tout d’abord, prenons acte de l’évolution de la recherche scientifique ayant indiqué que le fœtus est conscient de son environnement. Vous rendez-vous compte de la portée d’une telle découverte ? Elle vient confirmer cette qualité d’humain déjà décrite par notre noble prophète saws il y a quatorze siècles de cela. L’ange est venu... Il a insufflé à ce morceau de chair son âme ainsi que son sexe... Mais c’est magnifique ! Après m’être émerveillé sur ces propos prophétiques, je vais m’empresser de coller mon oreille sur le ventre de ma bien aimée, je vais poser ma main sur ce réceptacle béni pour sentir les mouvements de mon bébé et lui transmettre ce premier geste d’affectation, geste de tendresse... Tiens, au fait, pensez à garder les clichés des différentes échographies que vous effectuerez, ce sera une bonne occasion, dans quelques années si Dieu nous prête vie, de revenir sur tous ces moments qui ont accompagné la grossesse de madame. Vous ne pouvez pas imaginer l’impact de cela sur votre enfant. Celui-ci à l’habitude de voir ses photos de bébé, et puis un jour, vous lui ferez cette surprise, à son grand étonnement et pour sa plus grande joie !

Le fait de considérer le fœtus, puis le nourrisson comme un être conscient de son environnement nous amène à aller plus loin dans la réflexion. En effet, prendre acte de cela revient à affirmer que c’est une erreur complète de dire : « Bah ! De toute façon, il est trop petit pour comprendre... » D’un air de dire : je peux encore me permettre de petits écarts, tant qu’il n’a pas atteint l’âge de discernement. Mais c’est quand l’âge de discernement, quand il dira areuh areuh ? Quand il marchera ? Quand il ira à la maternelle ? Ou bien quand il percevra clairement les notions de bien et de mal, c’est à dire vers 7 ans si l’on en croit nombre de juristes musulmans ? Attention ! Considérez plutôt dès le départ votre enfant comme un être à respecter, quand bien même est-il encore dans le ventre de sa mère, et profitez justement de cette période pour entamer un bon départ et établir un lien solide avec lui, lien qui ne s’estompera jamais in cha Allah.

Je vais vous citer par exemple un type d’erreur récurrent chez beaucoup de musulmans : les écarts de langage, ou bien les gros mots pour être franc et direct avec vous. Au départ on se dit que le fœtus ne comprend pas, puis que le nourrisson ne comprend pas, puis que l’enfant est encore jeune pour comprendre la signification de tels mots. Mais dans l’équation nous avons oublié un facteur essentiel, celui que Dieu mentionne à maintes reprises dans Son livre béni : « Nous avons trouvé nos ancêtres sur cette voie... » Et oui, votre enfant est à peu de choses près la copie conforme de ses père et mère, il va reproduire vos gestes, vos expressions, et... bien entendu vos paroles. Cela, beaucoup en prennent malheureusement conscience lorsque, revenant de l’école ou bien jouant ils entendent leur enfant dire des mots grossiers. « Mais où donc as-tu appris cela ? » Avant de lui notifier la sanction, prenez les devants et sanctionnez-vous vous mêmes le plus tôt possible. Et les exemples du genre ne manquent pas, que ce soit au niveau de la cigarette, des mauvais comportements, de la gestion anarchique de la télé, et j’en passe.

Et bien si nous avons compris l’importance de préparer l’intérieur et le for intérieur, il ne reste plus qu’à attendre le moment où Dieu nous fera l’honneur de prendre notre enfant dans nos bras. Au fait chers futurs papas, serez-vous au rendez-vous pour assister à la venue de votre enfant ? Nous en discuterons la prochaine fois avec l’aide de Dieu...


 

Omero M.
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