Aslim Taslam

 

- N°36 Décembre 2003 -

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Sociologie

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Accueillir l’enfant musulman (4)

 

 

Voici venu le moment des festivités. A la naissance d’un nouveau né les musulmans, dans leur grande majorité, perpétuent paroles et gestes reçus de la tradition prophétique et dont certains remontent même aux coutumes ancestrales des Arabes. Mais commençons par les félicitations : lorsque vous désirez congratuler les parents de l’enfant, vous pouvez employer la formule suivante, utilisée traditionnellement par les musulmans « Bârakallahou lakoumâ fil maouhôubi lakoumâ, wa chakartoumâl ouâhib, oua balagha achouddahou oua rouziqtoumâ birrahou », c’est-à-dire « Dieu bénisse ce don que vous avez reçu, remerciez-le donc. Qu’il atteigne la plénitude de son âge, et puissez-vous être gratifié du bien qu’il vous prodiguera. » Les parents peuvent alors répondre « Adjzalallahou thaouâbak (que Dieu multiplie ta récompense) » ou employer toute formule de remerciement. En la matière, de toute façon, il n’y a pas de règles précises, et les musulmans de chaque contrée ont développé toute une panoplie de rites liés à la naissance, depuis les formules de félicitations jusqu’aux cadeaux, en passant par la confection de plats spéciaux censés aider la maman à récupérer plus rapidement.

Pour beaucoup de musulmans vivant en France, aujourd’hui, ces cérémonies revêtent peut être un aspect assez formel ou conventionnel, mais si vous avez eu l’occasion d’assister à ces festivités dans des pays d’islam, vous serez subjugués par l’effervescence des allées et venues après l’accouchement. Les odeurs des plats traditionnels se mêlent alors aux parfums usités pour le toilettage de la maisonnée, parents et amis rivalisent en invocations et implorent le Très Haut afin qu’Il déverse sur la famille Ses Bénédictions. Moment de fête... Instants de joie... Profitons-en, car nos pieux prédécesseurs n’hésitaient pas à prendre prétexte de ces évènements pour multiplier les invocations, surtout en présence d’enfants. Imaginez un peu cette situation, où un adulte réunit des enfants autour de lui, leur demande de lever leurs mains et de dire « Amîne yâ rabbî » lorsqu’il invoquera Dieu, imaginez la fierté d’un enfant qui entend ce même adulte dire « Seigneur, je te demande, par la grâce que Tu as déployée sur ces enfants ici présents, de nous accorder Tes bienfaits ! ». C’est tout simplement ce que nous appelons, dans notre jargon de sociologues, la socialisation. En développant ces pratiques, nous suscitons chez l’enfant ce sentiment d’appartenance à un groupe, à une communauté, à une religion. C’est ainsi que nous lui donnons des valeurs qui fonderont son rapport au monde, à la vie, à la mort, à l’au-delà, à la transcendance, à autrui, à sa propre personne. Sur ce plan, beaucoup de jeunes nés dans des familles musulmanes ne reçoivent malheureusement que des bribes d’enseignement se résumant aux grands rites existentiels comme la naissance, la circoncision, le mariage, les deux fêtes annuelles, sans qu’on leur apprenne toute la profondeur du rapport à Dieu à chaque moment de notre existence terrestre.

