Aslim Taslam

 

- N°36 Décembre 2003 -

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Femina

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Tradition ou religion ? - La mixité

 

La mixité entre les hommes et les femmes est un sujet plutôt houleux chez les Musulmans. Les avis juridiques diffèrent, certains la tolèrent, d’autres la condamnent complètement. Ce sujet étant très vaste, nous le limiterons ici à la question de la mixité à la maison.

 

On entend par mixité entre hommes et femmes, celle entre des personnes considérées comme étrangères du point de vue religieux, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a pas de relation de parenté de type maharam [1]. Dans le cas où l’homme est un maharam pour la femme, il n’y a aucune interdiction à ce qu’ils soient ensemble dans une même pièce. Par contre, lorsque la femme est considérée comme étrangère à l’homme, ils ne doivent se côtoyer que dans un cadre bien précis que l’islam a défini pour le bien de la société entière.
La maison est pour la femme et sa famille un lieu où on doit ressentir la sécurité, le bien-être et surtout la présence d’Allah. C’est un endroit précieux dont il convient de prendre soin. Les turpitudes doivent en être éloignées. Par conséquent, veiller aux relations entre les personnes vivant au sein du foyer et les personnes extérieures est un devoir. Lorsque des personnes sont conviées à un repas, la maîtresse de maison doit-elle, peut-elle les servir, manger avec eux ou discuter avec eux ? Lorsqu’il s’agit de la belle-famille, quelle attitude adopter ?

Dans la réalité, on peut observer différents comportements. Parmi ceux-ci, il y a les gens qu’on qualifie de pieux refusant totalement la mixité, pour préserver la pureté de leur cœur. D’autres, ignorants, refusent la mixité, considérant la femme comme un être de tentation, un peu comme dans la perception du péché originel dans le christianisme. Leur attitude tend à rabaisser les femmes, à leur signifier qu’elles doivent rester dans des espaces bien définis de la maison et à les considérer comme des démons. Certains pratiquent une mixité à la carte, en fonction des gens. Cette sélection se fait souvent selon la religion ou le niveau de pratique. Par exemple, lorsqu’ils se retrouvent avec des non musulmans ou des Musulmans non pratiquants, ils acceptent la mixité comme une norme de la société, difficile à imposer à ceux qui n’en sont pas convaincus. Par contre, lorsqu’ils sont entre Musulmans pratiquants, ils optent pour la séparation homme/femme. D’autres choisissent la mixité dans la plupart des cas sauf lorsqu’ils doutent de la bonne moralité des personnes. Qui a raison, qui a tort ? L’islam encourage le juste milieu, quel est-il pour la mixité à la maison ?

Les raisons de ceux prônant la non mixité sont multiples. Elles entrent le plus souvent dans les catégories suivantes : jalousie maladive, prévention des risques excessive, argument que la société actuelle est corrompue, préjugés sur la femme et sous-estimation de sa position dans l’islam. Pour certains savants comme en Arabie Saoudite et au Pakistan, l’interdiction de la mixité est générale : les hommes et les femmes étrangers doivent être séparés dans toutes les circonstances excepté dans les cas d’extrême nécessité. L’argument principal est qu’il vaut mieux prévenir que guérir, la femme serait-elle donc une maladie contagieuse ? N’ayant pas la prétention d’être des savants, nous laisserons ce débat aux personnes compétentes. Toutefois, il est parfois nécessaire de rappeler que l’excès de rigorisme était réprouvé par le Prophète saws et les Compagnons.

« Trois hommes vinrent se renseigner auprès des épouses du Prophète saws sur sa pratique religieuse. Lorsqu’ils en furent informés, il semble que cela leur parut peu et ils dirent : « Nous sommes bien loin de l’Envoyé de Dieu saws. Tous ses péchés sont pardonnés à l’avance. » L’un des hommes dit : « Moi, je passerai toutes mes nuits à prier. » Un autre dit : « Moi ; je jeûnerai continuellement. » Le troisième dit : « Moi, je resterai chaste et ne me marierai jamais. » Le Prophète saws vint les trouver et leur dit : « Est-ce vous qui avez dit ceci et cela ? Par Dieu, je suis le plus pieux d’entre vous et celui qui craint le plus Dieu, mais je jeûne et je romps le jeûne, je prie et je dors, et j’épouse les femmes. Celui qui souhaite s’éloigner de ma pratique n’est pas des miens. »
(Rapporté par al Boukhâri et Mouslim, Livre du mariage)

Le Prophète saws a dit :
« Malheur à ceux qui tombent dans l’excès. Malheur à ceux qui tombent dans l’excès. Malheur à ceux qui tombent dans l’excès. »
(Rapporté par Mouslim, Livre de la connaissance)

Au temps du Prophète saws, les femmes étaient actives dans de nombreux domaines : social, professionnel et politique. Ceux qui autorisent la mixité à la maison se basent sur ce que Prophète saws a fait. Il ne s’agit pas de suivre le modèle contemporain d’émancipation de la femme, car l’islam l’a fait il y a quatorze siècles. De nombreux hadiths en témoignent, nous n’en citerons ici que quelques-uns.

