Aslim Taslam

 

- N°62 Février 2008 -

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Perspectives

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Le discours du prédicateur

 

 

Définition des termes : oumma et dawa

Présenter et appeler à l’islam fait parti des devoirs de la communauté musulmane.
La communauté, Oumma en arabe, c’est un ensemble de personnes à qui Dieu a envoyé un prophète. Notre prophète a été envoyé pour tout l’univers et toute la terre fait donc partie de la communauté de Mohammed saws. Cette communauté se divise en deux parties :
La communauté de la dawa - tout le monde, et la communauté de l’ijaba - celle où se trouvent ceux qui ont répondu favorablement au message et sont devenus musulmans.
Aussi lorsque l’on parle d’Oumma al islam, d’Oumma Mohammed ou simplement d’Oumma, on parle de la communauté de l’ijaba. Une des caractéristiques de cette oumma - communauté, c’est la dawa - prédication, elle ne reste donc pas repliée sur elle-même, monopolisant la vérité, le bien et la guidance. Mais, elle fait en sorte de les propager.
Le prêche porte sur la croyance en Dieu, le fait d’ordonner le bien, et d’interdire le mal. Ce soutient au message de vérité est ce qui fait de nous la meilleure communauté :

« Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. »
Sourate 3, al Imran (La famille d’Imran), verset 110/p> » Sourate , verset 110.

D’après Hudhayfa, le Prophète saws a dit :

« Cette communauté fut préférée sur toutes les autres communautés »

Appeler à Allah peut sembler facile, alors qu’en fait cela demande effort et méthode, c’est d’ailleurs pour cette raison que Dieu a élu des prophètes, adoptant les meilleures manières, pour cette noble tâche. Ce "travail" demande beaucoup d’attention de la part des prédicatrices et des prédicateurs qui se doivent de connaître les techniques de dawa tirées du saint coran et de la sunna purifiée.

Erreurs théoriques et pratiques

Les connaissances techniques faisant parfois défaut, la prédication n’est pas toujours faite d’une manière correcte, sans s’étendre sur le sujet, on peut remarquer que de nombreuses erreurs sont commises aussi bien théoriquement que pratiquement : présenter l’islam comme une religion rivale voulant exterminer les autres religions, développer des discours sur des sujets très complexes et qui intéressent peu de gens (et que seuls leurs spécialistes peuvent comprendre).

Conditions de la prédication

Pour pouvoir bien prêcher, il faut bien évidemment être convaincu soi-même du message, le déclarer sans le cacher, obéir aux commandements de Dieu et de son Prophète saws, lutter et patienter pour cette cause dans tous les aspects de notre vie.

Le message des prophètes aux leaders

A la lumière du coran et de la sunna, on constate que tous les prophètes ont commencé par appeler leurs proches, puis ils ont été présentés l’islam aux dirigeants influents de leur époque comme ce fut le cas de Moïse avec Pharaon. Et ceci nous montre qu’il faut commencer par les gens influents et les dirigeants, car comme le proverbe arabe le dit : « Les gens suivent la manière de vivre de leurs dirigeants. » Car souvent si, les dirigeants acceptent les autres suivent.

Cependant, le prédicateur ne doit pas se rabaisser, car d’une part son message est noble, d’autre part, il doit préférer la qualité à la quantité, aussi se doit-il d’instruire ceux qui ont accepté le message même si ils sont peu nombreux et pauvres, car ils méritent plus qu’on leur prête de l’attention et du temps que ceux qui n’arrivent pas à lâcher leur fierté parce qu’ils sont riches ou ont du pouvoir.

La gradualité du prêche

Le prêche doit se faire de manière graduelle, lente, afin que le message soit compris correctement et assimilé naturellement. Le prêche doit d’abord commencer par la foi en Dieu et en son unicité. Ensuite, il doit porter sur la croyance à la prophétie. Pour finir sur la foi au jour de la rétribution et à la vie après la mort et à sa totale reddition. Bien évidemment, tout cela doit aboutir à une soumission volontaire. Le prédicateur n’a absolument pas le pouvoir de convertir les âmes, il peut seulement les convaincre.

Il est très important de ne pas sauter ces étapes ! Aussi avant de savoir le comment : si la taille de la barbe ou celle du pantalon est conforme, il convient d’inculquer le pourquoi : du besoin de la croyance au Prophète saws, à son obéissance et à son imitation. Il faudrait même dire tout simplement qu’il faut commencer par inculquer l’amour d’Allah et de son Prophète saws.