Cette profondeur s’apprend dès les premiers instants de la vie, comme nous avons pu le voir dans nos précédentes discussions, par les gestes d’affection et les paroles que l’on susurre tendrement à l’oreille de l’enfant, puis par le choix d’un joli prénom. Le prénom... Ah, toute une histoire ! On imagine déjà les parents rivaliser et préparer les listes, après avoir consulté ouvrages, parents et amis. Ou bien le choix était-il déjà entériné de longue date, sur l’insistance du grand-père ou de la grand-mère, qui demandent alors à ce que la tradition familiale de l’attribution du prénom soit respectée et perpétuée. Là encore, les pratiques des musulmans sont très diverses, ce qui est logique au vu de la grande diversité des populations des pays d’islam. J’ai d’ailleurs été très étonné de lire et d’entendre de la bouche de quelques frères que le choix du prénom, en islam, était une prérogative du père. Ceux-ci s’appuient sur le verset du Coran suivant « appelez-les [orphelins] du nom de leurs ancêtres », qui n’a absolument rien à voir avec les règles relatives au choix du prénom. Ces frères se basent en fait sur l’étymologie du mot « ancêtre » en arabe, qui désigne également le « père ». Ils traduisent donc le verset de la façon suivante « appelez-les [orphelins] du nom de leurs pères », et en déduisent que l’enfant doit porter le prénom donné par le père. On ne peut absolument pas les suivre dans cette pirouette interprétative, pour plusieurs raisons. La première est que le verset en question ne concerne pas le prénom mais le nom d’ascendance, que nous appellerions aujourd’hui plutôt le nom de famille. A l’époque, et dans beaucoup de sociétés d’ailleurs, le nom de famille au sens actuel n’existait pas, on employait donc le fameux foulân ibn foulân ibn foulân (untel fils de untel fils de untel). Comme la liste s’allongeait rapidement on utilisait, au bout de quelques ancêtres, la filiation tribale, puis la filiation au fondateur de la lignée. C’est ainsi que le Prophète saws ne faisait remonter son affiliation « ancêtre par ancêtre » que jusqu’au fondateur de sa lignée tribale : ‘Adnan. Ensuite, il remontait directement à Ismaël, paix sur lui, et d’Ismaël à Adam par la lignée des prophètes, paix sur eux. Et les exégètes de la vie prophétique sont d’ailleurs d’accord pour affirmer que la généalogie du Prophète saws, au delà de ‘Adnan et jusqu’à Ismaël, est imprécise.

La deuxième raison est que si, dans les sociétés patriarcales, le nom d’ascendance remonte aux ancêtres du père, dans les sociétés matriarcales il remonte aux ancêtres de la mère. « Mais ce sont toujours des hommes » me direz-vous. Oui, bien sûr, mais il n’empêche qu’on trouve plus d’un compagnon, à l’époque de la révélation, qui était connu par sa mère bien plus que par son père, voire même uniquement par sa mère, et cela n’a absolument pas été l’objet d’une quelconque critique.

La troisième raison est que les pratiques des musulmans, en la matière, ont toujours été assez larges, et il est curieux de vouloir restreindre aujourd’hui ce qui a toujours été inscrit dans des coutumes très variées et qui ont même beaucoup évolué avec le temps. Aujourd’hui, dans une société où la filiation est clairement établie par l’acte de naissance, cette question du patronyme n’a d’ailleurs plus la même importance, et j’irai même plus loin : les dispositions de la loi sur la liberté du choix du nom de famille [1] - du père ou de la mère - qui sera donné à l’enfant ne sont absolument pas contraire à l’esprit de notre religion, et il reviendra à chaque couple musulman de régler cette question de façon personnelle.

Plutôt que de savoir à qui revient l’honneur de choisir le prénom de l’enfant, il convient de s’attarder un tant soit peu sur les critères de ce choix, qui semblent assez confus pour beaucoup de couples musulmans. Le principe de base est pourtant simple : notre noble Prophète saws a conseillé à maintes reprises à ses compagnons de donner un joli prénom à leurs enfants. Certains musulmans se réfèrent également au hadith suivant, rapporté par Aboû Dâoûd d’après Aboû ad-Dardâ’, mais dont l’authenticité n’est pas attestée :

« Très certainement vous serez appelés, le jour de la résurrection, par vos noms et par le nom de vos ancêtres, choisissez donc de beaux noms. »

Choisir un joli prénom... Cela signifie en définitive choisir un prénom qui possède une bonne signification, qui a une connotation positive dans l’environnement culturel ainsi qu’une consonance agréable. On comprendra bien tout l’impact psychologique du prénom sur la personnalité de l’enfant, c’est d’ailleurs pour cela que notre noble Prophète saws changeait systématiquement les prénoms péjoratifs dont étaient affublés certains compagnons. L’imam Mouslim rapporte à ce sujet, dans son sahih, que le Prophète saws changea le prénom d’une femme qui s’appelait ‘Âçiyah, c’est-à-dire « la désobéissante », en lui disant « il convient plutôt de t’appeler Jamîlah », c’est-à-dire « la jolie ». D’autres exemples sont également cités dans les recueils de hadiths.