La femme dans son rôle d’hôtesse :

Sahl rapporte : »Lorsqu’Abou Ousayd as-Sâ’idî se maria, il invita le Prophète saws et ses Compagnons. Le repas et le service furent uniquement faits par son épouse Oumm Ousayd. Elle fit tremper des dattes dans un pot de grès toute la nuit et, quand le Prophète saws eut fini de manger, elle lui présenta ces dattes et le fit boire en les lui offrant. »
(Rapporté par Al Boukhâri, Livre du mariage, et Mouslim, Livre des boissons)

La femme peut prendre le repas avec les invités :

Anas ibn Mâlik rapporte : « Abou Talha dit à Oumm Soulaym de préparer un repas réservé au Prophète saws, puis elle m’envoya l’appeler... Le Prophète saws posa la main sur la nourriture et prononça le nom de Dieu, puis il dit : « Faites entrer dix hommes. » On les fit entrer, et il leur dit : « Mangez, en prononçant le nom de Dieu. » Ils mangèrent, et il en fit autant pour quatre-vingts hommes. Puis le Prophète saws, Abou Talha, Oumm Soulaym et Anas ibn Mâlik mangèrent à leur tour, et il resta de la nourriture que nous offrîmes aux voisins. »
(Rapporté par Mouslim, Livre des boissons)

Lors des visites :

‘Aïcha rapporte que le Prophète saws entra chez elle alors qu’une femme s’y trouvait. Il demanda : « Qui est-ce ? », elle répondit : « Une telle, elle est réputée pour ses prières. » Le Prophète saws dit : « Fi ! Entreprenez des actions qui sont dans la limite de vos forces. Dieu Tout-Puissant ne se lassera pas tant que vous ne vous lasserez pas. »
(Rapporté par al Boukhâri, Livre de la foi, et Mouslim, Livre de la prière du voyageur et de son abrègement)

Bien que nombre de hadiths autorisent la mixité, il ne faut pas oublier que celle-ci n’est possible que dans un cadre bien défini. Les règles de bienséances sont les suivantes :

-  Eviter le tête-à-tête : la Musulmane et le Musulman ne doivent pas se trouver seul(e) avec une personne du sexe opposé.

-  Eviter la promiscuité, c’est-à-dire le fait que les hommes et les femmes soient rapprochés au point de se toucher.

-  Eviter les rencontres prolongées et répétées telles que des soirées entre amis.

-  S’éloigner des situations douteuses, dans le cas où les personnes concernées ne sont pas toutes de bonne moralité.

-  S’éloigner des péchés apparents et cachés :

« [...] N’approchez pas des turpitudes ouvertement, ou en cachette. [...] »
Sourate 6, Al An’am (Les bestiaux), verset 151

-  Les paroles doivent être sérieuses et non frivoles (hommes et femmes).

« Ô femmes du Prophète ! Vous n’êtes comparables à aucune autre femme. Si vous êtes pieuses, ne soyez pas trop complaisantes dans votre langage, afin que celui dont le cœur est malade (l’hypocrite) ne vous convoite pas. Et tenez un langage décent. »
Sourate 33, Al ‘Ahzâb (Les coalisés), verset 32

-  Une tenue adéquate pour la femme : des vêtements suffisamment larges pour dissimuler les formes, non transparents et un voile couvrant les cheveux.

-  Ne pas se parfumer.

-  Baisser le regard (hommes et femmes), marcher modestement :

« Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C’est plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu’ils font. Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’ à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez- vous tous devant Allah, Ô croyants, afin que vous récoltiez le succès. »
Sourate 24, An-Nour (La lumière), versets 30-31

Que faire lorsque ces règles ne sont pas respectées ? Dans ce cas, il faut choisir la solution qui apporte le plus de bien ou le moindre mal.

 

Pour en savoir plus

Lire

Un ouvrage précieux pour tous ceux qui veulent défendre la place de la femme musulmane dans la société :

L’encyclopédie de la femme en islam tomes 2 et 3,
‘Abd al Halîm aboû Chouqqa,
Al Qalam,
ISBN 2-909469-23-9 et 2-909469-24-7
 

Pour une personne peu au fait des pratiques de Musulmans et de l’islam, cette séparation homme/femme paraît excessive et ségrégative pour les femmes. Dans une société où il est minoritaire, un Musulman ne peut imposer ses convictions aux autres et demander à ce tout le monde adopte son mode de vie mais il est normal de réclamer le respect de ses idées. On est libre de penser que ces pratiques appartiennent au machisme le plus total et à des traditions archaïques mais imposer son mode de vie à la planète entière ou au plus grand nombre possible relève de l’autoritarisme.

 

 



[1] Maharam : homme ayant un lien de parenté avec la femme rendant le mariage illicite avec elle. Par exemple : le père, le frère ou l’oncle d’une femme.

 

Leila R.
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