Aslim Taslam

 

- N°45 Juin 2006 -

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Petit courrier au Prophète
Témoignage de Nour ( 15 ans)

 

 

J’écris cette lettre pour te donner des nouvelles du monde que tu as quitté et qui est à tout jamais derrière toi. C’est un bien drôle de monde et je dois t’avouer que je me sens, parfois, un peu perdue dans ce paradoxal 21ème siècle.

En apparence, rien ne ressemble à la société que tu as laissée. En apparence...
De là d’où je viens, on téléphone sur le balcon du cinquième étage et on s’endort le MP3 à la main dans un avion Paris-Alger. Le monde est re-lié et mon interlocuteur peut être en Argentine, en Afrique du Sud, en Suède ou les trois à la fois. Là d’où je viens, je n’entends pas l’appel à la prière mais le bruit de la ville incessant m’accompagne toujours.

Un peu enfantine, j’ai souvent rêvé de t’avoir près de moi le temps d’une journée. Je t’imagine alors m’accompagnant dans le métro ou en voiture.

L’espace d’un trajet, tu découvrirais de drôles de montures électriques et un mode de vie frénétique.Tu serais surpris de voir le nombre de personnes âgées et le peu de considérations qu’on leur porte. Tu verrais aussi la grandeur de la mixité ethnique et sociale. Là d’où je viens, dans la même rue, tu peux y observer la population du monde en miniature.

Tu y verrais des choses et des comportements regrettables, voire blessants et franchement inhumains...
Tu serais surpris peut être...

Cher Prophète, bonne nouvelle malgré tout. Le monde ne t’a pas oublié.

On chante encore ton histoire dans les plus belles mosquées, avec les plus performantes des sonos. On raconte parfois quelques bribes de ta vie à la télévision et à la radio. Certaines chaînes du câble te sont entièrement consacrées. On propage tes prouesses dans les langues les plus inattendues, de par les journaux, les livres ou encore sur Internet.

Moi aussi, je m’y suis mise, j’aime parler de toi et j’apprécie de plus en plus écouter les bons conteurs de ta vie. Chacun insiste sur ce qu’il souhaite développer. Tes qualités sont toujours mises en avant par tes fidèles et chacun dans le creux de sa prière se souvient.
Des quatre coins du monde, ton nom raisonne encore.

En guise de gratitude, tes enfants portent ton nom et espèrent ainsi vêtir certaines de tes vertus. Parfois on se rassemble et on se remémore. Les plus chanceux te voient encore en rêve.

Moi, je ne t’ai jamais rencontré en songe mais j’espère sincèrement que nos vies se croiseront un jour et que tu m’accueilleras avec bienveillance parmi les tiens.

Je t’aime et je t’admire sincèrement même si je n’arrive même pas à prononcer correctement ton nom. Il m’arrive aussi de me mélanger dans les sonorités des bénédictions qui te sont accordées. Je t’aime avec un peu de maladresse je crois...

Depuis que Dieu, dans Son Infinie Miséricorde a touché et illuminé mon cœur, je me suis découverte une sensibilité insoupçonnée et j’ose te l’avouer, je pleure...
Je me cache parfois des hommes pour ne pas fléchir, mais je pleure. Je pleure comme une enfant. Les autres ne pourraient pas comprendre mes larmes...

Je dois te l’avouer, je viens tout juste d’arriver chez toi, dans ta communauté. Je suis un peu essoufflée et fatiguée de mon long voyage. Tes descendants m’ont bien accueillie. Il faisait si bon vivre dans leur agréable demeure. Reposée, je me suis endormie, éreintée, épuisée mais rassurée comme l’enfant perdu qui retrouve sa douce mère inquiète, à la fin d’une longue journée de recherche et de faux espoirs.

En me couchant, je me suis sentie propre comme jamais... et je re-visualisais les péripéties et les aventures de ma longue journée et de ma petite vie.

Mon cœur te réclame et demande sans cesse ta douce compagnie. Peut-être qu’un jour...
En attendant de te rencontrer, inch’Allah, j’implore Dieu de déverser sur toi Ses bénédictions les plus pures.

Nour,

Paris, le 25 mai 2006


 

Faïza N.
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