C’est sur la base de ces critères de choix que le Prophète saws mettra en valeur certains prénoms et en déconseillera vivement d’autres. Un certains nombre de hadiths sont très explicites à ce sujet, et il faut les rapporter à certaines coutumes des Arabes de la Jahiliyyah. Ces derniers se plaisaient à attribuer aux garçons des prénoms en rapport avec le monde des prédateurs, le lion ou les autres animaux sauvages par exemple, et également en rapport avec le monde de la nature, comme les montagnes ou les rochers, symboles de force et de puissance. Les filles, pour leur part, se voyaient plutôt attribuer des prénoms en rapport avec la flore et tout ce qui pouvait symboliser la beauté et la sensualité. C’est très bien, me direz-vous, mais parfois cela donnait lieu à des excès dès lors que certains enfants étaient nommés par un attribut péjoratif, comme le feu ou un animal repoussant, ou encore par une caractéristique physique déplaisante, ou encore par un trait de caractère supposé, comme le méchant, par exemple, ou bien le désobéissant, le hideux, etc.... Le Prophète saws changeait donc systématiquement ce type de prénoms, et on comprendra tout à fait que, avec pédagogie, il ait indiqué en retour des exemples concrets de prénoms appréciés par Dieu et par lui-même, en déconseillant toutefois à ces compagnons de prendre à la fois son prénom et son surnom, c’est-à-dire de s’appeler Muhammad et Aboul Qâsim en même temps. Il dira, à ce sujet, dans ce que nous rapportent les imams Boukhârî et Mouslim :

« Vous pouvez utiliser mon prénom [Muhammad], mais pas mon surnom [Aboul Qâsim] »

Le surnom était en effet très usité par les Arabes qui étaient connus très souvent par leur Kouniah (surnom), commençant par Abou (littéralement : le père de) bien plus que par leur prénom. On le remarque bien lorsqu’on consulte la vie des compagnons ou les ouvrages de hadiths. Et cette tradition est encore assez vivace dans le Moyen Orient Arabe. L’imam an-Nawawî, le grand exégète du sahih de Mouslim, estime cependant que cette interdiction est circonscrite à l’époque du Prophète saws afin qu’il n’y ait pas de confusion dans l’usage du prénom Muhammad et du surnom Aboul Qâsim, et c’est d’ailleurs l’avis des juristes malikites, hanafites et zhahirites.

Pardonnez-moi cette digression exégétique, mon but est simplement de vous expliquer qu’il est important de rapporter les propos du Prophète saws au contexte culturel dans lequel s’inscrit la révélation. Par la suite, lorsque l’islam va se développer dans tout le monde non arabe, les savants de l’islam vont être amenés à statuer sur ce qui fonde l’identité du musulman, et certains vont accentuer sur la dimension arabe de celle-ci, en faisant parfois une interprétation très restrictive des paroles du Prophète saws. Les savants hanbalites estiment par exemple qu’il est vivement déconseillé, pour celui qui connaît l’arabe, de donner un prénom non arabe à son enfant. Le savant hanafite ibn ‘âbidîne déconseille pour sa part tout nom qui n’a pas été mentionné par Dieu dans Son Livre sacré, par le Prophète saws dans ses différents propos, ou qui n’est pas employé habituellement par les musulmans. Les malikites, de leur côté, déconseillent l’utilisation des noms d’Anges, en se basant sur une parole prophétique rapportée par l’imam al Boukhârî dans son ouvrage at-târîkh - à ne pas confondre avec son sahih - « Ne vous prénommez pas avec des noms d’Anges ». Les savants musulmans sont également divergents sur la possibilité de donner des prénoms dérivés des noms divins, nommer quelqu’un par exemple rahîm au lieu de ‘abdarrahîm, et la seule interdiction qui fait l’unanimité, en la matière, est celle d’utiliser un attribut qui ne sied qu’à Dieu, comme c’était le cas en Perse, où d’aucuns employaient le terme équivalent à « Seigneur des seigneurs ». D’autres déconseillent les prénoms dérivant de ce qui touche à la réussite ou à la bénédiction, comme barakah (la bénédiction), iasâr, nadjîh ou aflah, qui renvoient tous les trois à la réussite. Dans le hadith rapporté chez Mouslim, le Prophète saws dit : « Peut-être demanderas-tu à quelqu’un : « la bénédiction (barakah) est-elle chez vous ? » et on te répondra, en l’absence de la personne : Non. »

