Aslim Taslam

 

- N°69 Octobre 2008 -

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Itinéraire

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Conversion de Noémie

 

Au nom d’Allah, l’Infiniment Miséricordieux, le Très-Miséricordieux
La conversion à l’Islam reste un phénomène très méconnu dans les sociétés occidentales. Aucune étude à proprement parler ne peut chiffrer exactement le nombre de convertis en France et en Europe. La seule certitude réside dans l’ampleur et l’accélération du phénomène durant ces 10 dernières années. Derrière les stéréotypes que proposent les médias, se cachent souvent des réalités personnelles complexes, parfois très difficiles.
Noémie, 20 ans, a décidé de nous faire part de son témoignage, et nous apporte, à travers lui, un éclairage particulièrement intéressant sur ce cheminement qu’empreinte de plus en plus d’individus.

 

Je m’appelle Noémie, j’ai 20 ans. Je viens d’un petit village de l’Est, dont la population musulmane est très minime. Toute ma famille est athée, je n’ai eu aucune éducation religieuse. J’ai donc connu l’Islam à l’école, à 12 ans, en cours d’histoire, en même temps que les deux autres "religions monothéistes" (judaïsme et christianisme). L’islam m’a alors vraiment passionnée, l’histoire du Prophète m’a complètement fascinée. Comment l’expliquer, alors que depuis toute petite j’ai grandi dans une atmosphère purement et simplement antireligieuse ?

Bref, ma curiosité m’a poussée à approfondir mes connaissances. Pas dans l’objectif de croire bien sûr, ni de me convertir, uniquement pour "connaître". Ma prof d’histoire m’avait dit : "la religion est la base de la société. Pour comprendre celle-ci, il faut connaître celle-là". Ma soif de connaissance et de compréhension m’a donc poussée vers l’Islam. Aujourd’hui j’ai 20 ans, ma pratique évolue de jour en jour, ma foi grandit également. J’ai maintenant totalement intégré les valeurs "islamiques" (ce mot a une connotation négative, mais pourtant, il a un sens qui est tout autre). Je me suis posée, calmée, je pense sereinement à l’avenir. Je fais des études de sociologie, et je souhaite de tout cœur aller loin dans cette voie. Je pense de plus en plus à porter le hijab, ce sera la prochaine étape de ma conversion. Je sais que ça va poser beaucoup de problèmes, pourtant c’est tellement noble... j’espère pouvoir briser les préjugés, à mon échelle : celle de mes amis et de ma famille surtout. Je suis devenue le vilain petit canard, l’enfant dont on ne sait que faire. Je suis sujette aux pires moqueries. Mais qu’importe !!! Je suis heureuse comme je suis, tout à fait heureuse. Et le jour où ma famille comprendra cela, alors ils ne pourront qu’accepter ma foi. C’est tout ce que je souhaite aujourd’hui : leur prouver qu’on peut être musulmane (voilée) et tout à fait épanouie.

J’ai donc fait des recherches, j’ai lu beaucoup de livres, et ce, pendant des années. J’étais aussi intéressée par l’art musulman (architecture notamment). Au fil des lectures et de mon apprentissage, la foi est née... je ne sais pas précisément à quel moment, mais un beau jour, je me suis dit que je "devais devenir musulmane".

Ma conversion ne s’est pas faite du jour au lendemain. Tout d’abord, parce que je ne connaissais pas tout de l’islam à ce moment-là, du moins concernant la pratique. La conversion se fait par étapes. La première étape fut d’arrêter le porc. Puis, l’alcool et tout ce qui était fait avec de l’alcool. Bref, à décortiquer les étiquettes alimentaires tout simplement !! Cette étape a fait rire beaucoup de monde. J’avais alors 17 ans, et tout le monde assimilait ça à une crise d’adolescence, à une mauvaise influence. Personne ne croyait en ma foi. Je n’étais pas encore musulmane, je n’avais pas vraiment intégré les valeurs musulmanes. Même après ma Chahada (prononciation de l’attestation de foi NDLR) publique, signe d’entrée dans la religion, je n’étais pas "vraiment musulmane", même si je pensais alors l’être (ce qui est le cas de beaucoup de jeunes, même des" musulmans-nés").

J’avais à cette époque beaucoup d’ami(e)s qui se prétendaient musulman(e)s. Je découvre aujourd’hui qu’ils n’ont pas forcément eu un bon impact sur moi. Je confondais alors Arabes et musulmans, comme beaucoup de monde d’ailleurs, et cela m’a amené à fréquenter des gens qui me donnaient une image faussée de la religion. Comme le dit Cat Stevens, converti lui aussi : "heureusement que j’ai connu l’Islam avant de connaître certains musulmans"... je me reconnais tout à fait dans cette phrase, j’ai été effectivement un peu déçu par certains musulmans. Personne ne comprenait vraiment le dilemme dans lequel je vivais ; entre mon éducation athée, ma culture française et ma foi musulmane. On m’en demandait beaucoup, on me faisait tout autant de reproches : soit j’étais trop française, soit j’étais trop musulmane. J’ai mis du temps à comprendre qu’on pouvait tout à fait être française et musulmane, sans pour autant avoir des tendances schizophrènes.

