Aslim Taslam

 

- N°58 Octobre 2007 -

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Coran & Sounnah

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Le Fiqh des Finalités
Etude historio-critique des courants de l’islam

 

Le Ramadan arrive avec son lot de bonnes résolutions. Nous ouvrons donc un nouveau chapitre sur cette science passionnante et distinguée qu’est la science des desseins de l’Islam.

 

A l’image de la couverture du livre (un croissant de lune entouré d’étoiles), l’un des derniers livres de Youssef El Qaradawi se distingue encore une fois par sa clarté et son importance. La lune est un cercle, où le blanc est prépondérant au noir, comme pour imager un domaine où la quête de vérité est permanente. Les étoiles, elles, sont ces guides pour le savant, qui hésitant sur une question religieuse s’en réfère aux axiomes intangibles pour éviter les conclusions trop hâtives.

Ce dernier livre intitulé « Etude sur la sciences des finalités de la Sharia » et édité par Dar Es Shourouq, fait partie de cette série de livres qui chaque année, alimente ce domaine devenu emblématique et médiatique. Aussi faut-il clarifier certains points afin d’éviter les simplifications, car cette discipline ne peut être abordée que par des individus ayant une connaissance globale et empirique des sciences de la Sharia.

L’histoire de la Sharia musulmane, comme étant la Voie et le retour à la source, fut jalonnée d’étapes décisives. L’esprit de la Sharia est descendu avec la révélation. Dès la venue de l’Islam, sa complexité fut cernée et son sens établie chez les musulmans du moment de la révélation coranique. Le fait qu’ils vivaient intensément la pratique religieuse et qu’ils ont volontairement bénéficié de la pédagogie divine, a suffit pour qu’ils comprennent le sens profond de l’Islam et de ses finalités. Tout en transmettant ses paroles, ses actes et ses consentements, le Prophète a éduqué ses compagnons en matière d’Ijtihad afin de les rendre indépendants (cf. célèbre hadith de Mou’ad Ibn Jabal qui est parti au Yemen pour y enseigner l’Islam ; où la manière dont Omar a changé certaines lois qui paraissaient immuables aux yeux des musulmans). D’un autre côté, l’ensemble des pratiques exotériques et rituelles était claires et les questions concernant la pratique des piliers de l’Islam étaient explicitées par le Prophète lui-même. Incarnant le socle même de la religion, il a décrété d’une voix « Priez, comme vous m’avez vu prier ! » ou bien « Prenez de moi vos rites cultuels ». Dans le Fiqh des `Ibadates, la science religieuse des détails pratiques du culte musulman, la quasi-totalité des avis étaient univoques et ne faisaient pas appel à l’interprétation. Cependant, dans les aspects des transactions et de la vie quotidienne des êtres humains, le champs était ouvert. Et dans ce créneau, le Prophète consultait beaucoup ses compagnons et les valoriser. Encore une fois, l’intelligence de chacun était appelée à s’exprimer. (Exemple des avis différents émis pour le sort des captifs de Badr. Abu Bakr et Omar divergeaient sous l’oeil du Prophète sans qu’il ne soit offusqué, et ce, même si plus tard, le Coran eu tranché sur cette question).

Ce n’est qu’après un siècle, que le besoin profond de codifier et de clarifier les choses se fit ressentir. C’est dans cet élan, qu’est né la science des sources du droit musulman ‘Usul el Fiqh, science de la méthodologie d’extractions des lois musulmanes, l’imam Shafi’i fut un précurseur dans le domaine avec son oeuvre de référence Al Oum (littér. La mère des sciences). Cette pensée en mouvement fut à l’origine de plusieurs écoles, qui malgré leurs similitudes ont chacune une méthodologie et des des sources de compréhension ‘Usul différentes. Cette diversité est l’originalité de l’Islam puisqu’il n’existe pas de clergé mais une référence forte au Coran et à la Sunnah. Au delà, chaque homme est soumis à l’erreur. Errare Humanum est.

Encore plus tard, des Hanafites établirent les Règles Juridiques, sorte de déductions implicites du corpus du Fiqh, qui aboutit à une seule règle pyramidale. Une sorte de théorème islamique, dont les ramifications étaient établies et vérifiées plusieurs fois. La répétition d’un enseignement prophétique pouvaient aussi aboutir à une règle, comme l’exemple du hadith « La dara wa la dirar » (Préserves-toi (en) ne faisant pas de mal aux autres).

C’est enfin qu’est apparu, un nouvel horizon, un cran supérieur encore, celui des finalités de la Sharia. L’un des premiers a l’avoir entrevu est le grand imam As Shatibi, dans son livre de référence Al Mouwafaqate. D’aucuns les appellent les desseins ou les objectifs du Législateur. Il s’agit pour le jurisconsulte (celui qui a une science poussée dans la méthodologie déductive et non pas seulement le faqih, le traditionniste) d’entrevoir, les raisons pour lesquelles Dieu ou le Prophète ont prescrit ou interdit une chose. C’est alors avec beaucoup de rigueur que cette science est née, comme nous l’inspire l’épître "Apprentissage (ou Avertissement) à celui qui signe au nom du Seigneur des univers" d’Ibn Al Qayyim Al Juziya. Car du fait que Dieu est Sage et qu’il n’a pas créé les choses en vain, il convient de déterminer les sagesses (Al Hikam), synonymes pour certains des finalités elles-mêmes.

Comprendre la pédagogie divine, c’est pour le moufti, une manière de choisir, un avis plus qu’un autre. Cela permet aussi de diminuer la divergence dans la communauté ou de rapprocher les courants de l’islam autour de priorités et de bases communes.

C’est ce que je vous propose d’étudier plus en détail, dans les prochains numéros et ce, en s’appuyant sur le livre de cheikh Al Qaradawi, afin de tous en profiter inch’Allah.


 

Abdelhak O.
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