Aslim Taslam

 

- N°70 Novembre 2008 -

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Santé

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L’allaitement : un remède

 

« Et les mères, qui veulent donner un allaitement complet, allaiteront leurs bébés deux ans complets. Au père de l’enfant de les nourrir et vêtir de manière convenable. Nul ne doit supporter plus que ses moyens. La mère n’a pas à subir de dommage à cause de son enfant, ni le père, à cause de son enfant. Même obligation pour l’héritier. Et si, après s’être consultés, tous deux tombent d’accord pour décider le sevrage, nul grief à leur faire. Et si vous voulez mettre vos enfants en nourrice, nul grief à vous faire non plus, à condition que vous acquittiez la rétribution convenue, conformément à l’usage. Et craignez Allah, et sachez qu’Allah observe ce que vous faites. »
Sourate 2, Al Baqarah (La vache), verset 233

 

En quoi le lait humain est-il supérieur aux autres laits ? Ses substituts peuvent-ils espérer le détrôner dans tout ce qu’il apporte ?

(JPEG) L’allaitement au sein répond à de nombreux besoins, comme le laisse entendre le verset ci-dessus. Malheureusement, aujourd’hui encore bon nombre de mamans ont recours au lait industriel ou au lait de vache, sans se douter de leur insuffisance, ou pis encore de leurs effets néfastes. Les effets dévastateurs de la substitution du lait de vache au lait humain sont de la plus haute évidence dans les pays en développement.

Le lait humain est riche de nombreux nutriments dont le corps humain a besoin pour son propre développement.

Le lait de vache quant à lui fait passer bon nombre de ces mêmes bénéfices aux veaux ; cependant, du fait que les nutriments et les facteurs immunologiques qu’il contient sont spécialement adaptés aux veaux, il ne correspond pas aux besoins des humains. De plus, une fois que le lait de vache est traité, ses composantes immunologiques sont détruites.

 

Le lait de chaque espèce est adapté à la croissance du petit de cette espèce de telle sorte qu’il n’y ait pas de déchets métaboliques. L’exemple du petit veau éclaire ce concept. En effet, ce dernier double son poids de naissance en deux mois alors qu’il en faut six au bébé. On peut en conclure que le veau a des besoins de croissance beaucoup plus importants que l’être humain étant petit, essentiellement en protéines et en sels minéraux.

Par contre, le cerveau du petit veau croît deux fois moins vite que le cerveau du petit homme. Le veau a donc des besoins moins importants en nutriments nécessaires au développement du système nerveux : galactose, lactose et acides gras insaturés indispensables à la synthèse de la myéline [1], constituant essentiel des cellules nerveuses. En outre, le lait de vache est un puissant allergène, ainsi, sa richesse en protéines le rend hautement allergisant pour l’enfant.

Qu’en est-il des substituts ?

Le "lait" de soja, n’a de "lait" que le nom puisqu’il ne contient pas de lactose. Il a souvent été présenté comme une alternative au lait de vache. Mais les protéines du soja conservent un fort pouvoir antigénique et les risques d’allergie croisée avec les protéines de lait de vache ne sont pas négligeables. "Il est donc impossible aujourd’hui de recommander le recours à ce type d’aliment pour diminuer la survenue d’allergies diverses" soulignait le Pr. Jacques Sarles, pédiatre à l’hôpital d’enfants de la Timone (Marseille) lors des Entretiens de Bichat 2002.

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1. Le lait maternel entraîne une meilleure santé des bébés et s’adapte naturelement à ses besoins.

L’allaitement contribue à améliorer la santé des enfants pour de nombreuses raisons, la raison principale est que l’homme n’arrive pas à imiter les protéines et les nutriments dont Allah a pourvu le lait maternel. Chaque année, on découvre de nouvelles composantes telle qu’une protéine soluble appelée c14 qui stimule le développement des cellules B, cellules immunitaires produites dans la moelle osseuse qui jouent un rôle clé dans la production d’anticorps. Le Dr. Michael Julius de l’université de Toronto et du Toronto Hospital a dirigé l’étude qui a mené à cette découverte, il explique « qu’aux cours des dernières décennies, nous avons identifié de nombreux éléments du lait maternel qui véhicule toutes ces bonnes choses. En plus d’être plein de nutriments, en plus d’être rempli d’éléments facilitateurs de croissance, il regorge de composants qui protègent le nouveau-né. »

L’Organisation Mondiale de la santé recommande elle aussi l’allaitement exclusif au sein durant les six premiers mois de la vie.

Au Brésil, où les soins médicaux sont difficilement accessibles, un bébé nourri avec du lait artificiel a 14 fois plus de risques de mourir qu’un bébé nourri exclusivement avec du lait maternel.