Poursuivre ce but demande donc de l’entraînement, de l’endurance. Le prédicateur doit être patient même si une partie de ses étudiants est très excitée d’en savoir plus rapidement, il doit garder à l’esprit qu’elle peut ne pas réussir à assimiler ses connaissances aussi hâtivement. D’autre part, une autre partie pourra être plus lente, moins enthousiaste et plus réticente à en savoir plus. Le prédicateur est donc tel un jardinier consciencieux qui veut réussir à faire de toutes ses graines de belles fleurs robustes.

Dieu a expliqué cela dans le coran quand Il avait donné rendez-vous à Moïse sur le Mont Sinaï pour lui donner Ses commandements, mais Moïse était si excité et heureux à cette idée qu’il s’est pressé de venir à la rencontre de son Seigneur au lieu du rendez-vous. En fait Dieu avait donné une date à Moïse dans le but qu’il puisse durant le laps de temps précédant ce rendez-vous, former et instruire son peuple. Afin qu’ils soient capables de sauvegarder leur foi et leur pratique. Et pendant l’absence de Moïse, le diable en profita, et son peuple fut tenté par l’adoration du veau :

« “Pourquoi Moïse t’es-tu hâté de quitter ton peuple ? ”
Ils sont là sur mes traces, dit Moïse. Et je me suis hâté vers Toi, Seigneur, afin que Tu sois satisfait.
Allah dit : “Nous avons mis ton peuple à l’épreuve après ton départ. Et le Samiri les a égarés.”
 »
Sourate 20, Taha, versets 83-85

Dans les versets suivant de cette sourate, (sourate Taha), Allah fait la même remarque au prophète Mohammed saws au sujet de son ardeur et de son empressement. Il le sermonne amoureusement en lui faisant comprendre que le coran ne peut pas être descendu autrement que comme Allah l’a décidé dans Sa sagesse.
L’intervalle entre les révélations était nécessaire, car il permettait de raffermir le cœur du Messager et de donner le temps à ses compagnons de s’appliquer et de s’habituer à ce que Dieu lui révélait :

« Que soit exalté Allah, le Vrai Souverain ! Ne te hâte pas [de réciter] le Coran avant que ne te soit achevée sa révélation. Et dis : "Ô mon Seigneur, accroît mes connaissances !”
En effet, Nous avons auparavant fait une recommandation à Adam ; mais il oublia ; et Nous n’avons pas trouvé chez lui de résolution ferme.
 »
Sourate 20, Taha, versets 114-115

C’est pourquoi Abdullah ben Massoud a dit : « Celui d’entre nous qui apprenait dix versets, il persistait avec eux avant d’en vouloir plus, jusqu’à ce qu’il ait appris à vivre dans leur lumière. »

Le style du discours du prédicateur

De plus, il est important de ne jamais diminuer ou catégoriser une personne en prêchant et par exemple il ne faut pas s’adresser à un non musulman en lui disant : Ô toi mécréants !
Dans une société islamique, par exemple, les erreurs des uns et des autres ne doivent pas être exposées publiquement, ni traitées de manière personnelle, il faut soigner les troubles en parlant du sujet de manière générale, car aborder la personne et lui dire ses quatre vérité ne peut que l’insulter et lui faire honte, ce qui provoque de l’hostilité chez la personne incriminée plutôt que de l’introspection et de la réforme.
Par contre, si le péché est nocif pour la communauté, que le rappel vers le bien ne fonctionne pas et que la perversité et le désir de la personne est clairement de nuire à l’islam, il convient au leader de prendre des mesures sévères, de la même manière que Moïse a puni le Samiri lorsqu’il a poussé bani israïl vers l’adoration du veau.

