Aslim Taslam

 

- N°46 Septembre 2006 -

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Itinéraire

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Témoignage de la guerre au Liban

 

Ce témoignage est celui d’une étudiante au Liban pendant la guerre de juillet 2006. Son récit date du vendredi 21 juillet 2006, après avoir été évacuée par cargo vers Chypre puis Amman, Jordanie.

 

Etre séparée d’une personne que l’on aime en danger est plus terrifiant qu’être soi-même piégée dans une situation dangereuse.

La situation actuelle au Liban est incroyablement horrible. Israël bombarde sur nous au hasard. Nous ne savons jamais quelle sera la prochaine zone frappée ou quand la prochaine bombe tombera. Au cours des dernières semaines, Chrétiens, Sunnites, Chiites et Druzes ont tous été touchés. Certains jours, les bombardements commencent à trois heures du matin et continuent jusqu’au jour suivant. D’autres jours sont calmes jusqu’à trois ou quatre heures de l’après-midi. Lorsqu’un avion survole, tout ce que nous pouvons faire est s’asseoir et prier en se demandant où les bombes qu’il transporte seront lâchées.

Certaines zones ont été bombardées jusqu’à six fois en quelques jours. La dernière fois que j’ai contacté une amie dans la ville sud de Nebatyeh, elle n’avait pas mangé pendant deux jours. Quatre jours sont passés depuis ses dernières nouvelles et sa ville a été bombardée deux fois depuis.

Les routes reliant les villes et villages ont toutes été détruites. Les gens sont piégés et incapables de fuir. Nous n’étions pas mentalement ou psychologiquement préparés pour cette invasion et ceux qui ont encore une maison où mettre la nourriture et l’eau achetées n’auront bientôt plus de stock dans une semaine. Dès le jeudi, les magasins étaient déjà vides de boites de conserves, pâtes et riz. L’eau a disparu de toutes les boutiques près de chez moi dès le samedi. Israël a détruit les silos de blé et les fermes de produits laitiers. Les stations essences n’ont plus de carburant, ainsi même ceux dont les routes existent encore dans leur zone ne peuvent fuir. Les habitants des zones les plus lourdement bombardées, comme Nebatyeh et Dahia, ne peuvent sortir suffisamment longtemps pour enterrer les morts.

Israël a la technologie pour frapper une cible spécifique sans autre dommage si c’est leur but. Lorsqu’ils ont frappé le phare Manara près de mon université, ils étaient capables de ne frapper que la lumière même et laisser le reste du bâtiment parfaitement intact. Cela est du au fait que c’est très de l’université américaine de Beyrouth, considérée être comme le sol américain. Cependant ce n’est pas ce qu’ils ont choisi de faire dans la plupart des autres cas. Dans une tentative d’assassiner le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, les Israéliens ont détruit un immeuble, tuant sept civils. Ils ont détruits des villes dans le sud et le long des ports, tuant plus de cent civils libanais pour chaque membre du Hezbollah qu’ils parviennent apparemment à frapper par coïncidence.

Les pharmacies sont en rupture de médicaments de base et les hôpitaux manquent d’équipements. L’insuline manque ainsi que les filtres pour les machines à dialyse et les kits de stérilisation pour effectuer des opérations. J’ai contacté une organisation libanaise qui travaille en association avec l’ambassade du Liban à Amman et avec la Croix Rouge. Ils mettent à disposition des conteneurs pour les gens qui souhaitent donner des boites de conserve, à Abdoun et près de la société Aramex jusqu’à lundi. Ce dont ils ont désespérément besoin est de l’argent pour acheter des équipements médicaux. Si vous connaissez des personnes, des entreprises ou des organisations qui souhaitent aider, transmettez-leur cette lettre. Jusqu’à maintenant, les morts déclarés sont dus uniquement aux attaques israéliennes ; à la fin de cette semaine, si nous ne sommes pas capables d’apporter de l’aide aux régions les plus en besoin, la maladie et la faim pourront devenir les principales causes de morts civils. S’il vous plait, faites passer le message que nous avons besoin de nourriture et d’argent pour les équipements médicaux.

Arifi W.


 

Leila R.
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