Depuis longtemps, on sait que les enfants nourris au sein sont plus résistants aux infections (gastro-entérites, otites, etc.) que les autres enfants. Plusieurs dispositifs immunologiques et non immunologiques s’opposent à la prolifération microbienne dans le lait maternel. Les immunoglobulines sont des protéines douées d’une activité anti-infectieuse, en effet, on a identifié dans le lait de la femme un grand nombre d’anticorps spécifiques (immunoglobulines sécrétoires de type IgA, IgG et IgM).

De plus, les effets préventifs antiallergiques de l’allaitement maternel dans les populations à risque ont été démontrés par plusieurs auteurs. L’allaitement maternel semble protecteur en cas d’antécédent atopique [2] familial à condition de ne pas diversifier trop tôt l’alimentation du nourrisson et d’éviter en particulier l’introduction des oeufs et du poisson avant l’âge de 9 mois. L’effet protecteur ou plutôt suspensif du lait de mère sur une éventuelle pathologie allergique du bébé (dermatite atopique, eczéma, troubles digestifs) dépend en outre du régime alimentaire de la femme qui allaite. Cette dernière doit en effet supprimer de son alimentation un certain nombre d’aliments (lait, poisson, oeufs, agrumes, cacahuète...) pour que les effets chez l’enfant soient notables.

L’allaitement maternel joue un rôle essentiel dans la prévention des infections,il protége notamment contre le guardia intestinalis (ou Giardia intestinalis) qui est un parasite intestinal très fréquent à l’échelle planétaire, y compris en France.

Il a été prouvé que l’allaitement diminuait les maladies du nourrisson, comme les diarrhées ,les infections respiratoires et les otites par inhibition de l’adhésion du pneumocoque, ainsi que du risque d’obésité.

La croissance du nourrisson allaité est différente de celle du nourrisson recevant un lait industriel. Le développement du massif maxillo-facial et l’implantation dentaire ultérieure sont plus harmonieux. (Pr Dominique Turck, Clinique de Pédiatrie hôpital Jeanne de Flandre, CHRU de Lille)

Une adaptation automatique des besoins.

La composition du lait varie pendant la lactation. On distingue le colostrum (ler au 6ème jour), le lait de transition (6ème au 14ème jour) et le lait mature après le 14ème jour. Le colostrum humain a un profil biochimique très particulier, pauvre en lactose et en lipides, mais riche en sels minéraux, en protéines (anticorps, lactotransferrine) et en oligosaccharides. Le lait mature a une composition très variable. Au cours de la tétée, la sécrétion, diluée au début, s’épaissit progressivement et la concentration lipidique quadruple : cette modification semble régulatrice de l’appétit du nourrisson, la concentration en lipides s’élève entre 6 et 10 h du matin et s’appauvrit la nuit. Pendant les mois de lactation, décroissent progressivement les taux de lactoferrine, d’IgAs et de zinc.

Aucun lait industriel ne peut actuellement s’adapter à ce point aux besoins exacts de l’enfant.

Le lait maternel est parfaitement adapté aux besoins du tout-petit et sa composition évolue dans le temps pour correspondre à ces besoins. Il contient, notamment dans les premiers jours, des anticorps qui vont le protéger contre les infections.

2. Il est bénéfique pour la santé de la mère.

En dehors du plaisir d’allaiter, la femme qui nourrit son enfant retire pour sa santé un certain nombre de bénéfices : diminution des infections du post-partum [3], perte de poids plus rapide, risque diminué d’ostéoporose, de cancer du sein et de l’ovaire en pré ménopause.

L’allaitement aide les nouvelles mères à perdre du poids plus facilement car la production de lait fait brûler plus de calories.

C’est une étude de la célèbre revue Lancet qui l’annonce : allaiter ses enfants diminue le risque de cancer du sein. Mais attention, il ne suffit pas de nourrir quinze jours ses enfants, il faut attendre un an pour que la diminution du risque soit significative. Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme : 42 000 nouveaux cas apparaissent chaque année en France, et 11 000 décès par an lui sont directement liés. Certains facteurs de risques sont déjà bien connus : la prédisposition familiale avant tout, mais également la puberté précoce, la ménopause tardive, et l’absence de grossesse. L’équipe du Pr Valérie Beral du Centre de recherche sur le cancer d’Oxford a prouvé scientifiquement qu’un allaitement prolongé diminue le risque d’apparition de ce cancer [4].
Les chercheurs expliquent que si toutes les femmes allaitaient 6 mois de plus dans les pays occidentaux, on pourrait éviter 25 000 cancers du sein chaque année. En revanche, ils n’avancent pas d’explication évidente. Deux pistes sont cependant évoquées : la sécrétion de prolactine (hormone responsable du développement et du maintien de la lactation) pendant l’allaitement pourrait être bénéfique, ou alors la diminution de la sécrétion d’hormones féminines qu’elle entraîne aurait un effet favorable.(Dr Marine Olivier)

Enfin, la plupart des femmes trouvent que le fait d’allaiter leur facilite la vie. L’allaitement épargne aux mères le travail de stérilisation des biberons, il lui épargne également de mesurer, choisir et préparer le lait en poudre, de s’asseoir pour tenir le biberon du bébé, et de se réveiller la nuit pour faire chauffer les biberons.