Voyons maintenant quelques caractéristiques du discours du prédicateur :

La première disposition consiste à s’adresser à un peuple ou à une personne dans sa langue maternelle. Comme Allah le dit dans le saint coran :

« Et Nous n’avons envoyé de Messager qu’avec la langue de son peuple, afin de les éclairer. »
Sourate 14, Ibrahim (Abraham), verset 4

Le deuxième point qui en découle est que le discours doit être compréhensible et accessible par tous. Il ne doit donc pas être ni trop long, ni trop court, il ne doit pas être alourdi et contenir trop de métaphores ou de comparaisons, il ne doit pas faire référence à des mots inconnus. Il faut donc présenter ses arguments de manières diverses, comme le dit Allah dans le coran :

« C’est ainsi que Nous expliquons les versets... Et afin de l’exposer clairement à des gens qui savent. »
Sourate 6, Al An’am (Les bestiaux), verset 105

Il faut aussi faire preuve d’émotion et de zèle. Dieu dit :

« Exhorte-les et dis-leur des paroles convaincantes »
Sourate 4, An-Nissa (Les femmes), verset 63

Le zèle du prophète est le signe de sa grande conviction et de sa sympathie envers les gens.

Enfin, le discours du prédicateur doit se diriger vers un seul but.

Il faut veiller à ce que le discours soit présenté de manière à ce qu’il ne provoque pas l’antagonisme de celui qui écoute. Évidemment le prêcheur ne manifestera jamais une quelconque supériorité par un mot ou un geste, ni ne diminuera son auditeur. Et peut importe le contenu de ses propos ou le refus de son interlocuteur, il effectuera sa prédication gentiment et de manière sympathique comme Allah l’a demandé à Moïse envers Pharaon l’extravagant :

« Allez vers Pharaon : il s’est vraiment rebellé.
Puis, parlez-lui gentiment. Peut-être se rappellera-t-il ou [Me] craindra-t-il ?
 »
Sourate 2, Al baqarah (La vache), versets 43-44

Le prédicateur n’injurie pas son interlocuteur ni ses sentiments, il ne le rend pas mal à l’aise, il propose plutôt des arguments irréfutables :

« N’injuriez pas ceux qu’ils invoquent, en dehors d’Allah, car par agressivité, ils injurieraient Allah, dans leur ignorance. »
Sourate 6, Al An’am (Les bestiaux), verset 108

Lorsqu’une personne répond mal à son appel, le prédicateur ne doit pas lui parler autrement que gentiment et poliment, car c’est ainsi que le prédicateur peut trouver son chemin dans le cœur des gens :

« La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux.
Mais (ce privilège) n’est donné qu’à ceux qui endurent et il n’est donné qu’au possesseur d’une grâce infinie.
Et si jamais le Diable t’incite (à agir autrement), alors cherche refuge auprès Allah ; c’est Lui, vraiment l’Audient, l’Omniscient.
 »
Sourate 41, Fussilat (Les versets détaillés), versets 34-36

« Pardonnez et oubliez jusqu’à ce qu’Allah fasse venir Son commandement.  »
Sourate 2, Al Baqarah (La vache), verset 109

Une fois des juifs rentrèrent chez lui (le Prophète saws) et lui dirent : Qu’essam (c’est-à-dire la mort) soit sur toi ! Aïsha qui était présente ; leur répondit : Qu’essam soit sur vous aussi ainsi que la malédiction ! Mais il lui dit : Ô Aïsha ! Qu’est-ce que c’est que çà ? Dieu abhorre les grossièretés, j’ai répondu à ce qu’ils ont proféré en leur disant : Et sur vous. [1]

Et si les prédicateurs rentrent dans un débat c’est de la meilleure façon, ils cherchent les points communs, des bases communes entre eux et leurs interlocuteurs pour pouvoir discuter ensemble, et les inviter à la vérité :

« Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites : “Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons.” »
Sourate 29, Al Ankabut (L’araignée), verset 46

Le prédicateur s’abstient de discourir de manière polémique à un point où s’il se rend compte qu’une discussion tourne à la controverse, il la quitte immédiatement :

« Quand tu vois ceux qui pataugent dans des discussions à propos de Nos versets, éloigne-toi d’eux jusqu’à ce qu’ils entament une autre discussion. Et si le Diable te fait oublier, alors, dès que tu te rappelles, ne reste pas avec les injustes. »
Sourate 6, Al An’am (Les bestiaux), verset 68

Enfin le prédicateur attache non seulement une grande attention à son interlocuteur que ce soit à ses sentiments ou à la signification de ses propos, mais aussi à leur longueur, au style et au ton employé afin que sa prédication donne une bonne idée de l’islam. Le Prophète saws a dit :

« Annoncez la bonne nouvelle et n’effarouchez pas, facilitez les choses et ne les rendez pas difficiles. » (Abou Daoud)