Résumons donc ce point consacré au choix du prénom. L’essentiel est de donner un prénom ayant une connotation positive, dans sa signification et dans sa consonance, qu’il soit d’origine arabe ou non, car il n’y a pas de texte interdisant l’utilisation de prénoms non arabes en islam. Aussi, aujourd’hui plus que jamais, à l’heure de la mondialisation, l’imbrication entre les cultures est telle que de nombreux prénoms se retrouvent sous des formes dérivées d’un pays à l’autre. Pour nous, musulmans vivant en France aujourd’hui, il faut également faire attention à la transposition de certains prénoms arabes en français, aussi bien dans la difficulté de prononciation que dans la consonance qui peut se révéler péjorative. Je ne donnerai pas ici d’exemple afin de ne pas provoquer de frustration chez certains parents musulmans, mais je ne peux que vous conseiller de voir, lorsque vous choisissez le prénom de votre enfant, s’il n’induit pas de jeux de mots péjoratifs qui pourraient faire de votre enfant la risée de ses camarades.

Le choix du prénom n’est donc pas une mince affaire, notamment pour le fait qu’il accompagnera l’enfant, nous pouvons même dire qu’il marquera l’enfant tout au long de sa vie. C’est le premier grand marqueur identitaire dans la mesure où, par le choix du prénom, les parents indiquent leur volonté d’inscrire leur progéniture dans une communauté... Communauté de foi, puisque le prénom possède le plus souvent, chez les musulmans, une signification en lien avec la dimension métaphysique ou historique de l’islam... Communauté nationale et/ou ethnique, que l’on retrouve dans la consonance particulière que prennent les prénoms dans les différentes contrées musulmanes. Notre noble Prophète saws a confirmé l’importance de cette appartenance sociale, en perpétuant également certains rites liés à la naissance pratiqués par les Arabes dans la période préislamique. On trouve parmi eux la ‘aqiqah, qui consiste à égorger un animal en l’honneur de l’enfant venu à la vie. Les Arabes suivaient un rituel bien particulier : à la naissance de l’enfant, son tuteur égorgeait un animal, puis il en coupait une touffe de laine qu’il baignait dans le sang répandu pour badigeonner le front de l’enfant. Comme pour d’autres pratiques de la période préislamique, les compagnons n’ont pas hésité à questionner le Prophète saws afin de connaître son avis sur la ‘aqiqah. Ce dernier, avec une pédagogie dont la pertinence est frappante, va confirmer la dimension sociale de celle-ci en lui donnant, dans le même temps, une signification conforme aux préceptes de l’islam.

On trouve donc trois types de hadiths se rapportant à la ‘aqiqah. En réponse à la demande des compagnons le Prophète saws dira, dans la version rapportée par l’imam Mâlik dans son Mouwattâ :

« Je n’aime pas l’ingratitude [al ‘ouqoûq]. Si quelqu’un désire, à la naissance de son enfant, accomplir un sacrifice, qu’il le fasse. »

L’ingratitude... Ici, le Prophète saws fait un jeu de mot entre al ‘aqiqah et al ‘ouqouh, qui dérivent tous deux de la même racine arabe ‘aqqa, signifiant littéralement désobéir ou être ingrat envers ses parents. Il appelle donc l’attention des musulmans de l’époque sur les mots employés et sur le sens de l’acte accompli, d’un air de dire : ce qui compte est le remerciement envers Dieu d’avoir eu un enfant. On remarque également, dans cette parole, que Muhammad saws laisse au musulman le libre choix d’égorger ou non.

Dans un second type de hadiths, le Prophète saws a été plus affirmatif sur la ‘aqiqah. L’imam al Boukhârî rapporte, par exemple :

« A l’occasion d’une naissance il convient d’égorger une bête. Répandez-en donc le sang [c’est-à-dire : égorgez la bête], et éloignez l’enfant de ce qui peut lui nuire. »

Les exégètes ne sont pas certains du sens à accorder à l’expression « et éloignez l’enfant de ce qui peut lui nuire ». Selon certains, cela est une condamnation expresse du fait de verser un peu de sang sur la tête de l’enfant, comme le faisaient les arabes de la jahiliyyah. Pour d’autres, le Prophète saws a visé ici le fait de raser les cheveux du nouveau-né, comme cela est mentionné dans un troisième type de hadiths, où l’on trouve effectivement des indications plus précises sur la célébration de la ‘aqiqah. Voici à titre indicatif, une version rapportée chez l’imam al Boukhârî :