3. Un allaitement écologique et économique.

D’autres problèmes sont partagés par toutes les nations du monde : L’un d’entre eux est la question de l’écologie et des déchets.

Le Coran dit :

« [...] Et mangez et buvez ; et ne commettez pas d’excès, car Il [Allah] n’aime pas ceux qui commettent des excès. »
Sourate 7, Al A’raf, verset 31

L’alimentation au biberon est un exemple de gaspillage de nourriture et de gaspillage d’autres ressources naturelles.

Le Coran dit :

« Mangez des bonnes choses que Nous vous avons attribuées et ne vous montrez pas ingrats, [...] »
Sourate 20, Ta-Ha, verset 81

(JPEG) Le lait humain est ce que l’on peut faire de mieux en matière de ressources renouvelables. Il est là dès que le bébé arrive et en quantité dont le bébé a besoin pour aussi longtemps que la mère et le bébé le désirent. Au contraire, le lait maternisé doit être produit dans des usines dans des conditions d’hygiène strictes, il doit être transporté dans des camions ou des avions jusqu’à destination (ce qui favorise entre autre la pollution), et utilise une grande quantité de matériaux d’emballage. De plus, un grand nombre de ressources naturelles sont nécessaires à sa production. Par exemple, le soja (utilisé dans le lait maternisé au soja) est une céréale grande consommatrice d’énergie, elle nécessite en effet l’usage de pesticides, d’engrais et de terres, ce qui génère de la pollution. Et pour finir, le lait maternisé, notamment celui de qualité est souvent trop élevé pour le budget de nombreuses mères.

Le lait maternel ne nécessite pas de transport, simplement un petit supplément de nourriture pour la mère, et il peut rester, couvert, dans un récipient propre pendant plus de six heures sans être contaminé, même sous des climats chauds. N’oublions pas que sa production ne génère pas de déchets à retraiter.

D’une manière générale, les mères (et particulièrement les mères musulmanes) à qui l’on donne des informations exactes et le soutien adéquat choisissent naturellement d’allaiter leurs enfants. C’est principalement du fait de la désinformation, de l’appât du gain de la part des industriels fabricant du lait maternisé et de la désintégration de nombreuses cultures, que cette tendance naturelle est refoulée.

Lorsque des sociétés encouragent les mères à honorer cette prescription qui leur vient du Coran, elles font de manière générale « le meilleur des choix » en ce qui concerne l’alimentation de leurs enfants.



[1] Substance composée de lipides et de protéines, gainant certaines fibres nerveuses. La fonction de la myéline est d’augmenter considérablement la vitesse de conduction des messages (influx nerveux, ou potentiel d’action).

[2] Qui se rapporte à l’atopie : Prédisposition héréditaire à développer des manifestations d’hypersensibilité immédiate telles que l’asthme, le rhume des foins, l’urticaire, l’eczéma dit atopique, la pollinose (sensibilité aux grains de pollen), certaines rhinites et conjonctivites ainsi que diverses manifestations allergiques digestives.

[3] Période s’étendant de l’accouchement au retour de couches (réapparition des règles).

[4] Un tiers d’entre-elles étaient des "cas", c’est-à-dire des femmes ayant eu un cancer du sein, et les autres des témoins, c’est-à-dire des femmes indemnes de la maladie. Les chercheurs ont ainsi réuni les données de 47 études réalisées dans 30 pays différents, et portant au total sur près de 150 000 femmes. Sur cette population artificiellement reconstituée, les chercheurs ont retrouvé le fait que l’absence de grossesse était un facteur de risque : les femmes avec cancer avaient eu, en moyenne, moins d’enfants que les femmes indemnes (2,2 contre 2,6 enfants par femme). Les femmes présentant un cancer avaient allaité moins souvent, et moins longtemps que les témoins. Le risque de cancer était diminué de 4,3 % pour une année d’allaitement supplémentaire, sachant que le risque était déjà diminué de 7 % pour chaque naissance. Bien entendu, il s’agit de données statistiques, qui n’ont de valeur que pour un groupe de personnes. Au niveau individuel, il est possible qu’une femme ayant eu de nombreux enfants et ayant allaité plusieurs années ait un cancer du sein par la suite, comme il est possible qu’une femme sans enfant n’ait pas de cancer. En revanche en moyenne, la première a moins de risques que la seconde de développer un cancer du sein.

 

Zoubeida E.
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