Aslim Taslam

 

- N°69 Octobre 2008 -

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Analyses

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Le dilemne des gâteaux de l’Aïd

 

Il est de coutume de présenter le jour de l’Aïd el séghir une superbe assiette de gâteaux aux couleurs et formes aussi belles que savoureuses. Peu de mères de familles dérogent à la coutume et passent alors les derniers jours du mois de Ramadan recluses dans leur cuisine à brasser des kilos de farine, à enduire les gâteaux tout justes sortis du four de miel, chocolat et autres douceurs...

 

Cette année, je me suis jurée de ne pas me laisser entrainer dans cette spirale frénétique culinaire et de m’attacher au Saint Coran, remplie de ferveur et de méditation.
Pour rappel, l’année dernière, comme il y a deux ans, j’étais en Algérie, et difficile voire impossible d’échapper à ce que je considère comme la "corvée des gâteaux" ; toutes les femmes du village, et de la famille se rassemblent et façonnent ensemble une quantité impressionnantes de petits fours à tour de rôle dans une maison différente, afin d’assurer à la maitresse de maison une provision assez conséquente de patisseries.
Malgré tous mes stratagèmes, je n’ai jamais réussi à échapper à l’épreuve du façonnage de gâteaux.

Les femmes s’échangent les recettes, les conseils de cuisson, de décoration avec ferveur et passion. Les magasins spécialisés en fournitures ingrédients pour les gâteaux ne désemplissent pas, c’est la cohue totale, et tans pis pour les retardataires...

Pour moi, ce n’était qu’une réelle perte de temps, comment pouvait-on passer autant de temps dans une cuisine alors que les moments du mois de Ramadan sont tellement importants et merveilleux et que ce mois béni touche à sa fin.

Mais à côté de cette réflexion, mes souvenirs d’enfance ressurgissent, les échanges d’assiettes de gâteaux entre voisines dans mon quartier, le plaisir de goûter à ces petits gâteaux délicieux et raffinés...quel bonheur !

(JPEG)

Source photo : blog "Le Palais des Délices"

Alors, cette année, j’ai capitulé devant cette écrasante tradition et, après avoir choisi les variétés de patisseries à réaliser et après avoir fait les achats en conséquence, je suis entrée dans ma cuisine, ai poussé un grand soupir, remonté mes manches et me voilà partie pour quelques heures de sueurs froides.

Outre la joie de ma famille à goûter ces petites douceurs, cette échange d’assiettes permet de raviver le contact avec les voisins.
Pour ma part, pour être en contact avec mes voisins, il faut des occasions. Et les deux fêtes de l’Aid sont malheureusement les seules occasions de briser le silence entre nous et de de garder le contact avec mes voisins non musulmans.
Je dois avouer que le souvenir d’avoir vu des larmes d’émotions dans les yeux de mon voisin lorsque nous avons sonné à sa porte et présenté cette fameuse petite assiette de gâteaux a retenu toute mon attention et mes réflexions sur la nécessité d’entretenir de bons rapports avec eux, comme nous l’enseigne l’islam.

Cette année, mes voisins ne sont plus là. Pour les uns, une terrible maladie a privé ma voisine de ses jambes, elle a déménagé pour un appartement sans escaliers. Pour les autres, la maladie et la vieilliesse a eu raison de ce vieux monsieur qui est décédé il ya quelques semaines. Il ne me reste plus que les souvenirs des moments furtifs passés en leur compagnie grâce à l’échange d’assiette de gâteaux.

C’est un peu pour cette raison que je continue à faire mes petits gâteaux, pour pouvoir les offrir autour de moi.

Qu’Allah accepte nos bonnes actions. Amine

Au nom de toute l’équipe d’Aslim-Taslam, je vous souhaite une excellente fête de l’Aïd, autour d’un thé et de quelques biscuits préparés pour cette occasion !


 

Yamina H.
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