Aslim Taslam

 

- N°35 Novembre 2003 -

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Sociologie

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Accueillir l’enfant musulman (3)

 

 

Instants magiques et merveilleux... Bébé est en train de se frayer le chemin qui le conduira à la vie. Premiers efforts, pour lui, d’un parcours terrestre plus ou moins long, selon la volonté de Dieu, rempli d’obstacles, d’apprentissages dans tous les domaines de la vie. Parcours que ses parents appréhendent en nourrissant des sentiments particuliers, indescriptibles, contradictoires, mêlant à la fois sagesse et confiance en Dieu, et crainte du devenir de celui qu’ils doivent préparer à prendre une place dans un monde adulte où l’entraide fraternelle est le plus souvent sacrifiée sur l’autel de la concurrence et de l’affrontement.

Instants où la petite touffe de cheveux qui pointe instille une joie immense mêlée à l’angoisse très forte liée aux souffrances de l’accouchement... Dieu merci, nous vivons dans une société où la prise en compte de la douleur physique et psychologique tient une place considérable dans l’accompagnement et le traitement médical. Mais aucune maman, aucun papa musulmans ne peuvent demeurer insensibles, dans un tel moment, aux versets divins qui enjoignent un respect incommensurable à celle qui a mis au monde sa progéniture :

« Nous avons commandé à l’homme [la bienfaisance envers] ses père et mère ; sa mère l’a porté [subissant pour lui] peine sur peine : son sevrage a lieu à deux ans. « Sois reconnaissant envers Moi ainsi qu’envers tes parents. Vers Moi est la destination ». »
Sourate 31, Luqman, verset 14

« Et Nous avons enjoint à l’homme de la bonté envers ses père et mère : sa mère l’a péniblement porté et en a péniblement accouché... »
Sourate 46, Al Ahqaf, verset 15

Remerciements... de l’enfant vis à vis de ceux qui l’ont entouré de toute leur affection... des parents envers une équipe médicale qui a choisi d’œuvrer à l’émergence des premiers instants de la vie terrestre du nouveau né... envers Dieu, le Créateur, qui nous comble en nous gratifiant d’une progéniture, mais faisant d’elle, également, pour nous, une source d’épreuve :

« A Dieu appartient la royauté des cieux et de la terre. Il crée ce qu’Il veut. Il fait don de filles à qui Il veut, et don de garçons à qui Il veut, ou bien Il donne à la fois garçons et filles ; et Il rend stérile qui Il veut. Il est certes Omniscient et Omnipotent. »
Sourate 42, Ash-Shura (La consultation), versets 49-50

« Vos biens et vos enfants ne sont qu’une épreuve, alors qu’auprès de Dieu est une énorme récompense »
Sourate 64, At-Taghabun (La grande perte), verset 15

Durant neuf mois, papa et maman ont eu le loisir d’observer l’évolution de leur fœtus, ils ont pu lui transmettre, depuis l’extérieur de sa bulle protectrice, les premières paroles, les premières caresses, les premiers gestes d’affection. Il leur a donné le change en frappant de ses membres grêles cette paroi qui ne sera bientôt, pour lui, qu’un lointain souvenir. Lointain souvenir également pour des parents n’ayant qu’une obsession, celle de pouvoir enfin tenir dans leurs bras cet être tant espéré. Mais encore quelques instants de patience... Médecins et sages-femmes prodiguent à bébé les tous premiers soins afin de le confier à votre amour le plus fort, à votre entière responsabilité également.

La façon dont certains musulmans interprètent le sens de cette responsabilité nous interpelle, notamment lorsqu’ils fustigent cette contribution à l’émergence de la vie pour la préservation d’une norme sujette à dérogation. Soyons clairs et concis : Madame se rend à la visite gynécologique prévue aux différentes étapes de sa grossesse. Cela lui permet de faire le point sur son état de santé, celui de son foetus et de déceler, éventuellement, des anomalies physiques lors de l’échographie à laquelle le médecin procède. Cela dure en général un petit quart d’heure. Durant la grossesse, Madame a également la possibilité de dialoguer avec l’équipe médicale, de rencontrer sages-femmes et médecins afin que toutes les questions puissent être posées et les angoisses soulevées. Dans les deux cas, comme lors de l’accouchement, il peut arriver que les impératifs liés au fonctionnement du service l’amène à rencontrer des hommes de l’équipe médicale. Nos références nous enjoignent-elles à rejeter ces avancées médicales et technologiques sous prétexte qu’une femme musulmane ne peut pas se découvrir devant un homme ? Soyons sérieux et demeurons lucides. Car certaines attitudes d’hommes musulmans, sous couvert de respect des injonctions coraniques, relèvent de toute évidence du domaine pathologique.