« Chaque enfant est l’otage de sa ‘aqiqah [dans le sens de la bête à immoler]. Le sacrifice doit avoir lieu le septième jour de sa naissance, et c’est à cette occasion qu’il reçoit son prénom et qu’on lui rase les cheveux. »

Cette classification des hadiths se rapportant à la ‘aqiqah est purement formelle, mais elle indique que le Prophète saws s’est positionné parfois différemment, dans le temps, sur des pratiques qu’il n’a pas directement instituées. Et cette attitude est sujette à de nombreux débats chez les juristes et les théologiens musulmans. Alors, la ‘aqiqah, obligatoire, oui ou non ? A l’arrivée de mon enfant, dois-je sortir l’artillerie et m’apprêter à embrocher la bête immolée pour faire un magnifique méchoui ? Je voudrais répondre à la question en deux temps, si vous me le permettez. Voyons d’abord, dans un premier temps, l’avis des juristes musulmans, qui se divisent en trois catégories. Les premiers, à savoir les savants zhahirites, connus pour leur interprétation littérale des textes et leur refus de tout raisonnement analogique, considèrent l’immolation à l’occasion d’une naissance comme une obligation pure et simple. La majorité des autres savants, pour leur part, rangent cette pratique dans la catégorie des sounan, c’est-à-dire des actes recommandés, sauf Abou Hanifa, qui stipule quant à lui que l’ensemble des rites où l’on égorgeait une bête, à l’époque de la jahiliyyah, ont été abrogées par l’égorgement de l’Aïd al Adhâ. Les Arabes pratiquaient en effet des sacrifices sur leur cheptel à l’occasion de la naissance de nouvelles bêtes, ou encore dans l’espoir d’avoir des récoltes abondantes, etc.... Le prophète saws a donc abrogé l’ensemble de ces coutumes polythéistes, en indiquant que le sacrifice, en dehors de celui de l’Aïd, pouvait être pratiqué à n’importe quel moment de l’année et devait être l’occasion d’une charité envers les pauvres.

En ce qui concerne la ‘aqiqah, il est impossible de classifier dans le temps les différents hadiths qui nous sont parvenus, c’est pour cela que les exégètes sont divergents sur son statut dans l’islam. Si l’on suit l’avis hanafite, la ‘aqiqah est donc une pratique licite mais n’est pas considérée comme un acte cultuel à proprement parler. Ce serait plutôt une tradition culturelle arabe que l’islam n’a pas condamnée. Pour les autres juristes, le Prophète saws a transformé une pratique polythéiste pour en faire un acte d’adoration recommandé. Quoi qu’il en soit, je pense que, au delà de son caractère recommandé ou non, la ‘aqiqah est une pratique qui nous intéresse, en tant que musulmans, dans son aspect social et communautaire. Les savants musulmans ont en effet divergé sur le fait de savoir si l’immolation était une condition requise pour rendre valable la ‘aqiqah mais, par contre ils n’ont pas divergé sur la nécessité d’en faire une fête communautaire marquant l’appartenance de l’enfant à la communauté de foi. Sans entrer dans des dépenses ahurissantes et disproportionnées, pensez donc à laisser une trace de cette fête afin que ce soit un souvenir agréable pour votre enfant, lorsqu’il pourra visionner les photos ou la cassette de la petite fête donnée en son honneur. Aujourd’hui, vous avez même la possibilité de faire de ce moment un acte de bien inoubliable pour toute la famille : les responsables de l’association humanitaire du Secours Islamique proposent en effet, à l’occasion de la ‘aqiqah, de pratiquer un sacrifice au nom de votre enfant dans le pays de votre choix, dans la mesure du possible. Ils transmettent ensuite à la famille la photo de l’animal sacrifié à côté duquel se trouve la pancarte mentionnant le nom de l’enfant. Imaginez un instant la joie, la satisfaction et la fierté d’un garçon ou d’une fille qui verront, à travers ce cliché, toute la sollicitude que les parents ont manifesté à leur égard. A méditer...

 



[1] Cette loi avait été votée sous le gouvernement de Lionel Jospin, mais le nouveau gouvernement en a restreint le champ et en a repoussé les décrets d’application, qui n’entreront pas en vigueur avant l’échéance de 2005.

 

Omero M.
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