C’est pourquoi le Prophète saws a mis en garde contre l’extrémisme et le fait de rebuter les gens en disant :

« Ô gens ! Il y a parmi vous ceux qui rebutent les gens, celui parmi vous qui dirige la prière des gens doit l’alléger, car il y a parmi eux le vieillard, l’enfant, le malade et celui qui est dans le besoin. »

En outre, il avait pour habitude de ne pas abuser de ses harangues et de ses prêches afin de ne pas lasser ses compagnons. C’est ainsi qu’il les laissait pendant un certains temps sans prêche ni exhortation, afin que leurs âmes et leurs cœurs soient plus actifs et plus vifs pour recevoir ce qu’il leur transmettra. D’autre part, quand il haranguait, il résumait et synthétisait ses harangues, il interdisait qu’on prolonge les prêches et qu’on fatigue les gens que ce soit dans la prière ou dans les prêches. Il disait à ce sujet : « La concision du prêche d’un homme et la longueur de sa prière est une preuve de son érudition. » (Al Bukhari et Mouslim) [2]

D’autre part si l’auditeur est lent pour comprendre les propos du prédicateur ou si le sujet est difficile à comprendre, le prédicateur doit répéter ses paroles, peut être d’une autre manière, afin que son interlocuteur puisse écouter et comprendre facilement. Et si les élèves sont mauvais, c’est que le professeur n’est pas assez bienveillant. Le Prophète saws répétait trois fois ce qu’il disait afin qu’on le comprenne facilement.

Voilà quelques conseils qui peuvent servir aussi bien pour le prêche à des non musulmans qu’à l’instruction des musulmans. Le messager de Dieu saws a incité les gens à apprendre la science, à la répandre et à l’enseigner, il a dit par exemple lors du pèlerinage d’adieu :

« Que les présents transmettent aux absents, car il se peut que quelqu’un à qui on transmet prête plus d’attention que celui qui entend directement. »

Il a dit aussi :

« Que Dieu fasse briller l’éclat de celui qui entend mon discours, le comprend, l’apprend puis le transmet ; il se peut que quelqu’un qui possède une science la transmet à quelqu’un de plus savant que lui. »

Il a dit également :

« Transmettez de moi ne serait-ce qu’un verset. »

Toute sa vie était un enseignement pour sa communauté ; en effet que ce soit sa prière, son jeûne, ses aumônes, son pèlerinage, ses évocations de son seigneur, ses paroles, ses gestes et ses faits, sa façon de manger et de boire, tout ceci constitue un enseignement et un exemple pour ceux qui ont cru en lui et l’ont suivi. Certes, il procédait, dans son enseignement étape par étape et ne le donnait jamais comme çà, d’un seul trait et d’un seul bloc (...) :

« Un coran que Nous avons fragmenté, pour que tu le lises lentement au gens »
Sourate 27, An Naml (Les fourmis), verset 106

« Pourquoi n’a-t-on pas fait descendre sur lui le coran en une seule fois ? Nous l’avons révélé ainsi pour raffermir ton cœur. Et Nous l’avons récité soigneusement. »
Sourate 25, Al Furqane (Le discernement), verset 32

C’est ainsi qu’il procédait dans son enseignement à ses compagnons, il commençait ainsi par les grandes questions et les plus prioritaires ; il répétait la question jusqu’à ce qu’elle soit assimilée et bien comprise. Il enseignait aussi par la pratique en donnant lui-même l’exemple, comme dans l’enseignement des ablutions où il les faisait, lui-même, afin que les gens puissent apprendre, dans l’enseignement de la prière au sujet de laquelle il leur disait : « Priez comme vous me voyez prier. » Ou dans l’enseignement des rites du pèlerinage au sujet desquels il disait : « Afin que vous preniez de moi vos rites. » [3]

Et que la paix soit sur le prophète Mohammed, il n’y a pas d’autre divinité que Dieu, je Lui demande pardon et je reviens vers Lui repentante et ma dernière parole sera Louanges à Allah Seigneur de l’Univers.


Source : Idées tirées du livre Call to islam de Amin Ahsan Islahi.


[1] Extrait du livre Mohammed comme si tu le voyais d’Aed Al Qarni.

[2] Extrait du livre Mohammed comme si tu le voyais d’Aed Al Qarni.

[3] Extrait du livre Mohammed comme si tu le voyais d’Aed Al Qarni.

 

Sajida M.
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