Rappelons tout d’abord qu’il y a des règles de la vie sociale qui relèvent tout simplement de notre nature humaine. Ainsi, si je dois me rendre à une visite médicale pour un problème intime, j’aurais le plus souvent tendance à préférer que ce soit une personne du même sexe qui m’ausculte. C’est une attitude de pudeur qui concerne l’être humain, en dehors de toute considération d’ordre religieux. Deuxièmement, passer une visite pour un problème intime ne signifie pas se dénuder totalement devant le praticien ! Sauf exigence particulière, une échographie de grossesse ne nécessite pas que la femme se découvre complètement. Donc, au maximum, le médecin verra une boudinette et un volumineux ventre qui, franchement, ne dois pas vraiment l’inciter à fantasmer, surtout s’il en voit des dizaines sur une journée. « Blasphème ! » Va-t-on me rétorquer. Suis-je vraiment en train de troquer ma religion à vil prix en affirmant cela ? Non, je ne le pense pas. L’accouchement est, dans l’immense majorité des cas, pratiqué par une équipe composée de sages-femmes avec la présence, éventuellement, d’un interne ou d’un chef de service homme. Refuser cette présence sous prétexte que ce, ou ces homme(s) verront une femme musulmane en partie dénudée signifie ranger au placard toute la notion de nécessité et des circonstances qui justifient de déroger à la règle qui stipule qu’en islam on ne doit pas se découvrir devant des personnes de l’autre sexe. Au plan psychologique c’est pire, cela revient à poser la situation d’accouchement en présence d’un homme comme une situation de « fitna », c’est-à-dire que l’on prête au regard du médecin une connotation sexuelle, une sorte de voyeurisme. Je pense réellement que certains musulmans, dans ce domaine, nourrissent une phobie très profonde vis à vis de la société... une espèce de peur où toute situation de mixité est perçue dans une dimension unique, sexuelle.

On peine à imaginer la tension que les comportements dérivant d’une telle représentation provoquent au sein de l’équipe médicale, dans la tête de l’époux obnubilé et culpabilisateur, de l’épouse qui s’apprête à accoucher et surtout... dans le corps de l’enfant à naître qui perçoit l’ensemble de ces tensions du monde environnant. Au lieu de s’en remettre à la compétence d’une équipe qui va déployer le savoir-faire acquis par la grâce de Celui qui sait, ce comportement ne représente ni plus ni moins qu’une première trahison au respect à la vie, au respect d’un enfant qui, à peine venu à la vie est déjà impliqué dans le monde de la confrontation. L’attitude juste, dans une telle circonstance, n’est-elle pas de s’épauler mutuellement ? N’est-elle pas de mettre en confiance l’épouse chérie, de demeurer à ses côtés et, dans un geste d’affection et de tendresse, de lui prendre simplement la main pour signifier que moi, son époux, je ne me suis pas contenté de m’unir à elle pour la laisser affronter seule les affres de l’accouchement ? Notre Seigneur nous a enjoint de nous unir pour œuvrer au bien et à la piété, et non pas au péché ni au conflit :

« [...] Entraidez vous dans l’accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et nous vous entraidez pas dans le péché et la transgression. [...] »
Sourate 5, Al Ma’idah (La table servie), verset 2

Non, vraiment, je ne dois pas sacrifier cet événement exceptionnel en laissant ma fierté envahir le champ de ma conscience. Sachez chers frères et sœurs que le devenir de ma relation à mon enfant se joue dans ces premiers instants. Si je privilégie d’emblée la forme au détriment du fond, je m’engage alors sur la voie de la superficialité, la voie du geste vide de tout sens profond.

Cette profondeur nous est enseignée par notre noble Prophète saws à travers les deux gestes que les parents vont prodiguer dès la venue de l’enfant : réciter les deux appels à la prière dans chacune des oreilles du bambin, et lui frotter délicatement les gencives avec une datte ou un petit aliment sucré.