Ce n’est que deux ans après mon entrée officielle dans la religion que j’ai commencé la prière. J’en ai ressenti le besoin. Je culpabilisais de ne pas la faire, chaque soir je me couchais avec ce reproche que je me faisais à moi même. Alors, un jour, j’ai décidé de m’y mettre. Vraiment. Sérieusement. J’ai pris un livre offert par un ami, et j’ai commencé à le bouquiner. J’ai mis du temps à bien saisir toutes les subtilités !! J’avais du mal à me représenter la prière, à comprendre le système de rakaâ. J’avais alors demandé de l’aide à un ami, mais il n’a pas souhaité m’aider. Les autres se désistaient un par un. J’ai donc pris sur moi. Une déception en plus !!!

Concernant ma relation avec ma famille, c’est un point certes très délicat, mais surtout très mitigé. Si je dis que le sujet est mitigé, c’est parce que ma conversion a un double impact : un positif et un négatif. L’impact positif, c’est que j’ai changé. L’adolescente turbulente, déscolarisée, a laissé place à une jeune fille posée, pleine d’ambition. "Le paradis est sous les pieds des mères". La mère est sacrée en Islam, et la mienne, je la chouchoute. Je la protège. Et jamais, jamais, je ne monte la voix contre elle. Jamais je ne me permets une remarque blessante. Et même si parfois ses propos me gênent, j’essaye de le lui dire avec calme et politesse. Bref, je la respecte plus que tout au monde : malheureusement, ce n’était pas le cas avant ma conversion, et je vois bien que ce n’est non plus le cas de mon frère ou de mes ami(e)s non musulman(e)s. Du coup, nos rapports se sont nettement améliorés. On peut parler, une complicité s’est instaurée. Je prends soin d’elle, aussi de ma grand-mère, ce que personne ne fait dans ma famille (les personnes âgées sont un poids pour beaucoup de mes germains). Par contre, il est vrai qu’il y a le revers de la médaille. Mon choix ne leur plait pas tellement. Mon évolution a pourtant été très lente, ils ont eu le temps de s’adapter avec moi. Mais l’incompréhension et la peur sont les plus fortes pour eux. Ils ne comprennent pas comment on peut croire à Dieu, et d’ailleurs, eux-mêmes ne croient pas autre chose que ce qu’on montre dans le 20h de TF1... c’est dire !!

Les préjugés ont la peau dure, mais moi aussi. Malgré toutes leurs remarques, leurs moqueries, les cris contre moi, ma foi ne diminue pas. J’ai le droit à tous les mots bas : on me sort que je suis soumise, malheureuse, perdue, que je suis manipulée... ce n’est pas du tout le cas, je fais ma vie comme je l’entends, et personne ne prend mes décisions à ma place. J’ai gardé mon esprit d’indépendance malgré tout. Leur phrase préférée est "on n’est pas chez les Arabes ici !!", on me sort souvent que je joue à l’algérienne et que donc je ferais mieux d’arrêter mes études pour rester dans ma cuisine... bref, les gros stéréotypes !!! J’ai surtout ce genre d’accrochages avec mon frère, âgé de 23 ans.

Ma mère elle, du moment qu’elle me garde près d’elle, que je fasse de bonnes études et que je reste une fille raisonnable, ne m’embête pas trop. De toute manière, elle m’a toujours dit que si mon père et elle, ne m’avaient pas baptisée, c’est pour que je "puisse choisir ma religion" une fois l’âge de raison atteint. La tolérance et le respect étaient à la base de l’éducation et des valeurs qui voulaient nous transmettre, et au nom de ces valeurs, elle se trouve bien obligé de m’accepter comme je suis...

Le jour où je porterai le Hijab, ce que je compte faire prochainement, cela se passera encore différemment... Pour l’instant je la prépare. Quand elle verra que voilée ou pas, je reste toujours sa fille, la même, que je garde ma personnalité et que finalement, je suis remplie de pudeur et de respect pour moi-même et mon entourage, alors, elle sera sûrement fière. Il ne pourra en être autrement, quand elle verra en plus que je suis heureuse, épanouie, et que j’ai réussi ma vie (incha Allah).

Si je peux convaincre une seule personne que l’Islam n’est pas une religion de barbares assoiffés de sang, alors, ma vie n’aura pas été inutile...

Pour finir, j’aimerai citer un verset que je trouve très parlant et très vrai :

« Et quand une sourate est révélée, il en est parmi eux qui dit "Quel est celui d’entre vous dont elle fait croître la foi ? ". Quant aux croyants, elle fait certes croître leur foi, et ils s’en réjouissent. Mais quant à ceux dont les cœurs sont malades, elle ajoute une souillure à leur souillure, et ils meurent dans la mécréance. »
Sourate 9, At-Tawbah (Le repentir), versets 124, 125

Pour moi, le Coran est un révélateur du cœur des hommes : les hommes au fond mauvais ne verront le Coran que dans le négatif, et les hommes au fond bon, seront marqués par la pureté du Coran, et par tout le respect qu’il nécessite. C’est ma petite réponse à tous les islamophobes. Beaucoup citent le Coran, ni le comprendre, ni le remettre dans un contexte, et sortent des Versets en n’y voyant que ce qu’ils souhaitent y voir. Ceux-là sont tout simplement des gens mauvais. Je vis ma foi sainement, et pour moi, c’est cela le vrai Islam.


Publié par le bureau de prêche de Rabwah (Riyadh)

 


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