Aslim Taslam

 

- N°43 Avril 2006 -

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Itinéraire

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La Mecque, terre du Pardon

 

 

Enfin, sur le sol sacré. Une odeur particulière vient me caresser les narines, c’est celle de l’Orient et de sa chaleur. Les hommes bourdonnent et s’agitent de droite à gauche. Je reste là, admiratif, face au tableau qui se dresse devant moi. Je cherche du regard la maison noire. Des piliers viennent se dresser sur mon champ de vision et m’empêchent de voir la dame. Je m’approche pas à pas dans ce bain de foule. On se bouscule et se regarde à peine, on cherche tous la même chose : « s’approcher et effleurer de la main le trésor divin ». Soudain, une lumière, la voilà dans toute sa splendeur revêtue de sa cape en velours noir et ornée d’un bracelet humain qui tourne autour d’elle dans une allure rythmée. Je souris, j’en oublie même mes mots. Je souris. Elle coupe ma parole et ma pensée, je suis transporté dans un rêve. Des années, des mois d’espoir et là, si proche d’elle, je voudrais l’entourer de mes bras moi aussi et suivre cette masse dansante. Des mots se mélangent dans ma tête, j’entends les voix sourdes des pèlerins qui prient, qui se repentent et pleurent. C’est donc ici, qu’on implore la pitié de Dieu pour nos âmes perdues ? Alors on tourne, priant que chaque pas puisse gommer les erreurs passées. Les larmes se mêlent à la sueur, les prières à la douleur, les tours aux bousculades. Les faciès de toutes les contrées se tournent vers elle comme espérant entendre le murmure du Pardon. Jeunes ou vieux, femmes ou hommes, pauvres ou riches, ici, nous sommes tous mêmes. Même petitesse face à elle, même faiblesse et même espoir : celui d’être expié au centre du monde. La concentration est de rigueur, nulle faute en ce lieu. Les êtres s’appliquent à être les meilleurs. Yeux figés, tenues droites et pas décidés, on tourne sept fois. La tenue blanche rappelle la mort, la marche suggère la destinée, le cercle souligne le début et la fin de la vie. Je sais que désormais, je ne serais plus jamais le même. Là-bas, j’ai fait un pacte. J’ai fait la promesse au Très-Haut d’accepter ma destinée et de faire des efforts pour élever mon âme et avoir toujours à l’esprit l’idée du retour. Cette parole, je la sens lourde, une peur effroyable me gagne à chaque fois que je songe à son manquement. Et Dieu sait, combien, je suis faible ! Je ne marcherai plus jamais de la même façon. Mes yeux ont quitté la terre pour se projeter vers le ciel. De là où je suis, les biens terrestres me semblent presque dérisoires, seule la vie (orientée intelligemment) compte. Comme mon tapis de prière orienté vers la Qibla, le cœur doit se cramponner vers cette direction, ne serait-ce que pour palper spirituellement la grandeur du Très-Haut et de ne pas oublier…

Mais, tragiquement « al-insânu yan’sa » !

Sommes-nous condamnés à oublier ce que l’on sait déjà ?


 

Sawsan R.
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