Le premier geste est une pratique que l’on fait remonter au Prophète saws et elle consiste dans le fait de réciter l’appel à la prière dans l’oreille droite de l’enfant, puis de réciter le second appel à la prière dans son oreille gauche. Pourquoi ce geste, et quelle est sa symbolique ? Souvenez-vous de cette parole prophétique bien connue : chaque enfant, à sa naissance, est touché par le diable de façon furtive, ce dernier enfonçant ses doigts dans les flancs de cet être tout fragile. Souvenez-vous également que notre noble Prophète saws nous a enseigné que l’appel à la prière fait fuir le diable. Celui-ci s’éloigne aussitôt et, tout en s’enfonçant les doigts dans les oreilles, lance des pets de mécontentement. Maudit sois-tu, lapidé ! Penses-tu donc avoir une quelconque influence sur le croyant ? Voici la première protection que ses parents lui offrent, elle renferme les paroles que tu exècres ! En récitant ces paroles, vous inaugurez, en qualité de parents, croyants, cette relation dialectique entre le bien et le mal, qui accompagnera votre enfant jusqu’à ce qu’il quitte ce bas monde.

Abou Dâoud et at-Tirmidhî rapportent, d’après Abou Râfi’, « J’ai vu le Messager de Dieu saws faire l’appel à la prière dans l’oreille de al Hassan, le fils de ‘Alî, lorsque Fâtima le mît au monde. » ;

Dans son ouvrage Le don resplendissant, recueils des règles relatives au nouveau né, l’imam Ibn Qayym al Jawziyyah mentionne quelques vertus de ce geste prophétique :

« Ceci afin que les premières paroles parvenant à l’oreille de l’homme soient celles de l’appel noble qui contiennent cette dimension de la noblesse et de la grandeur du Seigneur. Elles contiennent également le témoignage qui représente les premières paroles de celui qui entre en islam. C’est comme si l’on faisait répéter au nouveau né, à cet instant, les paroles emblématiques de l’islam alors qu’il vient à peine d’entrer dans ce bas monde, tout comme on lui fera répéter l’attestation de l’unicité lorsqu’il s’apprêtera à quitter ce monde. Cela en étant convaincu de l’impact de ce geste consistant à réciter l’appel à la prière dans l’oreille du nourrisson, impact direct sur le cœur, même si le nouveau né n’en saisit pas encore le sens.

On peut également citer un autre bienfait : le diable s’enfuit lorsqu’il entend l’appel à la prière, et il était à l’affût lors de la naissance de l’enfant. Alors que le diable s’apprêtait à s’approcher de l’enfant, il entend les paroles qui affaiblissent son influence et qui l’emplissent de colère.

Il y a encore une autre signification : que l’appel à Dieu et à sa religion, l’islam, ainsi qu’à son adoration, précède l’appel de Satan à s’éloigner de Dieu. Afin, en quelque sorte, que la disposition naturelle de l’enfant (fitra) dont Dieu l’a gratifié, précède la volonté de Satan de la pervertir pour le détourner par la suite du droit chemin. Et l’on peut citer bien d’autres bienfaits... »

Propos à méditer... Dans ce geste, vous remarquerez également que nous appelons le nouveau né à répondre à l’aspect théorique puis à l’aspect pratique de l’islam. Aspect théorique dans le premier appel à la prière, celui-ci renfermant les préceptes de l’unicité et de la mission prophétique... Aspect pratique dans le second appel à la prière, qui sonne comme une incitation à accomplir les œuvres pieuses tout au long de la vie.

Ce geste n’est autre, en définitive, que la première communication profonde, spirituelle, métaphysique, entre le géniteur et sa progéniture. L’enfant ne comprend pas encore le sens intelligible de ces deux expressions, mais ici c’est une communication de cœur à cœur. Le but recherché est d’éveiller cette lumière de la foi instillée par le Créateur, tout en le remettant entre Ses mains, puisque c’est Lui qui a fixé le décret de chaque chose. En tout cas c’est ce sens profond qui doit être recherché, n’oubliez pas le proverbe arabe qui mentionne « Ce qui sort de la bouche ne dépasse pas les oreilles, mais ce qui sort du cœur pénètre au fond du cœur. »

En outre, dans tout ce rituel, il y a un aspect qu’il ne faut pas négliger, celui de la responsabilisation. En prononçant cet appel à la prière, père et mère ne font autre que reconnaître devant Dieu qu’ils acceptent ce don, et qu’ils prennent la responsabilité de lui transmettre cette connaissance de l’unicité et ce sens profond de l’adoration. En effet, il ne suffit pas de réciter quelques formules pour se sentir immédiatement à l’abri, encore faudra-t-il, tout au long de ce chemin, faire en sorte que notre demeure soit un abri de piété, de tendresse, d’adoration, d’apprentissage bénéfique, et non pas la demeure abritant le diable et ses sbires. Avons-nous réellement conscience de cela ? En récitant l’appel à la prière, le papa et la maman prennent l’engagement devant Dieu d’être un modèle de bonne conduite, d’enseigner à leur enfant par la bonne exhortation et dans un cadre qui soit le plus pur.

Sur ce point je suis, personnellement, complètement en désaccord avec ces frères que j’ai eu l’occasion de rencontrer tout au long de mes conférences et de mes voyages, qui considèrent que l’éducation repose uniquement sur les bras de l’épouse. En plaquant une grille de lecture partiale sur le texte coranique, ils développent une sorte de postulat selon lequel l’homme a été créé pour apporter la subsistance, et la femme prend l’entière responsabilité de la transmission religieuse et de l’éducation. Je ne m’attarderai pas ici sur l’exégèse coranique concernant la soi-disant faiblesse de la femme et sa subordination à l’homme, cela fera l’objet d’un développement ultérieur. Mais il est clair que certains musulmans ont construit une véritable théorie sociobiologique de la femme qui repose sur une équation simple et, oserais-je dire, simpliste : la femme est créée à partir de l’homme + elle est plus faible physiquement = elle est plus sentimentale que lui et plus fragile psychiquement. De là en découle tout un univers fixant soigneusement les rôles de chacun, et légitimant le fait que, puisque c’est la femme qui enfante et qu’elle est plus fragile que l’homme, il faut la protéger mais, dans le même temps, il faut limiter sa vie sociale, sinon tout le couple sera déstabilisé. Il est urgent qu’une telle équation soit revue et corrigée. Mais que l’on soit bien clair : il ne s’agit pas, dans mon esprit, de faire la promotion d’un féminisme primaire qui consisterait à prôner une égalité absolue des tâches dans tous les domaines de la vie, l’approche féministe classique ne revendique d’ailleurs pas cela. Non... il faut simplement regarder avec un œil critique la manière dont des musulmans instrumentalisent le texte coranique, à certains moments, pour justifier des propos ou des idées qui n’ont aucun fondement. Dans une famille, on conçoit un enfant à deux, et on l’éduque à deux, un point c’est tout. Les modalités de l’éducation varieront d’une famille à l’autre, certes, en fonction de nombreux facteurs, mais le principe de base doit demeurer un investissement total, du père et de la mère, à la mesure de leurs capacités. Lorsque je dis cela, nombre de frères me reprochent de casser l’harmonie des couples : mes propos conforteraient les épouses dans le fait que le mari doit assurer une présence totale au foyer et assumer les tâches ménagères au même titre que son épouse, celle-ci n’étant pas obligée de se cantonner aux travaux casaniers. Cela reviendrait donc à ne plus distinguer les rôles de chacun, et à mettre au même niveau la fatigue du mari qui revient de son travail et celle de son épouse qui demeure à la maison. Ma réponse, sur ce point précis, est on ne peut plus claire : il ne s’agit pas de savoir qui doit faire la vaisselle le midi ou préparer le repas du soir, demeurer à ce niveau réside à mon sens dans une vision primitive de l’islam, qui conduira forcément à l’impasse. Les couples sont différents : le mari peut être le seul à travailler, parfois ce sont les deux parents, avec des rythmes équivalents ou différents, entre le temps partiel et le temps plein, certains frères travaillent en intérim pendant plusieurs mois pour pouvoir demeurer à la maison le restant de l’année, les niveaux d’études des époux peuvent être équivalents ou différents, une épouse peut militer dans une association ou avoir une activité sociale quelconque, etc. Bref, les configurations des couples musulmans sont plurielles, avec cependant une caractéristique commune : nous ne sommes plus dans une société où la famille étendue vit dans un rayon proche, comme c’était le cas dans les temps anciens. Malgré cette évolution et ces configurations familiales plurielles, les musulmans ont tendance à reproduire le même schéma éducatif : au père revient la gestion matérielle du foyer, à la mère incombe les tâches ménagères et l’éducation de l’enfant. Bien sûr, il est évident qu’un mari travaillant à l’extérieur, avec parfois des horaires très contraignants, sera très désobligeant avec son épouse si celle-ci n’est pas réceptive à ses attentes en matière culinaire ou d’embellissement du cadre de vie. Mais cela l’exempte-t-il de saluer convenablement sa famille quand il rentre ? Cela le dispense-t-il d’embrasser ses enfants, de faire avec eux le point sur leur journée scolaire, de jeter un coup d’œil sur leurs devoirs, de prendre un livre et de leur raconter une histoire, de plaisanter un peu avec eux pour mettre de la joie dans le foyer ? Est-ce trop demander ?

C’est malheureusement une réalité que j’ai trop souvent vue en face de moi, lorsque j’ai été sollicité pour intervenir dans les couples musulmans en conflit, j’ai vu des mères de famille éreintées alors qu’elles sont à peine parvenues à l’aube de la trentaine, des épouses surmenées, non pas qu’elles croulent sous l’ampleur des travaux à accomplir, elles peuvent faire encore plus que ce que le mari demande, non... simplement, elles ne supportent plus de devoir prendre en totalité la gestion de l’éducation de l’enfant. Et elles ont entièrement raison, car aucun texte ne stipule, dans notre religion, que le mari n’a pas besoin de s’associer à cette tâche. Je les mets alors en garde et, lorsqu’on me pose la question des comportements d’adolescents qui sont en conflit avec leurs parents, ma première réponse est d’interpeller ces derniers sur leur relation à l’enfant durant son enfance. Qu’avez-vous transmis à vos enfants en terme de valeurs, de spiritualité, d’amour, d’affection, de tendresse, de science, de respect, de compassion, pour qu’ils se détachent si rapidement de vous dès l’adolescence ?

Dans ces familles, il manquait très certainement le petit grain de sel, euh... plutôt de sucre serais-je tenté de dire, et cela m’amène à la seconde pratique de notre noble Prophète saws qui consiste à frotter les gencives du nouveau-né avec une datte ou un élément sucré. Les deux recueils de Boukhârî et Mouslim mentionnent, à ce propos, d’après Abou Moûsâ al ach’arî : « Lorsque mon fils est né, je l’ai amené chez le Prophète qui l’a nommé Ibrâhîm. Puis il lui a mis une datte à sucer dans la bouche et, avant de me le rendre, invoqua sur lui la bénédiction divine. »

Je viens de faire l’appel à la prière dans son oreille... Délicatement, je le prends et lui frotte les gencives avec un morceau de datte, un peu de miel, ou un élément sucré. Lorsque je prends conscience que, dans son premier cri, mon bébé entre dans cette vie d’effort et d’apprentissage, parfois douloureux, je lui offre alors ma protection, en lui faisant goûter la douceur de la vie, au moins de la vie familiale, cocon de protection, avant qu’il ne goûte, in cha Allah, à la douceur de la foi. Bébé est en souffrance, il a quitté l’enveloppe maternelle et découvre progressivement l’univers environnant. Que fais-je ? Suis-je prostré, dans un coin, le laissant isolé, ou bien émerveillé tout en me disant que, vraiment, seule une femme est capable de prendre dans ses bras et de s’occuper d’un être aussi frêle ? Ou bien suis-je tout ouïe, attentif au regard de mon bébé, captant son attention et n’hésitant pas à le bercer dans mes bras ? Réfléchissez bien à ces premiers instants, car la proximité ou l’éloignement conditionne déjà le type de relation future que vous aurez avec votre enfant. Ce dernier n’est pas psychologue, mais sachez qu’il n’en ressent pas moins vos émotions, votre degré d’affection. S’il sent un père éloigné, qui le délaisse, il en sera d’autant plus frustré et n’hésitera pas à se révolter quand son âge le lui permettra. J’ai tant de fois entendu les critiques de jeunes musulmans à l’encontre de parents qui ne leur ont pas transmis le « vrai islam », à l’encontre de pères qui n’ont jamais vraiment communiqué avec leurs enfants. Faisons tous en sorte que cette réalité ne se perpétue pas, et méditons à la symbolique des premiers gestes de la vie. L’enfant, futur adulte, n’a pas d’échappatoire si ce n’est dans la voie de la rectitude, al istiqâma, et ses parents n’ont d’autre choix que de lui montrer le bon exemple.


 

Omero M.
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